Il y a parfois des histoires assez folles qui prouvent que les carrières des footballeurs sont très loin d’être similaires. Et alors que la plupart du temps les yeux sont rivés sur le football européen, de belles histoires s’écrivent aussi dans d’autres pays, bien moins médiatisés et où le football est loin d’être le plus populaire. Ces championnats donnent parfois des carrières riches en histoire et en péripéties à des joueurs qui n’auraient peut-être pas eu la chance de vivre du football en Europe. Le nom de William Mirwasser n’est pas connu du grand public. Mais à 16 ans, ce Français est le plus jeune joueur de football professionnel dans le championnat hongkongais, qui a récemment attiré l’ancien joueur du Real Madrid Asier Illarramendi (il évolue au Kitchee FC).

Mais comment un jeune Français de 16 ans s’est-il retrouvé à être titulaire avec le Hong Kong FC, club professionnel ? « Je jouais en France, en U15 du côté d’Issy-les-Moulineaux, et j’ai commencé à m’investir sérieusement, à m’entraîner sérieusement. J’avais été surclassé en U16 R2 et j’ai pu faire quelques essais dans des clubs professionnels comme le Paris FC et le Stade de Reims. J’étais encore loin d’avoir tout accompli, mais je sentais que je me rapprochais d’un objectif qui me tenait à cœur. Au Paris FC, j’avais 13 ans et je n’étais pas assez mature physiquement et tactiquement. À Reims, j’avais le niveau je pense, mais ils ont hésité et ne m’ont finalement pas pris. Finalement, c’est à cette période que mon père a reçu une opportunité professionnelle à Hong Kong », nous confie William Mirwasser.

Un football différent

Une opportunité qui pousse donc le père à embarquer sa famille avec lui et donc aussi à freiner, sans le vouloir, les rêves de son fils de toucher le football professionnel en France. « Le départ a été difficile à accepter, car je quittais un environnement où je commençais à trouver ma place et je sentais que je n’étais vraiment pas loin d’intégrer un centre de formation. » Dépité mais pas abattu, le latéral droit demande à continuer le football à Hong Kong. Et très vite, il monte en puissance dans un championnat et un football forcément moins relevé. « À mon arrivée à Hong Kong, à 14 ans, j’ai intégré une équipe U18 du Hong Kong Football Club. Le coach était français, ce qui m’a beaucoup aidé, surtout au début, car je ne parlais pas encore anglais. Petit à petit, le club m’a donné l’opportunité de m’entraîner avec les pros. Je ne me suis jamais vu comme le meilleur, mais j’ai toujours essayé de donner le maximum. Le club a cru en moi, et j’ai eu la chance de signer mon premier contrat professionnel en août 2025. Aujourd’hui, je m’entraîne cinq fois par semaine, de 7h45 à 10h, avant de partir en cours. J’ai aussi pu adapter mes horaires au lycée pour pouvoir m’entraîner, en passant une de mes spécialités de première avec le CNED. »

Là-bas, le jeune défenseur voit le football comme une échappatoire. « Je suis arrivé ici, je n’avais pas mes amis, ma famille. Je misais beaucoup sur le football, je me concentrais dessus pour ne pas penser à autre chose, c’était mon objectif. Dans mon équipe, j’ai des gens avec qui parler en français aussi, dont un joueur guinéen. » Et forcément, William Mirwasser a aussi découvert un autre football, bien différent, qui lui a permis d’avoir une expérience enrichissante pour la suite de sa très jeune carrière. « Devenir pro, ça a toujours été un objectif. Ça a été plus abordable là-bas forcément. Quand j’ai vu que j’avais bien plus d’opportunités à Hong Kong, je me suis donné à fond. Le football là-bas, je pense que ce serait du niveau N3 à N1 en France. Il y a quand même un bon niveau chez certains joueurs, car des équipes de notre championnat évoluent en Ligue Europa asiatique. Mais évidemment, je pense qu’en France, c’est bien plus professionnel et plus tactique aussi. Mais le fait de vivre cette expérience, ça va me développer, même pour la pratique de la langue. Jouer en pro à 16 ans, contre des joueurs bien plus solides et prêts physiquement, ça ne peut que me servir. Moi, j’ai envie de revenir en Europe, même s’il faudra revenir en U20 ou plus jeune. J’aimerais jouer à l’avenir des compétitions plus populaires. »

Une étape avant l’Europe ?

Justement, en découvrant le football hongkongais, loin des a priori, le latéral droit de 16 ans a été surpris par une ferveur étonnante pour cette région administrative spéciale de Hong Kong, de la République populaire de Chine, d’environ 7,5 millions d’habitants. « Je pense que c’est mieux de faire une grande carrière à Hong Kong, limite, car je pense que tu peux être bien mieux payé qu’en N2 ou en N3. Le football est en train de se développer. Dans les gros clubs, tu peux gagner beaucoup. Il y a eu des stars qui sont venues comme Illarramendi ou encore des internationaux sud-coréens. Je pense qu’ils doivent toucher plus d’un million par an. Mais la moyenne, ça tourne à environ 5000 euros par mois. La vie là-bas est agréable quand tu es pro. La plupart du temps, les stades sont plutôt bien remplis. Les matchs de C1 asiatique, c’est une très bonne ambiance. Pareil pour les gros matchs du championnat, genre Tai Po FC contre Kitchee FC. Et avec une belle carrière dans un gros club du championnat, tu peux te faire repérer pour les autres championnats d’Asie. »

Mais à 16 ans, William Mirwasser a encore le temps de voir venir. Car s’il est considéré comme professionnel au pays, il reste encore difficile de matérialiser une future carrière en Europe pour le moment. Et forcément, dans ce cas, les parents aident à garder les pieds sur terre. « Mes parents me voient encore comme leur fils, ils commencent à peine à s’intéresser à ma carrière. Ils font surtout attention aux mauvaises choses qui pourraient m’arriver plutôt qu’au positif d’être footballeur pro, ils me préviennent surtout. Mais devenir pro a toujours été un objectif. Je m’inspire beaucoup d’Hakimi et d’Alexander-Arnold. Mais surtout Hakimi, car je suis pour le PSG et je le regarde beaucoup. »