FM : bonjour Peter, comment ça va ? Ça fait combien de temps que tu as quitté la France ?

Peter Luccin : ça doit faire une vingtaine d’années. Parce que finalement, à 20 ans, je suis parti en Espagne. Et après de l’Espagne, je suis venu aussi aux États-Unis. Et oui, ça fait très très longtemps.
FM : tu as joué au FC Dallas en 2013/2014 et tu n’as plus quitté les États-Unis depuis. Qu’est-ce qui t’a fait aller là-bas et qui te plait dans ce pays ?
PL : avant tout, le contexte. Je voulais donner plus ou moins à ma famille une expérience de vie, on va dire. Et de changer de culture, d’apprendre l’anglais. C’était quelque chose qui était important pour moi et aussi pour ma famille. Donc en fait, ce qui s’est passé, c’est que j’étais à Lausanne. Je revenais de blessure. Lausanne avait été super avec moi, parce qu’ils m’avaient pris même en étant blessé. Et ensuite, avec mon agent, ça a été assez rapide. Je lui ai dit : « regarde, si vraiment tu veux que je continue à jouer », parce que j’étais prêt à plus ou moins arrêter après les blessures et tout ça, il n’y avait pas de problème. Je pensais déjà à mon après carrière. Et je lui ai dit : « la seule opportunité pour moi de continuer à jouer au ballon, ça serait une expérience aux États-Unis, surtout pour ma famille aussi ». Donc une semaine après, le FC Dallas est venu. Je suis parti, j’ai voyagé, j’ai vu plus ou moins les lieux, j’ai visité un peu la ville. J’ai trouvé que c’était une ville très intéressante et tranquille. C’est sûr que ce n’était pas Los Angeles ou même New York. C’est peut-être un peu plus mouvementé, mais c’était une ville vraiment qui convenait à ma famille. Je suis venu ici, j’ai joué deux ans. Je me suis blessé dès ma première année, encore une fois, le genou. Et après, j’ai pu jouer une dernière année sous Oscar Pareja, une personne qui a été importante pour moi, qui est l’entraîneur d’Orlando maintenant. Et après, je me suis lancé dans une carrière d’entraîneur. J’ai commencé avec mon académie d’abord.
Dallas, sa nouvelle maison
FM : tu as créé une académie à Dallas ? Raconte-nous.
PL : en fait, c’était une personne aux États-Unis, son fils évoluait avec le mien, on a discuté, c’est un businessman américain. Donc un jour, il m’invite sur le terrain qui était en plus à 5 minutes de chez moi et à 3 minutes du FC Dallas, donc d’un point de vue localisation, c’était parfait. Il m’a montré qu’il n’y avait que du béton. Je pensais qu’il voulait faire un supermarché ou un truc comme ça (rires), il m’a dit : « j’aimerais faire une académie de football et j’aimerais que tu diriges cette académie, que tu sois en charge de ta propre académie ». Et lui, en fait, il me louerait plus ou moins les murs, donc j’ai trouvé ça super intéressant, mais en même temps c’était complexe parce que je n’avais jamais fait ça, donc avec du temps j’ai commencé plus ou moins à recruter des gens autour de moi et surtout des coachs. Donc on a fini avec plus de 550 petits, entre filles et garçons.
FM : c’était quoi la fourchette d’âge des jeunes qui étaient dans l’académie ?
PL : de 7, 8 ans jusqu’à professionnel. Après un an, j’ai commencé à entraîner des joueurs pros que ce soit de la Liga MX (championnat mexicain, ndlr) et de la MLS. Donc pratiquement chaque présaison, avant de retourner dans leur club respectif, ils venaient faire une sorte de présaison avec moi et on était des groupes de 20 à 30 joueurs, c’était bien parce que c’était de différents horizons et le niveau, tu imagines bien qu’il était super élevé, et donc voilà, ça a duré pendant 3, 4 ans et ensuite petit à petit je suis retourné au FC Dallas par le biais d’Oscar Pareja et de Dan Hutt qui est le président, ils sont revenus un peu à la charge pour savoir si j’étais intéressé pour récupérer une équipe. Je leur ai dit que j’étais très intéressé, mais pour commencer avec les jeunes parce que je trouvais que, même pour la suite de ma carrière, je pense que je devais retourner avec les jeunes surtout pour comprendre la nouvelle génération et passer du temps avec eux et je te le dis sérieusement, ça a été une expérience inoubliable et magnifique.
FM : pourquoi ?
PL : je me suis rappelé pas mal de choses. L’équipe que j’avais récupérée, c’était une équipe de moins de 12 ou moins de 13 ans à cette époque-là, c’était déjà un groupe que j’entraînais dans mon académie. C’est un groupe que j’avais monté donc je pense que, sur un plan stratégique, ça intéressait Dallas aussi, donc j’ai connu ce groupe et j’ai vécu avec ce groupe pendant pratiquement 5, 6 ans. Ç’a été inoubliable parce que c’était de super bons petits, des talents énormes, rien à envier à un talent européen. Ils ont fait deux saisons extraordinaires.
FM : la formation américaine n’est pourtant pas la plus réputée, contrairement en Europe et surtout en France…
PL : de l’âge de 7 ans jusqu’à 15 ans, il n’y a rien à envier du tout. Le talent brut est visible, il est très bon ici aux États-Unis et je te parle surtout de trois états en particulier : New York, Californie et le Texas. Après, bien sûr qu’il y a d’autres endroits qui peuvent être aussi intéressants, mais moi je te parle vraiment de ces trois états parce que pour moi, je les connais, j’ai été voir, on a beaucoup voyagé aussi avec cette équipe, j’ai beaucoup voyagé quand j’étais entraîneur intérim de cette équipe (du FC Dallas, ndlr) donc tu peux voir vraiment ce talent et c’est très intéressant. Tu vas en Californie, tu retrouveras plus ou moins le milieu de terrain latino très élégant, assez longiligne, très beau à voir jouer, qui a de très bonnes prises d’information. Après, tu vas aller à New York, tu verras un peu plus peut-être le joueur un peu afro-américain, un peu rapide, technique aussi mais très habile. Et après, tu verras au Texas, ça sera peut-être un mix des deux, donc tu vois, c’est très intéressant. Après les 15 ans, je dirais que l’évolution de ces joueurs-là n’est pas aussi importante qu’en Europe. En Europe, on voit qu’ils continuent à évoluer de 15, 16, 17 ans, ça continue. Ici aux États-Unis, c’est assez différent et il ne faut pas rejeter toujours la faute sur les joueurs. Je pense que le système éducatif, par rapport aux entraîneurs, par rapport au programme qui peut y avoir dans certains clubs, n’aide pas justement à l’évolution de ces joueurs. C’est trop facile de toujours taper sur les joueurs. On a un travail à faire, et je m’inclus dedans, pour aider ces jeunes à évoluer.
FM : qu’est-ce qui cloche alors ?
PL : je ne vais jamais taper sur des confrères, des personnes qui font le même boulot que moi et parce que je m’inclus dedans. C’est juste que la qualité d’information est un peu différente. En Europe, tu sais comment c’est. Les entraîneurs, c’est toujours de la compétition. Si tu ne remplis pas vraiment ton rôle, on n’a pas vraiment peur de changer. Tout ça fait que la qualité des entraîneurs et la qualité des informations sont toujours au top. Si tu ne transmets pas bien les informations aux jeunes, tu sais qu’il peut y avoir un roulement. Ensuite, tous ces entraîneurs ont des expériences énormes. En Europe, il y a beaucoup d’entraîneurs qui ont été d’anciens joueurs donc ils ont vu des choses, même si être un ancien joueur ne garantit pas d’être un bon coach. Dans mon staff, j’en ai un ou deux qui n’ont pas été joueurs et qui sont des phénomènes. À un certain âge, il est très important de faire parvenir les meilleures informations à ces joueurs. Chez les jeunes, c’est sûr que ça ne sera pas du tout de ce que tu veux, mais il faut les laisser s’exprimer.
FM : tu as fini ta carrière de joueur au FC Dallas, puis tu as enchaîné avec ton académie. Devenir coach, c’était donc une décision naturelle ?
PL : ce qui a été vraiment important pour moi, ç’a été mon académie et d’être aussi proche des jeunes. De voir la passion dans leurs yeux. Tout ça, ça m’a énormément plu. En plus, tous les entraîneurs que j’avais, j’en avais huit d’horizons différents, ç’a été important pour moi. J’avais un Brésilien, un Anglais, un Argentin, un Américain donc c’était important aussi pour les jeunes de voir un peu tout ça. Donc à partir de mon académie, je pense que ç’a été très naturel. Quand je jouais, ça m’intéressait déjà, parce que même sur le terrain, j’aimais un peu ce côté un peu leader et tout ça, mais ce qui m’a vraiment lancé, ç’a été mes années à l’académie e de revenir chez les jeunes au FC Dallas.
FM : on connaît le Peter Luccin joueur, ancien milieu de terrain, mais quel type de coach es-tu ?
PL : je l’ai déjà eu cette question, mais finalement, je ne sais pas si j’y ai vraiment bien répondu parce qu’elle est facile et complexe à la fois. J’aime le beau jeu, mais d’un autre côté, j’aime aussi l’agressivité. Ça veut dire que, sans ballon, je n’aime pas ces équipes un peu passives. J’aime bien une équipe qui va essayer d’agresser l’adversaire et en même temps essayer de récupérer le ballon le plus rapidement possible. Après, il faut être quand même assez complet dans ta façon de coacher, il faut être pragmatique. J’aime le ballon, en restant basique. Je veux que mon équipe soit active. J’aime le ballon au sol, mais ça ne veut pas dire que le jeu long est inintéressant. On voit que maintenant, les entraîneurs, sur un plan de vue tactique, ont plus ou moins presque tous le même niveau. Il y a beaucoup d’entraîneurs qui vont vouloir me taper dessus quand je dis ça. Pourquoi ? Parce que les entraîneurs, ils sont très préparés maintenant, défensivement parlant. Quand je parle vraiment tactique, je mets vraiment en avant la tactique d’un point de vue défensif, parce que c’est beaucoup de mise en place. Alors que le jeu offensif, j’aime bien mettre le talent en avant, ça veut dire que j’aime bien donner assez de liberté à ces talents.
«Rolland Courbis avait une facilité à nous transcender»
FM : quels entraîneurs t’ont inspiré dans ta façon de manager ?
PL : comme tu as dit, le mot le plus important, c’est manager les personnes. J’ai eu deux entraîneurs qui ont été experts dans ce domaine. Rolland Courbis, expert, motivateur hors-norme. À chaque fois, par rapport à ses mots, par rapport à sa façon de parler, à ses gestes, à son énergie, c’était juste. Il n’avait pas besoin de parler avec moi de trop de tactiques, j’étais motivé, je savais plus ou moins ce qu’il fallait que je fasse. Après, il y a eu des entraîneurs comme Carlos Bianchi, Javier Aguirre. Ces trois entraîneurs que je viens de citer ont été des entraîneurs qui ont été énormes du point de vue du management. Et après, sur un point de vue technique ou tactique, je vais t’en donner un qui a été énorme et qui, pour moi, aurait pu faire une autre carrière. C’était Victor Fernandez, qui a été l’entraîneur du Celta de Vigo pendant trois ans avec moi. Il était en avance sur sa génération, c’est-à-dire que je sais qu’il y a le Real Madrid et même le FC Barcelone qui étaient derrière lui à un certain moment. Le management, c’était peut-être ce qu’il lui manquait, on va dire, dans son package, mais d’un point de vue technique ou tactique, on était la seule équipe vraiment à prendre le ballon au Barça ou à Madrid à cette époque-là. Il était énorme, j’ai beaucoup appris sur le plan technique et tactique avec lui.
FM : tu nous as parlé de Rolland Courbis comme un coach capable de te motiver. Les joueurs disent souvent que certains entraîneurs les font « monter au rideau » avant un match. Tu peux nous raconter quelques anecdotes avec Rolland ?
PL : je ne vais pas te raconter précisément parce que sinon ça pourrait aller trop loin (rires). Quand il faisait ses causeries d’avant-match, et quand je te dis causerie d’avant-match, c’était une heure et demie ou deux heures avant le match, quand on était à l’hôtel. Il avait une facilité à nous transcender, surtout contre le joueur adverse et contre une équipe adverse donc il savait comment nous motiver, nous sortir un peu. Parfois, ça pouvait être des phrases que les joueurs d’en face pouvaient avoir dites. Il avait une façon un peu de parler sur certains joueurs adverses qui étaient dans de bons moments, des anecdotes. Ce n’était pas se moquer, mais il savait comment nous transcender contre certains joueurs qui étaient des joueurs-clés. Il savait très bien qu’il fallait qu’on éteigne ces joueurs-là pour que l’autre équipe ne développe pas son jeu. C’est pour ça que je te dis que je ne peux pas te dire vraiment ce qu’il disait dans ses causeries, mais tu vois un peu l’image.
FM : le choix de rester aux États-Unis pour lancer ta carrière de coach plutôt que de revenir en Europe, c’est parce que tu as ta famille ici ? As-tu eu des opportunités d’entraîner des équipes du Vieux continent ?
PL : j’ai eu la possibilité plusieurs fois. Il y a eu le stade de Reims, il y a quelques années. Il y a eu Monaco, Clermont-Ferrand aussi, un peu plus récemment, avant qu’ils descendent en deuxième division. J’ai pu parler avec ces clubs-là. Il y a eu des clubs aussi en Espagne, des clubs en Belgique donc il y a eu pas mal de clubs. Mais j’ai voyagé quand même assez durant ces 20 dernières années. J’avais besoin que ma famille se stabilise. Il y a un de mes fils qui joue en professionnel au FC Dallas, l’autre qui est en moins de 15 ans au FC Dallas aussi et j’ai ma fille qui est à l’université à Texas Tech donc c’était important pour moi de leur donner une certaine sécurité, on va dire, une certaine stabilité. Après, on verra un peu dans le futur. C’est pour ça que ma priorité était de rester aux États-Unis et surtout autour de Dallas.
FM : tu viens d’être nommé en tant que premier manager de l’histoire de l’Atlético Dallas. Raconte-nous ce projet.
PL : en fait, ça fait six mois que je parlais avec le directeur sportif et même le président de ce nouveau club. Pendant ces six mois, il me demandait plus ou moins mon avis et une sorte d’aide entre guillemets pour savoir comment monter un club d’un point de vue plus sportif qu’administratif parce que sur l’administratif bon, il y a des choses sur lesquelles je pourrais les aider, mais ce n’est pas trop mon domaine non plus. C’était surtout par rapport au centre de formation, à l’académie, montage de staff, partenariats avec des clubs, chose qu’on est en train de faire actuellement et autres. C’est vraiment pour monter un peu notre réseau, on va dire. Mais en même temps, mon agent parlait avec des équipes de la MLS, donc c’est vrai qu’au départ, j’étais plus centré un peu sur la MLS parce que je venais de la MLS. Ça faisait huit ans que j’étais en MLS, six ans en tant qu’adjoint et après six mois en tant qu’entraîneur principal intérimaire. Donc on était en train de parler, mais c’est vrai que, ce qui s’est passé, c’est que ce que m’a donné plus ou moins l’Atlético Dallas, c’était la liberté de vraiment créer mon staff, de signer les joueurs, d’aider dans le développement de l’académie. Tout ça, ça a été vraiment très important pour moi parce que si tu vas dans une équipe et que tu as plus ou moins les mains liées entre guillemets… Je disais avec mon agent que je préférais aller à l’Atlético Dallas parce qu’ils m’ont vraiment montré qu’ils me voulaient et me donnent plus ou moins la liberté d’être sur plusieurs secteurs.
FM : l’Atlético de Dallas fait partie des Future clubs de la USL Championship, l’équivalent de la deuxième division, avec Milwaukee, Reno, Santa Barbara, OKC, Iowa. Toutes ces équipes entreront en lice en 2027. Tu peux nous expliquer ce principe de « Future clubs » ?
PL : on va parler dans des termes américains. On est une nouvelle franchise. Elle a été créée il y a trois, quatre mois. On s’est enregistré sur la ligue USL Championship. Il y a un droit d’entrée qu’il faut verser. À partir de là, cette ligue est en transition. Elle va passer sur un format européen avec relégation-promotion à l’européenne. Ils ont récupéré une personne qui était très importante en Bundesliga pour développer ça. Ça va prendre deux ans. En 2027, ce format-là n’existera pas encore donc c’est bien pour nous. En 2027, on rentre et ce sera une année d’adaptation pour connaître certaines règles, s’adapter à tous ces voyages. À partir de 2028, c’est là que le nouveau format entre en action.
«Actuellement, il y a zéro joueur»
FM : ce système de promotion-relégation à l’européenne, c’est une grande première pour un sport américain. Toi qui as fait carrière en Europe, tu penses que ça peut générer un nouveau stress à gérer chez les joueurs ?
PL : à 100%. Tout le monde dit que l’USL Championship peut être une deuxième division, mais ici, on parle davantage d’une ligue parallèle parce qu’elle vient d’un autre organisme. C’est pour ça qu’ils veulent se différencier (avec la MLS). C’est pour ça qu’ils viennent toujours avec de nouvelles idées. Avec ce système, la pression sera complètement différente. Cette pression ne sera pas que sur les joueurs, mais aussi sur les supporters. Ils vont la ressentir. Après, je comprends la MLS. Quand ton droit d’entrée est entre 200 et 500 millions de dollars, et qu’on te dit que tu descends en deuxième division l’année prochaine. Tu comprends qu’après avoir mis autant d’argent, ça ne le fait pas pour les propriétaires. Je ne dis pas que j’aime ça, mais je comprends. Je ne sais pas si ce système arrivera un jour en MLS, mais chaque année il y a énormément de discussions. Les droits d’entrée en USL sont moins importants, mais je crois que c’est entre 50 et 100 millions de dollars. Et ce n’est pas tout. Il y a obligation d’avoir un centre d’entraînement, obligation d’avoir un terrain. Nous sommes en train de faire un centre d’entraînement qui va être magnifique. Pour le terrain, on est dans un stade historique ici, le Cotton Bowl, qui est un stade de 50 000 personnes. Bien sûr qu’il ne va pas être rempli, mais il est magnifique. Les moyens qu’il y a en MLS et en USL sont énormes pour que les joueurs soient dans de bonnes conditions.
FM : quels sont les objectifs de l’Atlético Dallas ?
PL : on a toute l’année 2026 pour monter l’équipe. Actuellement, il y a zéro joueur. Mon rôle, c’est de commencer à filtrer les joueurs. Entrer en relation avec des équipes qui seraient intéressées à l’idée de prêter leurs joueurs. Pour 2027, le club veut aller doucement. Monter en puissance tranquillement. Personnellement, je veux entrer dans la compétition pour la gagner. L’objectif du staff sera élevé. Pour le club, il n’y a aucune pression. Ils veulent monter ça tranquillement, sereinement. À partir de 2028, avec le système de relégation-promotion, il faudra être au taquet.
FM : tu as pris les rênes d’une équipe qui compte 0 joueur ? Comment tu as fait pour accepter ce défi ?
PL : ce n’est pas effrayant. J’ai l’habitude de ce système en MLS. Il y a un club comme San Diego qui est entré dans la ligue en faisant un peu la même chose. La seule chose en MLS, c’est qu’eux avaient le droit de choisir un joueur par équipe. C’est-à-dire que toutes les équipes de MLS avaient le droit de protéger une dizaine de joueurs et à partir de là, San Diego pouvait passer dans toutes les franchises et prendre un joueur. Donc là c’était un peu plus facile parce qu’ils pouvaient avoir rapidement un effectif de dix à quinze joueurs. Pour nous, ça n’existe pas. Mais en contrepartie, ce qui est bien, c’est que le championnat est ouvert. Donc si on veut faire une offre à n’importe quel joueur de l’USL, il n’y a aucun problème. On est libre de prendre huit joueurs étrangers. Il y a aussi les joueurs étrangers qui ont la green card (carte de résident permanent aux États-Unis, ndlr) et qui n’entrent donc pas dans ce quota d’étrangers. C’est pour ça que je suis en train de voyager souvent. En tant que français, le marché français m’intéresse beaucoup. Le marché espagnol aussi, on est sur le marché sud-américain aussi.
FM : tu vises le marché français, mais quel type de joueur correspond à tes critères ?
PL : je suis en train de voir avec des joueurs qui sont en fin de contrat dans leur équipe. On peut viser des joueurs de Ligue 2. Il peut même y avoir, selon nos ressources financières, des joueurs de Ligue 1 qui se disent qu’ils sont en fin de carrière et qui voudraient vivre le kif américain. Mais pour ce genre de joueurs, c’est vraiment des profils spécifiques. Après, tu peux aussi avoir des joueurs de National. Les cibles sont larges. On sait qu’il y a des joueurs qu’on ne pourra pas avoir, mais il y en a d’autres qui sont dans un moment de leur carrière plus compliqué et ce sera plus facile pour nous de les faire venir. Le fait de vivre une expérience américaine, de connaître une culture différente.
FM : on sort un peu du cadre, mais le contexte actuel aux États-Unis sous Trump peut-il avoir une influence sur votre capacité à attirer des joueurs étrangers ?
PL : ici, ça marche par état. Dans chaque état, tu as un gouverneur qui est plus ou moins libre de faire ce qu’il veut. Par exemple, à l’époque du Covid, on n’a pas eu toutes ces contraintes dans l’état texan. Le gouverneur avait mis certains freins sur des lois nationales. Chacun est libre de faire ce que bon lui semble, surtout ici. Tout le monde pense que le Texas est un état conservateur, mais c’est un état assez libre, surtout avec le gouverneur actuel.
«De Zerbi était l’homme de la situation»
FM : suis-tu un peu le football en France ? Que penses-tu de la Ligue 1 ?
PL : ah oui, bien sûr. Je suis la Ligue 1. Ici, voir les équipes ce n’est pas évident, surtout les clubs de bas de tableau que j’ai toujours aimé, surtout par rapport à la formation. Tu as Nantes, qui a toujours fait du bon boulot avec la formation. Après, l’OM, Paris, les deux clubs où j’ai évolué. Et il y a Lens qui fait une saison exceptionnelle avec un super coach que j’apprécie, surtout sa façon de voir les choses. Je suis beaucoup la France et les championnats anglais et espagnols.
FM : toi qui aimes le beau jeu, le PSG version 2024-2025 t’a régalé ?
PL : la saison dernière et même bien avant. Ils ont gagné la Ligue des Champions, mais depuis l’arrivée de Luis Enrique, c’est la philosophie et le style de jeu qui sont énormes. On est revenu à un jeu de permutation. On le voit avec Hakimi, Dembélé. Ces équipes sont très difficiles à cerner. C’est quelque chose que j’ai toujours apprécié, même avant que le PSG ait ces idées-là. C’est du football avec Vitinha, Doué. On voit que le talent a été la priorité de ces équipes-là qui peuvent tout faire.
FM : à côté de ça, il y a l’OM qui semble s’être mis tout seul dans la difficulté…
PL : Marseille, c’est un grand club européen. On sait la pression qu’il y a dans cette ville. On sait en plus que le rival est en train de tout casser ces dernières années. Tout ça fait que ce n’est pas facile à vivre. Tout entraîneur qui ira à l’OM sait exactement à quoi s’attendre (l’entretien a été réalisé avant l’arrivée d’Habib Beye, ndlr). C’est pour ça que je dis que ça ne me surprend pas. Après, je pense que De Zerbi était l’homme de la situation. Il ne faut pas oublier le groupe qu’a le PSG. C’est un effectif d’énormes talents. Je ne dis pas que l’OM n’a pas de talent, mais du point de vue quantitatif, Paris c’est incroyable. Regarde, contre Monaco (au match aller du barrage, ndlr), tu as Dembélé qui se blesse et Doué qui entre et qui met un doublé. Aujourd’hui, le football, c’est ça, être capable d’avoir un groupe étoffé. Ça fait la différence. Si tu as juste onze ou douze joueurs, ça va être difficile. Pour moi, le groupe de l’OM est assez court.
FM : tu dis que l’OM a un effectif peu profond, mais ce qui est reproché aux dirigeants olympiens, c’est de changer de groupe tous les six mois.
PL : ce n’est pas évident. Les équipes qui changent tous les six mois, c’est parce qu’elles voient que certains joueurs ne peuvent pas adhérer à un système de jeu ou à une pression. Venir jouer à Marseille, ce n’est pas évident. Beaucoup de joueurs venus à l’OM cassent tout ailleurs parce qu’ils ont mal vécu cette pression quotidienne de Marseille. Après, si tu casses tout à l’OM, tu peux être monté haut, c’est énorme. Personnellement, quand j’ai joué là-bas, la pression, c’est quelque chose que j’appréciais beaucoup, j’avais besoin de ça pour jouer. Pour revenir à ces changements d’effectif permanents… Avant l’ère Luis Enrique, Paris changeait aussi beaucoup d’effectif avant que Luis Enrique arrive et que le club signe les joueurs spécifiques à son système. À partir de là, ils ne changeaient qu’un ou deux joueurs par saison. Pour moi, c’est ça la clé. L’OM n’est pas encore arrivé à ce stade de se dire qu’ils ont un groupe à 90% et qu’ils peuvent faire tourner les 10% restants. C’est là qu’ils sont en train de se battre en interne pour avoir ce groupe fermé à 90% et changer juste deux ou trois joueurs.
«Un retour en France est envisagé»
FM : toi qui vis aux États-Unis, tu seras aux premières loges pour assister à la prochaine Coupe du Monde. Comment vois-tu nos Bleus ?
PL : ils sont parmi les favoris. La France c’est top 3 sans aucun problème. Je kiffe cette équipe hors-norme. Il y a tellement de talents et d’autres joueurs qui ne sont pas dans le groupe qui pourraient y être. Je suis fier de ça, d’avoir une sélection avec autant de talents. Beaucoup de personnes peuvent taper sur le style de jeu français, mais il y a des fats de jeu où tu vois que c’est le haut niveau.
FM : c’est vrai que le style Deschamps a souvent été critiqué, mais quand on regarde les autres sélections, à part l’Espagne qui a une identité très marquée, aucune n’affiche réellement un jeu spectaculaire.
PL : tu as raison. Par rapport aux joueurs qu’on a, on se dit qu’on doit mieux jouer. L’équipe de France a été championne du monde en jouant comme ça. Contre les Croates (en finale de 2018), les Croates avaient un peu plus la possession, mais quand on avait le ballon, il y avait de la qualité. Un joueur comme Griezmann a été l’un des joueurs les plus importants de cette Coupe du Monde. Ç’a été le lien entre tout le monde. Il savait mettre de la pause, il savait accélérer, il jouait toujours juste. Quand il y a un Antoine dans cette équipe-là, ça devait quand même jouer au ballon. Quand on perd contre l’Argentine (en finale de 2022), c’est un match qu’on aurait dû gagner. Le football, c’est comme ça, le plus important, c’est les deux surfaces.
FM : en parlant de jeu et des Bleus, Kylian Mbappé reste pas mal critiqué alors qu’il marque but sur but. Tu comprends ces reproches faits à son égard ?
PL : ça fait partie du jeu. Même pour Kylian, je pense que ces critiques le font avancer. Je ne sais pas combien de buts il marque chaque saison. C’est sûr qu’il n’entrera pas dans tous les systèmes. On l’a vu avec Luis Enrique qui demandait plus de travail défensif alors que Kylian est porté vers l’offensif. Après, il y a d’autres entraîneurs pour qui ce n’est pas un problème tant que le joueur marque 60, 70 buts par an. Ils vont construire l’équipe autour de lui d’une autre façon. Après, d’autres équipes voudront moins de buts, mais plus de travail comme celle de Luis Enrique qui a gagné la Ligue des Champions comme ça.
FM : dernière question. Tu viens d’arriver dans un tout nouveau club, donc je ne vais pas te demander si tu veux déjà partir, mais est-ce que tu prévois quand même de revenir en Europe dans quelques années ? Surtout après avoir déjà été sollicité par des clubs de Ligue 1 ?
PL : à 100%. Je ne suis pas langue de bois. Ici, ils le savent aussi. C’est un objectif pour moi. C’est une ambition saine que j’ai. Ça, c’est clair. L’Espagne… je parle espagnol, mon football a grandi là-bas. La France, c’est mon pays. J’aime mon pays, donc un retour en France est envisagé. Même le championnat anglais me plait bien. Par rapport à un style, la Premier League, la Liga ou la Ligue 1, ce sont les championnats que je kiffe. Le jeu, le jeu, le jeu.
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