Le premier seizième de finale de l’histoire de la Coupe du Monde à 48 équipes restera peut-être dans les mémoires. Malheureusement, pas pour les bonnes raisons. Afrique du Sud-Canada devait, en effet, inaugurer une nouvelle page de la grande histoire du Mondial. Il n’a finalement offert qu’un spectacle d’une pauvreté technique rarement observée à ce niveau de la compétition. Pendant plus de quatre-vingt-dix minutes, le SoFi Stadium de Los Angeles a été le théâtre d’une opposition ô combien décevante. Contrôles manqués, transmissions imprécises, mauvais choix dans les trente derniers mètres, incapacité chronique à accélérer le jeu ou à créer un véritable déséquilibre… les approximations se sont succédé.

Une opposition soporifique
Alors oui, l’intensité était bien présente, l’envie aussi et le tir croisé du capitaine des Canucks, Stephen Eustáquio, permettra bien au Canada de défier le Maroc ou les Pays-Bas en 8e de finale. Pourtant cette frappe victorieuse au bout du temps additionnel (90+2e) ne suffira pas à masquer les limites d’un rendez-vous qui ressemblait davantage à une affiche de deuxième partie de tableau qu’à un match à élimination directe de la plus prestigieuse compétition du football mondial (1 seul tir cadré pour les Bafana Bafana, 7 pour les Canadiens). Un constat qui ne surprendra peut-être que ceux qui n’avaient pas suivi la phase de groupes puisque ni l’Afrique du Sud ni le Canada n’avaient véritablement convaincu.
Lors des trois premières journées, les deux sélections avaient, en effet, déjà affiché leurs carences collectives, leur manque de créativité et une qualité technique insuffisante pour prétendre rivaliser avec les meilleures nations. Dès lors, leur qualification relevait plutôt des subtilités du nouveau format que d’une réelle montée en puissance. Et le véritable sujet se trouve bien là. Depuis son annonce, l’élargissement de la Coupe du Monde à 48 équipes n’a cessé de profondément diviser les observateurs. Les défenseurs du projet ont rapidement mis en avant une plus grande représentativité du football mondial, l’ouverture vers de nouveaux continents et la possibilité pour des nations émergentes de vivre l’expérience du très haut niveau.
Les limites d’un nouveau modèle
Si l’idée paraissait séduisante sur le papier - et ne doit pas encore totalement être remise en cause - ce premier seizième de finale a, malgré tout, apporté de sérieux arguments à ses détracteurs. En augmentant le nombre de qualifiés, la FIFA a mécaniquement accru le nombre de rencontres entre sélections dont le niveau reste éloigné des standards habituels de la phase finale. Ce dimanche soir, le constat était implacable. En effet, si la magie du football repose aussi sur les plus belles surprises (les qualifications historiques de certaines nations abondent en ce sens), ce premier 16e de finale a surtout confirmé que lorsque deux équipes aux limites évidentes se retrouvent face à face dans un match couperet, le risque est de proposer un spectacle pauvre et incapable de répondre aux attentes d’une compétition suivie par des milliards de téléspectateurs.
Il ne s’agit pas de faire injure à l’Afrique du Sud, qui a atteint les matchs à élimination directe pour la première fois de son histoire, ni au Canada, qui poursuit son rêve éveillé. Mais le mérite de ces deux pays ne peut factuellement pas garantir la qualité. Alors que la Coupe du Monde a longtemps bâti sa réputation sur une exigence sportive exceptionnelle, ce nouveau format retarde finalement l’excitation et ternit l’engouement. Donc oui, il serait sans doute excessif de condamner définitivement le format à 48 équipes après un seul match puisque les 16es de finale programmés offriront probablement davantage de spectacle et certaines nations dites secondaires créeront peut-être de magnifiques exploits. Mais ce premier rendez-vous restera, quoi qu’il en soit, comme un avertissement. Car si Afrique du Sud-Canada devait être la vitrine des nouveaux seizièmes de finale, cette rencontre a finalement été la démonstration parfaite des craintes exprimées depuis plusieurs années par les opposants à cette réforme.
Au coup de sifflet final, Opta apportait d’ailleurs une statistique parlante : aucun but n’a été inscrit lors de la première période du premier match en phase à élimination directe sur une édition de la Coupe du Monde pour la première fois depuis 2002 (0-0 à la mi-temps entre l’Allemagne et le Paraguay). De quoi résumer l’ennui vécu par de nombreux téléspectateurs ce dimanche soir. Oui, la FIFA souhaitait rendre son Mondial plus universel, elle va désormais devoir veiller à ce qu’il ne perde pas, en chemin, ce qui faisait sa force : l’excellence sportive. Et le danger est plus que jamais présent quand on sait que Gianni Infantino, président de la FIFA, avait récemment murmuré « intéressante » lorsqu’il avait été interrogé sur une possible Coupe du Monde 2030 à 64 équipes pour célébrer le centenaire de la compétition…
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