L’attribution de la Coupe du Monde 2038 n’a officiellement pas commencé, pourtant les spéculations se multiplient déjà. Pendant le Mondial 2026, plusieurs signaux ont alimenté les débats. Aux États-Unis, Andrew Giuliani, directeur exécutif du groupe de travail de la Maison Blanche pour le tournoi, a expliqué que son pays avait largement les moyens d’organiser une nouvelle Coupe du Monde, tout en précisant qu’aucune candidature n’avait encore été déposée. Quelques jours plus tôt, un rapport commandé par l’association Territoires d’événements sportifs invitait également la France à viser l’organisation du Mondial 2038, dans la continuité des Jeux olympiques de Paris 2024 et avec l’objectif de poursuivre la modernisation des infrastructures. Deux prises de position qui illustrent déjà un phénomène nouveau. Les grandes nations du football ne veulent plus attendre plusieurs décennies avant de recevoir à nouveau la plus prestigieuse des compétitions.

Ces discussions arrivent dans un contexte très particulier. La Coupe du Monde 2030 est déjà promise à une organisation inédite avec le Maroc, l’Espagne et le Portugal, tandis que l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay accueilleront les trois premières rencontres du tournoi afin de célébrer le centenaire de la compétition. Quatre ans plus tard, l’Arabie saoudite prendra le relais pour l’édition 2034. En théorie, le principe d’alternance des confédérations empêcherait donc l’Europe, l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie de prétendre à 2038, laissant uniquement la CONCACAF et l’Océanie éligibles si la règle actuelle est maintenue. Le problème est justement là. Ce système, imaginé pour garantir une répartition géographique, paraît de moins en moins compatible avec un football qui évolue vers des organisations toujours plus complexes et des candidatures de plus en plus transcontinentales.
Un casse-tête pour la FIFA
Les pistes déjà évoquées pour 2038 montrent à quel point les frontières traditionnelles s’effacent. L’Allemagne réfléchit à une candidature, seule ou avec l’Autriche et la Suisse. L’Italie a également affiché son intérêt, tout comme la France. En Grande-Bretagne, l’idée d’un nouveau dossier commun avec les quatre nations du Royaume-Uni revient régulièrement dans les discussions, portée notamment par le vice-président de la FIFA Victor Montagliani. De l’autre côté de l’Atlantique, une nouvelle candidature des États-Unis avec le Canada et le Mexique reste envisageable malgré le Mondial 2026. Plus surprenant encore, la Nouvelle-Zélande étudie différents scénarios qui pourraient associer les Fidji et même les États-Unis, tandis que des responsables baltes ont imaginé un projet réunissant les pays nordiques, les États baltes et plusieurs nations d’Europe centrale. La Coupe du Monde n’est plus pensée à l’échelle d’un seul pays ni même d’une seule confédération. Les projets deviennent de vastes coalitions régionales.
Cette évolution n’a rien d’un hasard. Le format à 48 équipes inauguré en 2026 pousse mécaniquement les organisateurs à partager les infrastructures, les stades, les transports et les capacités hôtelières. Et cette impression ne diminuera pas si la réforme à 64 nations est adoptée. Plusieurs candidatures abandonnées pour 2030 et 2034 allaient déjà dans cette direction. L’ASEAN avait longtemps rêvé d’un dossier commun réunissant plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. L’Australie avait étudié différents montages avec la Nouvelle-Zélande puis avec l’Indonésie. Le Japon et la Corée du Sud restent régulièrement associés dans les projections pour une future édition. L’Egypte et la Grèce souhaitaient s’associer à Riyad pour une candidature sur l’édition 2030. La délégation avait également contacté la Serbie, la Bulgarie et la Roumanie pour une candidature à quatre. Même les projets les plus récents pour 2038 imaginent des alliances inédites qui dépassent parfois les limites géographiques traditionnelles.
L’héritage des éditions 2026 et 2030 est déjà visible. Plus les exigences augmentent, plus les fédérations cherchent à mutualiser les coûts, les infrastructures et les risques. À cette réalité s’ajoute une autre tendance de fond. Les puissances émergentes veulent désormais leur place dans la course. La Chine n’a jamais abandonné son ambition d’organiser un jour la Coupe du Monde. L’Inde développe progressivement ses infrastructures sportives avec l’objectif de peser davantage sur la scène internationale. Après plusieurs candidatures infructueuses avant son succès pour 2030, le Maroc incarne parfaitement cette montée en puissance de nouveaux acteurs. La FIFA se retrouve ainsi face à un dilemme, soit l’organisation maintient strictement l’alternance des continents mais tout risquant d’écarter de nombreux projets solides au moment où les candidatures individuelles deviennent de plus en plus rares. Assouplir cette règle reviendrait aussi à reconnaître que le football moderne fonctionne désormais autour de grands blocs régionaux et de candidatures hybrides. À l’approche de 2038, le débat dépasse déjà le simple choix du pays hôte. La FIFA est bloquée pour trouver la manière la plus souple d’organiser ses Coupes du Monde pour les décennies à venir.
Tous les commentaires