La Belgique a eu chaud. Très chaud. Menés 2-0 par une équipe du Sénégal maîtrisant totalement son sujet, les Diables Rouges ont profité d’un relâchement fatal des Lions de la Teranga en toute fin de match pour arracher une égalisation miraculeuse, grâce à deux buts inscrits en trois minutes par Romelu Lukaku et Youri Tielemans. C’est ensuite ce même Tielemans qui est venu offrir la qualification au plat pays sur penalty, au bout du temps additionnel des prolongations (3-2). De quoi rendre fous les Sénégalais, dont plusieurs joueurs s’en sont pris au sélectionneur Pape Thiaw et à son staff.

Personne n’a compris les choix de Garcia

Côté belge, les Diables Rouges pouvaient exulter après être passés tout près de l’élimination. Parfois trop. En conférence de presse, Rudi Garcia s’est en effet permis une sortie médiatique très remarquée sur le coaching de Pape Thiaw. «On connaît ces équipes, elles perdent leur structure tactique vers la fin du match. On savait aussi que vers 2-0, ils feraient tout pour protéger leur but, ce qui est à mon avis une grave erreur. Rappelez-moi quand on mènera 2-0 de ne pas faire ça, parce que quand vous prenez un but comme ils l’ont fait à 2-1, le match a changé d’âme.» Le Français de 62 ans a voulu faire la leçon à son homologue sénégalais, mais il a vite été rappelé à l’ordre. À commencer par son milieu de terrain et capitaine Youri Tielemans. «Le milieu belge a remballé une énième consigne de son coach peu avant la pause. Le ton était loin d’être amical, c’était d’ailleurs l’exact opposé…», écrit la RTBF.

Après le match, la presse belge s’est chargée de faire redescendre l’ancien coach de Lille, de l’OM et de l’OL sur terre. «La corde de la guillotine était pourtant pratiquement déjà détachée. Rudi Garcia vivait ses dernières minutes en tant que sélectionneur des Diables Rouges. (…) Rudi Garcia : protagoniste du mystère de Seattle. Même ceux qui ont revu le match n’y comprenaient toujours rien. Toute forme de logique avait disparu. Dans un monde de plus en plus dominé par les données et une multitude de modèles d’IA, c’est tout de même un constat amusant. Au football, tout est donc vraiment possible. Être catastrophique pendant 85 minutes. Avoir un plan de jeu qui prend l’eau de toutes parts – aucune pression, un bloc de milieu de terrain avec un triangle comme ça. Ne rien construire, pour ainsi dire. Effectuer les remplacements les plus étranges. Et puis, finalement, se qualifier quand même pour les huitièmes de finale. (…) La nation et le reste du monde mettront eux aussi un certain temps à se remettre de ce match Belgique-Sénégal. Rudi Garcia n’est toutefois pas un génie. Que cela soit clair. Ce n’est pas parce qu’on s’en sort d’une manière aussi incroyable qu’on peut soudainement changer son nom en Rudi Houdini. Il en faut davantage pour cela», peut-on lire dans les colonnes de Het Last Nieuws.

«Cela ne fait pas pour autant de Garcia un héros ou un magicien»

Un peu plus tôt, l’émission Deviltime se penchait sur les changements opérés par Garcia (les sorties de Kevin de Bruyne et de Jérémy Doku notamment). Des choix qui ont ulcéré les supporters belges et qui n’ont pas vraiment considérés comme un coaching de génie… «Cela ne fait pas pour autant de Garcia un héros ou un magicien. Ils auraient tout aussi bien pu être éliminés. On ne passe pas du jour au lendemain de remplaçants étranges à des remplaçants exceptionnels. Il faut maintenant aller de l’avant et reconstruire une équipe. Il doit prendre en compte tout ce qui s’est passé avant cette remontée», a confié Marc Degryse. De son côté, Garcia s’est expliqué en conférence de presse.

«On a toujours raison quand on gagne. Ce n’est pas à moi de le dire. J’ai simplement fait mon travail. Mon seul mérite est d’avoir cru que les autres joueurs apporteraient une nouvelle dynamique. Tout le monde sait que Jérémy ne peut pas jouer 90 minutes. Je le répète : il ne s’est pas entraîné depuis sept jours. Et je savais que Dodi pouvait faire la différence à droite. Il arrive parfois que les meilleurs joueurs connaissent un jour sans. Quand un entraîneur effectue un changement, ce n’est pas contre eux, mais un choix pour les joueurs qui entrent en jeu. En tant qu’entraîneur, on veut aider l’équipe à redevenir dominante. Et ça a fonctionné.» Reste maintenant à savoir si le Français fera autant de miracles le 7 juillet prochain, lors du huitième de finale face aux États-Unis.