Après les qualifications du Brésil, de la France ou encore du Maroc, pour ne citer qu’eux, les 16es de finale de la Coupe du Monde se poursuivaient, ce jeudi soir, avec une affiche entre l’Espagne et l’Autriche. Championne d’Europe en titre et annoncée comme l’un des principaux favoris de la compétition, la Roja devait faire respecter son rang. Pour ce faire, Luis de la Fuente optait pour un 4-2-3-1 avec une attaque composée de Lamine Yamal, Dani Olmo, Alex Baena et Mikel Oyarzabal. En face, Ralf Rangnick organisait ses troupes en 4-2-3-1 où Michael Gregoritsch évoluait seul en pointe. Une rencontre qui ne tardait pas à s’animer. Dès les premières secondes, la Roja se projetait rapidement vers l’avant et Lamine Yamal déclenchait la première frappe cadrée (1e).

Déterminés, les Espagnols maintenaient la pression et Olmo, sur un centre de Porro, tentait à son tour sa chance (8e). En vain. Sous les yeux de Carles Puyol, les Autrichiens affichaient malgré tout une belle résistance, à l’instar de Laimer, concentré dans son duel face à Yamal. Peu après le premier quart d’heure, l’Autriche se procurait même une première belle situation mais il manquait quelques centimètres à Gregoritsch pour reprendre un centre parfait de Sabitzer (18e). Gênés, les coéquipiers de Pedri peinaient face à la rigueur tactique et l’intensité des Autrichiens. Si Olmo, d’un contrôle orienté splendide, faisait encore trembler la défense autrichienne, Cucurella voyait lui son but refusé pour une faute (très légère) sur Schlager (29e).

L’Espagne fait respecter la hiérarchie, Oyarzabal brille

Toujours aussi actif, Yamal repartait à l’attaque et s’amusait au sein de la défense autrichienne alors qu’Oyarzabal tombait lui sur un portier autrichien inspiré (32e). De plus en plus menaçante, l’Espagne multipliait les séquences offensives et était logiquement récompensée. Sur un centre en retrait parfait de Cucurella, Mikel Oyarzabal surgissait et trompait Schlager d’une reprise en première intention (36e). Lancés, les Ibériques prenaient confiance. Lamine Yamal butait encore sur le portier adverse (38e) et les Autrichiens, en souffrance face au rythme imposé par la Roja, ne parvenaient plus à mettre le pied sur le ballon. En fin de première période, l’Espagne frôlait même le break mais Baena voyait son coup franc direct fracasser la barre transversale avant que Schlager, déjà décisif sur l’action précédente, ne s’interpose encore face à Yamal (45+2e).

Logiquement en tête à la pause, les Espagnols repartaient avec les mêmes intentions au retour des vestiaires. En contrôle, la Roja poussait. Rodri manquait de peu le cadre (54e). En face, les Autrichiens subissaient toujours autant. Dans la dernière demi-heure, Kalajdzic, tout juste entré, voyait sa tête flirter avec le cadre de la Roja (61e) mais la physionomie de ce match ne changeait guère : les vagues espagnoles se multipliaient, l’Autriche résistait et ce qui devait arriver arriva. Sur un nouveau décalage parfait, Baena adressait un centre au point de penalty que Pedro Porro coupait pour donner deux buts d’avance aux siens (2-0, 67e). En fin de match, Oyarzabal s’offrait même un doublé sur un nouveau centre parfait de Cucurella (3-0, 89e). Avec cette victoire (3-0) ne souffrant d’aucune contestation possible, l’Espagne rejoint donc les 8es de finale et défiera le Portugal ou la Croatie, qui s’affrontent ce vendredi à 1h.

L’homme du match : Cucurella (8) : au début, on a senti une certaine nervosité chez lui entre des fautes contestées ou un ballon bêtement perdu (13e). La nouvelle recrue du Real est vite passée à autre chose, apportant sécurité derrière et surnombre devant. Difficile d’expliquer ce but qui lui a été refusé sur corner (29e), en revanche il est bien passeur décisif sur ce centre en retrait pour Oyarzabal (36e) et est à nouveau déterminant sur le but de Porro (65e). Le latéral s’est encore montré disponible durant le second acte et vient gêner la présence de Kalajdzic (60e) puis de Posch (82e), même s’il est battu sur cette dernière. Il s’est offert une seconde passe décisive pour Oyarzabal (88e).

Espagne :

- Simon (5,5) : il ne respire pas toujours la sérénité dans ses choix (3e). Après avoir dit ça, le gardien espagnol a vécu une 16e de finale franchement tranquille, très peu inquiété par l’attaque adverse, si ce n’est jamais. La tête de Gregoritsch est passée au-dessus (60e) et il sort bien au-delà de sa surface devant Arnautovic (62e). Le Basque n’a toujours pas encaissé le moindre but dans ce Mondial. Il a profité de ce match pour battre le record d’invincibilité d’Iker Casillas en Coupe du Monde avec 518 minutes.

- Porro (6,5) : le latéral de Tottenham a profité de la supériorité collective de son équipe pour prendre son couloir et apporter le nombre. Il n’a pas non plus été particulièrement juste dans ses choix (17e, 22e) et a même souffert dans certains duels. Preuve de son allant offensif et de sa prise de risque, il a perdu pas mal de ballons pour un latéral mais cela lui a permis d’inscrire le second but de la tête au point de penalty (65e). Défensivement, il n’a pas eu beaucoup de travail et l’a accompli correctement.

- Cubarsi (5) : il a vécu une soirée plutôt calme, où il n’a guère été sollicité, et pourtant, il n’a pas non plus effectué un si bon match qui cela. La taille de Gregoritsch l’a parfois gêné dans les duels et sur les centres adverses (16e, 60e). Heureusement pour lui, ils ont été rares. Il y a aussi ce mauvais dégagement mal exploité par les Autrichiens (42e). Le joueur du FC Barcelone va devoir élever son niveau au fur et à mesure de la compétition.

- Laporte (6,5) : le gaucher a montré davantage d’autorité que son compère de la charnière. Beaucoup plus solide dans les duels, qu’il a tous remportés (9/9) et dans le combat, il a permis aux siens de récupérer le ballon souvent très haut. Sa taille et sa présence dans le domaine aérien ont également fait du bien sur coups de pied arrêtés offensifs. Propre balle au pied, il n’hésite pas à donner de la voix. C’est lui le leader de la défense de la Roja, jusqu’à son remplacement par Pubill (90e+3).

- Cucurella (8) : voir ci-dessus.

- Pedri (6) : on l’a plus vu dans un rôle de récupérateur ce soir, plus inhabituel aussi. Forcément, le technicien du Barça s’est moins illustré avec le ballon, il a même eu parfois pas mal de déchet en assurant mal ses transmissions (27e, 61e) même si son travail de percussion dans l’axe lance l’action du but d’Oyarzabal (36e). Sa présence a permis quelques récupérations hautes sur le terrain. Il a été victime de pas mal de fautes de la part des Autrichiens, ce qui a fini par l’agacer.

- Rodri (6) : le métronome du milieu de terrain reprend du rythme dans cette Coupe du Monde. Le capitaine de la Roja a assuré la relation entre la défense et le reste de l’équipe en redescendant parfois très bas, entre les deux centraux. Il y a bien eu cette toute petite frayeur sur sa première passe en retrait (2e) et quelques petits ballons perdus ici ou là (44e) mais globalement le Cityzen n’a pas eu besoin de trop forcer, comme l’ensemble de son équipe. Une prestation très correcte.

- Olmo (6) : sa mobilité et sa capacité à se déplacer entre les lignes ont souvent été difficiles à maîtriser pour les Autrichiens. Dans ce rôle de facilitateur, le milieu offensif a joué juste dans l’ensemble, sans pour autant se mettre en évidence. Il y a tout de même cette action géniale qui aurait mérité meilleur sort s’il n’avait pas été repris par Danso dans la surface (29e). Plus discret après la reprise, l’ancien du RB Leipzig a été remplacé par Merino (71e), qui a évolué poste pour poste.

- Yamal (6) : une première banderille dès la 1ère minute qui a donné le ton. Laimer lui a offert un joli bras de fer dont il a finalement pris le dessus sans trop de difficultés. La star du Barça a fait mal sur son côté (21e, 32e) ou lorsqu’il a repiqué dans l’axe (28e), avant de baisser franchement de rythme en seconde période. Toujours dans cette position d’ailier, il s’est régulièrement compliqué la tâche en privilégiant la solution individuelle. Il manque aussi cette grosse occasion avant la pause (45e+2) puis est mis en échec par Alaba sur sa ligne (84e). Remplacé par Gavi (85e).

- Oyarzabal (8) : aligné en pointe comme depuis le début de la compétition, le joueur de la Real Sociedad a mis un peu de temps à se mettre en route. À la manière d’un diesel, une fois lancé, l’attaquant n’a cessé de faire mal à la défense adverse. Une première frappe de la gauche obligeant Schlager à aller au sol (33e), une seconde qui cette fois a fait mouche en étant à la réception de ce ballon de Cucurella (36e). Ses appels et son pressing ont été récompensés. Il n’a plus eu grand-chose à se mettre sous la dent jusqu’à ce dernier centre de Cucurella où il s’offre un doublé (88e).

- Baena (7) : entreprenant dès l’entame. Il n’a pas toujours été bien servi, notamment par Yamal (5e), mais il a contribué à sa manière à animer le flanc gauche, à l’image de sa fausse piste libérant le couloir sur le premier but de la Roja (36e). Son magnifique coup-franc dévié in extremis par Schlager sur la barre aurait mérité meilleur sort (45e+2). Le joueur de l’Atlético a fini par être récompensé d’une passe décisive sur son centre à destination de Porro (65e). Remplacé par Torres (71e), actif dans le pressing et auteur d’une tête hors cadre.

Autriche :

- Schlager (5) : battu juste avant la pause, le gardien autrichien a pourtant multiplié les arrêts en première période, avec cinq interventions décisives qui ont empêché l’Espagne de prendre rapidement le large. Moins sollicité après le retour des vestiaires, il est resté vigilant lorsqu’il a été appelé à intervenir. Il ne peut toutefois rien sur la tête de Porro à la 65e minute, qui finit par faire céder une dernière fois sa résistance. Sans lui, l’écart aurait pu être bien plus lourd.

- Posch (3) : une soirée très compliquée pour le latéral autrichien. Dès les premières minutes, l’Espagne a ciblé son couloir et il a souvent semblé dépassé, même s’il s’est illustré par un sauvetage précieux devant Dani Olmo à la 28e minute. Cette intervention n’a toutefois pas masqué ses difficultés, puisque l’ouverture du score est arrivée de son côté après une sortie trop timide sur le porteur du ballon. Offensivement, il n’a jamais réussi à apporter de solutions et a même gâché l’une des rares situations autrichiennes en conservant trop longtemps le ballon. Le scénario s’est répété après la pause, avec un deuxième but espagnol encore venu de son côté. Une prestation à oublier, d’autant qu’il a été averti (83e). Remplacé par Prass (86e).

- Danso (4) : solide dans les duels, le défenseur central a longtemps tenu la baraque face aux vagues espagnoles. Son tacle salvateur devant Baena, qui filait seul au but, a évité un but quasiment tout fait et symbolise son engagement. S’il s’est montré robuste dans sa surface, ses relances ont en revanche manqué de précision et ont parfois rendu le ballon trop vite à l’adversaire. Surtout, il s’est laissé surprendre à deux reprises dans son dos sur les actions qui amènent les buts espagnols. Un match partagé entre de belles interventions défensives et des erreurs de placement qui ont fini par coûter cher.

- Alaba (4) : l’expérience de David Alaba a d’abord permis à l’Autriche de résister. Bien placé et serein dans ses interventions, il a longtemps contenu les offensives espagnoles aux côtés de Danso. Mais son match a changé de visage après la pause. De plus en plus en difficulté dans les courses, il a été pris de vitesse à plusieurs reprises et a manqué de réactivité dans sa surface. Un manque de rythme, logique après ses nombreux pépins physiques et son faible temps de jeu ces deux dernières années, qui a fini par se faire ressentir.

- Laimer (5) : très sérieux dans son entame, Laimer a livré un vrai duel avec Lamine Yamal. Son agressivité et son sens de l’anticipation ont souvent poussé l’ailier espagnol à dézoner pour trouver davantage d’espaces. Au fil des minutes, le rythme imposé par l’Espagne a toutefois commencé à peser sur ses jambes, au point de le voir régulièrement se tenir les hanches. Malgré cette baisse physique, il n’a jamais lâché et est resté combatif jusqu’au bout.

- Seiwald (2) : son match a très mal commencé avec une perte de balle dès la première minute, qui a offert une situation dangereuse à l’Espagne. Malgré quelques séquences où il a tenté d’apporter de l’énergie au milieu, il a progressivement disparu de la rencontre, incapable de freiner l’emprise espagnole ni de répondre à l’intensité adverse. Dépassé dans les duels et trop discret à la récupération, il a logiquement cédé sa place à la pause à Chukwuemeka (45e - note 3). Son entrée n’a pas apporté le souffle espéré. En difficulté techniquement, il a rarement réussi ce qu’il entreprenait et n’est jamais parvenu à inverser la dynamique du match. Une seconde période compliquée pour le milieu autrichien.

- Schlager (3,5) : transparent durant toute la première période, le milieu autrichien n’a jamais trouvé le bon rythme. Dépassé par la maîtrise technique et l’intensité des Espagnols, il a subi les événements sans parvenir à peser dans les duels ou à soulager son équipe à la relance. Une prestation trop effacée qui a logiquement pris fin à la pause remplacé par Grillitsch (45e - note 3). Son entrée a d’abord apporté un peu plus d’agressivité et de présence dans l’entrejeu. En quelques minutes, il a davantage existé que son prédécesseur, mais cet impact s’est rapidement estompé. Attendu pour sa qualité de lecture du jeu, il a au contraire souvent choisi de balancer de longs ballons sans véritable solution. Beaucoup de combativité, mais trop peu de maîtrise.

- Schmid (2) : on a très peu vu Schmid dans cette rencontre. Symbole de sa première période fantomatique, il n’a touché son premier ballon dans la surface espagnole qu’à la 45e minute. Trop discret entre les lignes et rarement trouvé par ses partenaires, il a multiplié les appels sans être récompensé. À l’image de l’attaque autrichienne, il n’a jamais réussi à peser sur la défense adverse et a logiquement quitté la pelouse après l’heure de jeu remplacé par Kalajdzic (60). L’attaquant a au moins eu le mérite de se montrer immédiatement. Sa première tête est passée de peu au-dessus de la cage d’Unai Simón, apportant un peu de danger dans une attaque jusque-là inoffensive. Malgré cette entrée encourageante, il a ensuite été trop peu servi pour réellement changer le cours du match.

- Wanner (3) : l’un des rares Autrichiens à tenter de faire des différences balle au pied en première période. Volontaire et entreprenant, il n’a pas hésité à provoquer la défense espagnole, mais ses prises de décision ont trop souvent manqué de justesse dans les derniers mètres. Repositionné plus bas après la pause, il a perdu en influence et n’a plus réussi à conserver les quelques ballons intéressants qu’il récupérait avant le repos. Son activité est restée intacte, mais elle n’a jamais réellement pesé sur la rencontre.

- Sabitzer (4) : l’un des Autrichiens les plus volontaires dans le secteur offensif. Très actif sur son côté, il n’a pas hésité à repiquer dans l’axe pour évoluer dans une position qu’il affectionne davantage. Repositionné en numéro 10 après la pause, il a tenté d’être le lien entre le milieu et l’attaque, cherchant à créer quelque chose sur les rares possessions autrichiennes. Mais ses initiatives sont restées trop isolées pour mettre la défense espagnole en difficulté. Après une deuxième période plutôt encourageante, ses nombreux efforts ont fini par peser et il s’est progressivement éteint.

- Gregoritsch (2,5) : Il avait pourtant bien commencé, avec une vraie présence dos au jeu et une première situation à la 17e minute sur une tête difficile à ajuster. Mais son match s’est ensuite vidé de tout contenu. Privé de ballons, totalement coupé du reste de l’équipe, il n’a pas touché le moindre ballon en seconde période avant de céder sa place. Trop peu pour exister dans un match de ce niveau. Il est remplacé par Arnautovic (60e). Attendu pour réveiller l’attaque autrichienne, il n’a jamais réussi à inverser la tendance. Quelques remises dos au jeu, un peu de présence physique, mais aucune frappe ni véritable frisson dans la surface espagnole. Une entrée trop neutre pour une star censée sonner la révolte.