Le Portugal est passé par toutes les émotions cette nuit. Vainqueur de la Croatie (2-1) au bout d’un temps additionnel digne d’une mi-temps de prolongations (90e+19!), la Seleção retrouvera l’Espagne dans un choc qui s’annonce grandiose en 8e de finale (lundi 6 juillet, 21h heure française). Elle devra forcément élever son niveau de jeu si elle souhaite être à la hauteur face à l’un des grands favoris de la compétition et tirer les enseignements de son dernier match. Elle a eu très chaud cette nuit, menée contre le cours du jeu dès la reprise, obligeant Roberto Martinez à bousculer ses plans dès l’heure de jeu avec 4 changements, passant du 4-2-3-1 en un 4-4-2. Il y avait urgence à agir.

Ce système n’a pas totalement convaincu non plus. Il a pu ouvrir pas mal d’espace aux Croates, qui n’ont pas réussi à en profiter, malgré de grosses situations. Bruno Fernandes et Vitinha ont sans doute été les principales victimes de ces modifications tactiques. Le Parisien a encore déçu, dans la lignée de ses prestations depuis le début de la compétition. Il n’a pas de problème à conserver le ballon, il est même le meilleur en la matière d’après les données du CIES, ni à gagner les duels et à accomplir le travail défensif. C’est dans la construction du jeu que les critiques commencent à poindre. Il manque de verticalité et de prises de risques. Le collectif, bien plus statique qu’au PSG et prévisible, ne l’aide pas non plus.
Influence et temps de jeu réduits
Le moteur du jeu ronronne et c’est tout le bateau qui peine à avancer. Son influence se réduit, son temps de jeu également. Le sélectionneur le fait sortir de plus en plus tôt au fur et à mesure de ce Mondial. «Nous avions défini des schémas offensifs. C’était un match propice au jeu intérieur, mais nous n’y sommes pas parvenus, expliquait Roberto Martinez pour justifier son changement de système et la sortie de Vitinha. Il aurait fallu exploiter davantage la largeur et la profondeur du jeu de Rafael Leão. Nous l’avions déjà fait en Ligue des Nations. Ce n’est pas nouveau. Il s’agissait simplement de s’adapter au déroulement du match», affirmait-il, plutôt satisfait de son passage à deux pointes avec Ramos et Cristiano Ronaldo.
«Nous avons utilisé les joueurs à notre disposition, Gonçalo Ramos apporte toujours quelque chose. Nous sommes habitués à voir les remplaçants contribuer. Nous avons tenté un pari risqué avec deux attaquants pour mettre la pression sur les défenseurs centraux croates», poursuivait l’Espagnol en conférence de presse. Dès lors, la place de titulaire du 3e au dernier Ballon d’Or peut-elle être remise en question ? Cela ne semble pas encore en prendre le chemin, indique la presse portugaise. D’autres facteurs entrent en ligne de compte, comme la richesse de l’effectif dans l’entrejeu. Bernardo Silva n’était pas titulaire hier. C’est lui d’ailleurs qui a épousé le rôle de meneur reculé en l’absence du double champion d’Europe sur le terrain.
«C’est la plus grande déception de cette Coupe du Monde»
A Bola évoque aussi la fatigue après deux saisons quasi ininterrompues avec le PSG. Vitinha a disputé pas moins de 109 matchs, club et sélection confondus sur cette période, plus de 8 500 minutes. Il n’a jamais été blessé ou presque. «Pour beaucoup, c’est la plus grande déception de cette Coupe du Monde», lâche le quotidien portugais, ce que confirme Sport, le média catalan. «Vitinha est plus lent que d’habitude, mais il est suffisamment talentueux pour renverser un match d’un seul coup. Bien sûr, une chose n’enlève rien à l’autre». Le joueur de 26 ans l’a lui-même reconnu en conférence de presse avant la Croatie. Il n’est pas au meilleur de ses capacités, mais comme l’ensemble du groupe.
«Nous sommes les premiers à vouloir bien jouer et à vouloir gagner. J’espère et je ferai tout mon possible pour élever mon niveau, ainsi que celui de l’équipe, concédait-il. Il est impossible de dissocier l’individu du collectif. Le collectif doit bien fonctionner pour que les talents individuels puissent briller. Que ces talents individuels se tirent mutuellement vers le haut pour faire avancer le collectif». «Je comprends parfaitement les doutes et les critiques. Nous les accueillons à bras ouverts, nous ne cherchons pas les compliments, prolongeait le Portugais un peu plus tard dans ce point presse. Nous savons quand nous réussissons et quand nous ne réussissons pas. Personne ne souhaite gagner plus que nous». Face à la Roja, il faudra trouver d’autres arguments que la simple motivation.
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