Si les grands favoris annoncés de cette Coupe du Monde 2026 restent l’Argentine, la France, l’Espagne ou encore le Portugal pour certains, la Colombie, elle, n’entre pas dans cette catégorie aux yeux de la majorité des observateurs. Pourtant, les Cafeteros sont en train de réaliser un parcours parfaitement maîtrisé, discret mais terriblement efficace, en avançant sans bruit tout en s’imposant comme l’une des équipes les plus régulières du tournoi. Sous les ordres de Néstor Lorenzo, les Colombiens impressionnent par leur équilibre collectif et leur capacité à répondre présents dans les moments clés, à l’image d’une phase de groupes conclue à la première place du groupe K avec 7 points, devant le Portugal (5 pts), le Congo (4 pts) et l’Ouzbékistan (0 pt).

Le parcours colombien en phase de groupes a rapidement donné le ton. Une entrée en matière convaincante face à l’Ouzbékistan (3-1), suivie d’un succès précieux contre le Congo (1-0), avant un match nul solide face au Portugal (0-0) pour valider la première place du groupe. Une montée en puissance confirmée cette nuit en seizièmes de finale face au Ghana (1-0), dans une rencontre globalement maîtrisée malgré un manque d’efficacité offensive. Jhon Arias a inscrit l’unique but d’un match où la Colombie a une nouvelle fois affiché sa solidité, portée par une défense difficile à bouger et une organisation collective bien en place.

Luis Díaz monte encore en puissance

Car au-delà des très bons résultats, ce sont aussi les statistiques qui impressionnent. La Colombie a gardé sa cage inviolée lors de 5 de ses 7 derniers matchs de Coupe du Monde, avec 5 clean sheets au total sur la période, pour seulement 2 rencontres avec but encaissé. Mieux encore, les Cafeteros restent sur 5 victoires consécutives face à des nations africaines en Coupe du Monde, confirmant une forme de domination dans ce registre. Et malgré une efficacité offensive parfois perfectible, comme le souligne Luis Díaz lui-même : « la confiance n’est pas encore à 100 % », la dynamique collective reste extrêmement solide.

En zone mixte, les mots de Luis Díaz confirment une forme d’état d’esprit assumé au sein de la sélection colombienne. Désigné homme du match face au Ghana, l’ailier du Bayern Munich a livré un discours mêlant lucidité et ambition : « nous n’avons encore rien gagné. Ces matchs sont très difficiles. Le positif, c’est que nous jouons bien, nous sommes à l’aise », a-t-il notamment expliqué, tout en reconnaissant une efficacité encore perfectible. Le Colombien, parfois frustré dans le dernier geste, a aussi insisté sur son état de forme personnel : « je manque encore de sérénité, mes buts refusés et mes occasions manquées jouent sur la confiance. Mais je travaille pour l’équipe et je veux continuer à progresser match après match. »

Des choix forts de la part de Néstor Lorenzo

James Rodríguez, désormais co-meilleur capé de l’histoire de la sélection (130 sélections à égalité avec David Ospina), incarne lui l’expérience d’un groupe où même les ajustements de Néstor Lorenzo, parfois critiqués, sont assumés comme des choix tactiques forts. Après la rencontre, le capitaine a tenu à replacer son aventure dans une dimension plus personnelle : « représenter la Colombie est un rêve depuis que je suis enfant, je dois être un exemple sur et en dehors du terrain », a-t-il confié. Un discours complété par une gestion assumée de son temps de jeu, son remplacement à la pause contre le Ghana ayant été expliqué en interne comme une décision tactique forte de Néstor Lorenzo, confirmant que, dans cette équipe, aucun statut n’est figé.

Le sélectionneur argentin, justement, continue d’imposer sa patte avec une approche sans compromis. Son choix de sortir James dès la mi-temps a marqué les esprits, d’autant plus qu’il s’agissait d’un match à élimination directe. « C’était un changement tactique », a-t-il simplement justifié après coup en conférence de presse, illustrant une forme de pragmatisme qui semble porter ses fruits. Dans le même temps, plusieurs observateurs saluent la cohérence collective du projet colombien, à l’image du spécialiste espagnol Carlos Antonio Vélez, impressionné par la capacité de contrôle de la Colombie : « tous les joueurs ont couru, et c’est une très bonne décision de Lorenzo. Il a protégé James. »

La Colombie, la bonne surprise de cette Coupe du Monde 2026 ?

Enfin, la montée en puissance colombienne ne passe plus totalement inaperçue en Europe. Le journaliste espagnol d’El Chiringuito Edu Aguirre n’a pas hésité à encenser le niveau de jeu affiché par cette équipe, allant jusqu’à une comparaison marquante : « la Colombie pratique un très bon football, elle m’effraie plus que l’Argentine », a-t-il lâché. Une déclaration forte qui illustre le changement de perception autour de cette sélection, désormais considérée comme l’une des formations les plus solides et les plus complètes de la compétition.

Dans ce contexte, la Colombie aborde son huitième de finale face à la Suisse sans complexe. La Nati, elle aussi invaincue depuis le début du tournoi et solide vainqueur de l’Algérie (2-0), représente un test sérieux pour une équipe colombienne qui ne cesse de gagner en crédibilité. Mais la dynamique actuelle pousse à voir plus loin : en cas de qualification, la Colombie pourrait retrouver l’Argentine de Lionel Messi en quart de finale, un choc potentiel qui donnerait encore plus de relief à son parcours. Loin des projecteurs des favoris habituels, la Colombie s’installe progressivement comme l’une des sélections les plus dangereuses de ce Mondial.