Après la qualification du Maroc face au Canada, l’équipe de France défiait, ce samedi soir, le Paraguay avec un objectif très clair : éviter le piège tendu par l’Albirroja et rejoindre les Lions de l’Atlas en quart de finale. Pour ce rendez-vous très attendu, Didier Deschamps - privé d’Aurélien Tchouaméni - optait pour son traditionnel 4-2-3-1 avec Olise, Barcola, Dembélé et Mbappé sur le front de l’attaque. Au milieu de terrain, Manu Koné était lui associé à Adrien Rabiot. De son côté, le Paraguay, tombeur de l’Allemagne au tour précédent, s’organisait en 5-4-1 avec le Strasbourgeois Julio Enciso,, seul en pointe. Au Lincoln Financial Field de Philadelphie et sous une chaleur étouffante, les champions du monde 2018 ne tardaient pas à se projeter vers l’avant. Après une première percée tranchante de Koundé, Dembélé cherchait Mbappé mais le Madrilène était devancé de justesse (1er). Une première situation qui donnait le ton.

Maître des débats, l’équipe de France prenait possession du camp paraguayen et imposait rapidement un attaque/défense. Une domination sans partage qui ne débouchait toutefois pas sur de réelles occasions tricolores, la faute à un bloc adverse ultra-compact et certaines imprécisions techniques. Accrochés à la fin du premier quart d’heure, les Bleus peinaient à percer le mur des Guaraníes et se mettaient à la faute, à l’image de Barcola, averti d’un carton jaune pour une intervention irrégulière (19e). Une adversité qui poussait alors les Bleus à tenter leur chance de loin mais Koné manquait le cadre (22e, 43e), tout comme Rabiot (33e). Sérieux dans le contre-pressing mais chahutés sur chaque contact, les coéquipiers de Rabiot se démenaient pour faire vaciller la formation sud-américaine. Sur un nouveau centre de Dembélé, Mbappé était toutefois trop court pour couper la trajectoire (31e).
Les Bleus ont bataillé
Agacée par le comportement limite de l’Albirroja - incapable de développer du jeu mais experte pour casser le rythme - l’équipe de France poursuivait, malgré tout, son entreprise. Décalé par Mbappé, Dembélé repiquait mais sa frappe, déviée, flirtait avec le montant opposé de Gill (38e). Après 45 minutes d’une outrageuse domination (80,5% de possession), les Bleus étaient pourtant accrochés à la pause. Au retour des vestiaires, Didier Deschamps ne procédait à aucun changement mais la physionomie de cette affiche ne changeait guère. Les Bleus contrôlaient, l’Albirroja coupait le rythme mais le tableau d’affichage n’évoluait toujours pas. Sans vraie opportunité, la France tentait encore sa chance de loin mais Rabiot ne cadrait pas (49e). Mbappé, sur un dégagement splendide de Maignan, n’avait pas plus de réussite après une conduite de balle approximative (51e). En contrôle, les Bleus multipliaient les tentatives lointaines mais Koné tombait cette fois-ci sur un Gill XXL (54e).
Quelques secondes avant la dernière demi-heure, Barcola, servi sur le côté gauche, cherchait lui aussi à faire sauter le verrou paraguayen mais il était encore éconduit malgré un joli numéro (59e). Une dernière initiative du Parisien, qui cédait sa place dans la foulée à Désiré Doué (61e). Le Golden Boy ne tardait pas à s’illustrer avec une percée géniale dans la surface avant de se faire accrocher par Gomez mais l’arbitre ne bronchait pas (65e). Dans un premier temps… Après consultation du VAR, l’officiel du jour désignait finalement logiquement le point de penalty. Sans trembler, Mbappé convertissait la sentence et libérait les siens (1-0, 69e). Grâce au 7e but du Bondynois dans la compétition, la France prenait les devants et ne lâchait plus son court mais précieux avantage. En fin de match, Cherki entrait à la place de Dembélé, Mbappé testait encore Gill (89e, 90+6e) mais le score ne bougeait plus. Avec cette victoire difficile (1-0), l’équipe de France poursuit son aventure mondiale et retrouvera le Maroc, tombeur du Canada, lors des quarts de finale.
L’homme du match : Kylian Mbappé (7) : une première période brouillonne sur le plan technique, à l’image d’un flip flap complètement manqué le long de la ligne de touche ou de quelques remises mal dosés. Volontaire, il a proposé quelques solutions dans la profondeur lorsqu’il en avait l’occasion. Il a surtout eu droit au traitement de choc des Paraguayens, avec des coups, divers et variés, et des provocations incessantes. Il a raté son contrôle sur le dégagement parfait de Maignan qui aurait dû lui offrir un but (51e). Mais il n’a pas tremblé au moment fatidique, lorsqu’il a fallu transformer le penalty obtenu par Doué (70e). Son septième but dans la compétition. Il aurait pu marquer le 8e mais est tombé sur un grand Gill (96e). Dans un match difficile, âpre, il est resté exemplaire dans l’attitude, a encore offert un superbe retour défensif, et a su garder la tête froide.
Paraguay
- Gill (6): concentré et vigilant, Gill a longtemps fait ce qu’il fallait sur les rares ballons français arrivés jusqu’à lui. Propre sur sa ligne, attentif sur les centres, il a dégagé une forme de sérénité malgré la domination adverse. Son match bascule sur la deuxième frappe cadrée concédée, un penalty parfaitement tiré par Mbappé qui le prend à contre-pied. Difficile de lui reprocher grand-chose sur cette action. Une prestation sérieuse, rehaussée en fin de match par un double arrêt sur Mbappé.
- Caceres (6): le meilleur défenseur paraguayen de la rencontre. Intraitable dans les duels, il a livré un véritable combat face aux attaquants français, au point de jouer le rôle de véritable « garde du corps » de Kylian Mbappé. Solide défensivement, il a également apporté du danger grâce à ses longues touches, qui ont régulièrement permis au Paraguay de gagner du terrain. Son retour exceptionnel devant Mbappé, parti seul au but, vaut presque un but tant son intervention était décisive. Concentré du début à la fin, il n’a pratiquement rien laissé passer dans son couloir et a incarné l’abnégation de cette défense paraguayenne.
- Velasquez (5): souvent sous pression, Velásquez a beaucoup subi mais n’a jamais triché dans l’effort. Ses nombreux dégagements ont régulièrement rendu le ballon aux Français, empêchant son équipe de souffler, mais ils témoignent aussi de l’intensité de la domination adverse. Dans les duels, le défenseur paraguayen s’est montré solide et a répondu présent à plusieurs reprises pour repousser les offensives françaises. Après la pause, il a conservé la même agressivité, obligeant les ailiers tricolores à jouer vers l’arrière plutôt qu’à le prendre de vitesse. Une prestation courageuse, malgré une relance trop souvent subie.
- Gomez (5): Avec seulement cinq ballons touchés en première période, Gomez symbolise parfaitement le match de sacrifice proposé par le Paraguay. Peu visible avec le ballon, il a pourtant été précieux par son placement, sa discipline et son envie de fermer les espaces devant les attaquants français. Sa présence a contribué à verrouiller l’axe et à ralentir les combinaisons tricolores. Solide dans son registre défensif, il a tenu son rôle sans chercher à en faire trop. Il est remplacé par Mauricio (71e), davantage par nécessité tactique que par sanction individuelle.
- Alderete (5): discret avec le ballon, Alderete a surtout existé par son sens du placement et son expérience. En première période, il a fermé les espaces avec beaucoup de rigueur, collant son vis-à-vis au plus près et empêchant les attaquants français de respirer dans sa zone. Moins tranchant dans les duels après la pause, il a progressivement semblé tirer sur la corde avant de sortir sur blessure. Remplacé par Canale (58e). Entré dans un contexte délicat, il a rapidement fait le travail. Sans briller, il a apporté de la présence et a contribué à maintenir la défense paraguayenne debout.
- Alonso (6): très solide de bout en bout, Alonso a livré un match de patron dans son couloir. Concentré et agressif dans les duels, il a parfaitement contenu Dembélé, ne lui laissant que très peu d’espaces pour s’exprimer. Toujours bien placé, il a répondu présent à chaque accélération française avec beaucoup de maîtrise. Il s’est même offert la seule frappe paraguayenne jusqu’à la 83eme, une tentative lointaine et excentrée qui n’a toutefois pas inquiété Maignan. Une prestation pleine d’abnégation, à l’image de la résistance défensive du Paraguay.
- Gomez (4): véritable sentinelle devant sa défense, Gómez a longtemps assuré le lien entre le milieu et l’arrière-garde paraguayenne. Grâce à son placement et à son sens de l’anticipation, il a considérablement limité les possibilités des Français dans l’axe. Souvent exposé aux frappes lointaines, il a répondu présent en coupant les trajectoires et en protégeant efficacement sa défense. Solide pendant plus d’une heure, il a fini par céder face à la percussion de Doué, qu’il a stoppé irrégulièrement dans la surface. Une faute qui offre le penalty décisif à la France et vient ternir une prestation jusque-là très convaincante.
- Cubas (5): peu à l’aise lorsqu’il a fallu garder le ballon, Cubas a souvent joué dans la précipitation sur ses rares possessions. Mais dans le combat, il a été l’un des Paraguayens les plus précieux. Malin dans la provocation, il a cherché à faire sortir les Français de leur match tout en restant très actif au pressing. Sa lecture défensive a permis de fermer de nombreux espaces dans l’axe, poussant les attaquants tricolores à tenter leur chance de loin. Joueur ayant remporté le plus de duels côté paraguayen, il a incarné l’intensité et la dureté de son équipe.
- Galarza (4): le milieu paraguayen a été le plus en vue de son équipe dans l’entrejeu, prenant ses responsabilités comme il l’avait déjà fait face à l’Allemagne. Toujours au contact, il n’a pas hésité à provoquer les milieux français, aussi bien dans les duels que dans l’aspect psychologique. Son jeu à la limite et son tempérament ont parfois agacé les Bleus, mais c’est précisément ce que recherchait le Paraguay. En cassant le rythme et en imposant un véritable combat, il a largement contribué à permettre aux siens de rejoindre les vestiaires sur un score nul. Un match de guerrier, plus précieux que spectaculaire. Malheuresement invisible en seconde période dans le jeu, pas dans les provocations et jérémiades.
- Almiron (4): en tant que leader technique de cette équipe, Almirón a tenté par séquences d’accélérer le jeu paraguayen et de donner un peu d’air aux siens. Son expérience s’est aussi vue dans sa capacité à casser le rythme, à gagner des fautes et à faire respirer son bloc dans les moments de pression française. Plus visible après la pause, il a réussi à gratter quelques coups francs et corners précieux. Mais son influence est restée trop intermittente pour réellement inquiéter la défense tricolore. Touché sur une accélération, il est remplacé par Avalos (71e).
- Enciso (4): attendu comme la principale menace offensive du Paraguay, Enciso est finalement resté très discret. Peu servi, il n’a presque jamais réussi à se mettre en évidence, ne réussissant qu’un seul dribble en première période. Sa vitesse, habituellement son principal atout, n’a jamais suffi à prendre le dessus sur Upamecano, impérial dans les duels. Il a fallu attendre la 56e minute pour le voir toucher son premier ballon de la seconde période, mais sa tentative de déborder Koundé s’est conclue par une mauvaise conduite de balle. Trop peu influent pour peser sur la rencontre, il a logiquement été remplacé par Caballero (61e), peu vu.
France :
- Maignan (6) : rien à faire en première période, si ce n’est esquiver les quelques coups que certains Paraguayens ont tenté de lui donner en se « replaçant ». Un dégagement magistral vers Mbappé qui aurait mérité meilleur sort (51e). Vigilant sur les coups de pied arrêtés, et globalement rassurant pour sa défense, jusque dans les dernières minutes.
- Koundé (6) : beaucoup mieux que lors de la phase de poules, notamment techniquement. On sent qu’il a pris confiance en lui, au point de tenter une reprise à l’entrée de la surface suite à un ballon repoussé. Il n’a cessé de proposer une solution dans la profondeur à Dembélé dès que ce dernier avait le ballon. Et défensivement, il s’est montré solide sur les ballons dangereux à jouer sur des dégagements adverses.
- Upamecano (7) : une machine physique qu’Enciso n’a pas réussi à enrayer, malgré son vice. Avec sa puissance et sa vitesse, le défenseur central du Bayern a tué dans l’oeuf les tentatives de l’attaquant de Strasbourg de le prendre de vitesse. Impérial tout du long, hormis deux contrôles trop longs qui sont revenus dans les pieds adverses, pour chipoter.
- Saliba (5,5) : plus dans le duel d’homme à homme, le défenseur français s’est parfois laissé prendre à ce petit jeu, jouant aussi beaucoup du tirage de maillot et se faisant parfois sanctionner, logiquement, par l’arbitre. On l’a senti nerveux en raison de la tournure prise par la rencontre mais il est resté vigilant devant la mobylette Almiron notamment.
- Digne (5) : avec Digne, on sait ce que l’on a, et ce que l’on n’a pas. Pas de surprise donc, avec une prestation classique, quelques centres distillés, jamais ratés mais pas idéaux pour autant. Il n’a pas réussi à accélérer le jeu français dans ses transmissions. Précieux malgré tout en fin de match, lorsque les Bleus étaient devant au score, il a dégagé plusieurs ballons chauds et ne s’est pas trompé techniquement.
- Koné (6,5) : bien entré dans son match, il a tenté une belle frappe enroulée du gauche (22e), premier frisson pour le portier paraguayen, même si elle n’était pas cadrée. Il a pris ses responsabilités en se rapprochant au maximum du secteur offensif, et a envoyé un missile (54e) détourné par Gill cette fois-ci. En l’absence de Tchouameni, il a parfaitement tenu la baraque dans l’entrejeu, et a su maîtriser ses nerfs face aux rugueux milieux adverses.
- Rabiot (5) : une première période décevante, notamment dans l’utilisation du ballon. On l’a vu envoyer des ballons voués à l’échec dans la surface adverse, tant la densité y était impressionnante. Il a manqué d’inspiration, mais a été au rendez-vous d’un point de vue physique. Moins dominant dans cet aspect après la pause. Peut-être son moins bon match du Mondial.
- Dembélé (4,5) : il a commencé plutôt bien, en collant la ligne à droite et en cherchant à jouer vite, comme sur ce premier centre envoyé en première intention. Il a malheureusement manqué de précision sur ses tentatives, avec des centres ou ouvertures mal dosés. Et il n’est jamais passé en un contre un, avec des prises à deux permanentes. Resté sur le terrain, il n’a jamais eu l’espace nécessaire pour exprimer ses qualités, et a globalement manqué d’audace dans son jeu pour tenter de déstabiliser le bloc adverse. Remplacé par Cherki (84e), qui a surtout cherché à conserver le ballon.
- Olise (5,5) : tout de suite en vue dès le début de la rencontre, on le sentait désireux de prendre les choses en main. Il est venu chercher les ballons, a tenté quelques dribbles courts pour trouver de l’espace face au pressing mais s’est peu à peu éteint. On l’a surtout senti nerveux face aux petites fautes adverses, et l’arbitre l’a rarement protégé. Bien muselé au final, un match compliqué, où il a eu le mérite de rester concentré et de ne pas dégoupiller face aux fautes adverses. Même s’il a pris un carton jaune dans le temps additionnel pour une prise de bec avec l’insupportable Galarza.
- Barcola (5) : avec son profil différent de ses partenaires offensifs, il a tenté d’amener de la vitesse, de la verticalité, mais a été bien pris par Caceres. C’est même lui qui a hérité du premier carton pour une intervention ratée. Un beau rush (59e) mais il lui a chaque fois manqué de la justesse dans le dernier geste. Remplacé à la 61 par Doué, qui a d’abord refusé le duel sur ses premiers ballons, avant d’aller s’infiltrer dans la surface et de chercher un penalty logiquement obtenu sur une faute de Diego Gomez (65e). C’est son initiative individuelle qui a débloqué la rencontre. Il s’est par contre enfermé dans des solutions personnelles en fin de match…
- Mbappé (7) : lire ci-dessus.
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