Le dossier Folarin Balogun restera sans doute comme le symbole le plus spectaculaire de cette Coupe du Monde 2026 organisée majoritairement aux Etats-Unis. Expulsé face à la Bosnie-Herzégovine après intervention de la VAR, l’attaquant américain devait logiquement purger une suspension automatique lors du huitième de finale contre la Belgique. Pourtant, quelques jours plus tard, la FIFA a décidé de suspendre l’exécution de cette sanction grâce à une disposition de son Code disciplinaire, permettant au meilleur buteur des États-Unis d’être immédiatement réintégré. Les révélations publiées dans la foulée par le New York Times et confirmées par Trump lui-même, ont encore accentué le malaise. Donald Trump a personnellement appelé Gianni Infantino afin de demander un réexamen du dossier, tandis qu’une équipe d’avocats réunie sous l’impulsion de la Maison Blanche a, en effet, contesté la procédure ayant conduit au carton rouge. Jamais depuis 1962 un joueur expulsé lors d’une Coupe du Monde n’avait retrouvé le droit de jouer aussi rapidement dans une rencontre à élimination directe. Une polémique qui a fait réagir la Fédération royale belge, ainsi que l’UEFA et plusieurs acteurs du football mondial.

Ce dossier ne constitue pourtant pas un épisode isolé puisqu’on ne compte plus les ingérences de Trump dans cette Coupe du Monde. Depuis le début du tournoi, la frontière séparant football et politique semble de plus en plus floue. Quelques mois avant le Mondial, lors du tirage au sort des groupes, Gianni Infantino remettait à Donald Trump le tout premier Prix de la Paix de la FIFA. Une distinction créée spécialement pour celui qui allait kidnapper Nicolas Maduro et bombarder l’Iran quelques semaines plus tard. Une manœuvre vivement critiquée jusque dans les rangs de l’organisation. Pendant la compétition, la gestion de la sélection iranienne a également suscité de nombreuses interrogations avec des difficultés logistiques, des restrictions de déplacement et des problèmes de visas touchant plusieurs membres de la délégation en raison des politiques américaines. Les exemptions accordées aux joueurs n’ont pas concerné tous les accompagnateurs, ni les supporters, ni les arbitres, issus de certains pays visés par les restrictions d’entrée sur le territoire américain, tels que l’Irak, le Sénégal, Haïti ou encore la Somalie. Comme si cela ne suffisait pas, Gianni Infantino a lui-même officialisé que Donald Trump remettrait le trophée au futur champion du monde lors de la finale. Une annonce qui confirme à quel point le président américain occupe une place centrale dans la mise en scène de cette Coupe du Monde.
Des liens pas si troubles largement explicables
La véritable question dépasse désormais le seul cas Balogun. Pourquoi la FIFA donne-t-elle autant de place à Donald Trump malgré les critiques qui s’accumulent autour de cette proximité assumée ? La réponse est d’abord politique, puisque les États-Unis représentent aujourd’hui le marché le plus stratégique pour le développement économique du football mondial. La FIFA a installé une partie importante de ses activités à Miami, où Gianni Infantino a renforcé la présence administrative de l’organisation afin d’accompagner la croissance du football nord-américain. Le pays a déjà accueilli la Copa América et la Coupe du Monde des clubs avant l’actuelle Coupe du Monde 2026, tandis que le pays de l’Oncle Sam co-organisera aussi Coupe du Monde féminine 2031. Plusieurs grandes compétitions internationales constituent un levier majeur pour les droits télévisés, les partenariats commerciaux et le développement de la MLS. Se brouiller avec la Maison Blanche reviendrait à fragiliser un projet économique colossal que la FIFA construit, sous l’impulsion d’Infantino, depuis plusieurs années. De son côté, Donald Trump n’a aucun intérêt à rester simple spectateur.
Le sport constitue depuis longtemps un puissant instrument de soft power pour les présidents américains et la Coupe du Monde offre une vitrine incomparable à quelques mois d’échéances politiques importantes, dont des Midterms très attendus. Chaque apparition aux côtés de Gianni Infantino permet d’associer son image au plus grand événement sportif de la planète devant plusieurs milliards de téléspectateurs. Pour le président de la FIFA, cette proximité répond également à une logique personnelle, puisque le dirigeant italo-suisse revendique régulièrement son ambition de faire du football un acteur diplomatique mondial, au point de rêver d’un futur poste aux Nations Unis. Il s’est impliqué dans plusieurs initiatives liées à des projets de paix, notamment autour du conflit israélo-palestinien, et nourrit depuis longtemps l’ambition de voir le ballon rond jouer un rôle auprès des grandes institutions internationales. Être proche des dirigeants les plus influents de la planète constitue donc un levier d’influence autant qu’une stratégie personnelle. Le problème est qu’à force de vouloir séduire le pouvoir politique, la FIFA donne parfois l’impression que son indépendance devient négociable. L’affaire Balogun en est aujourd’hui l’illustration la plus frappante.
Monaco
Folarin Balogun
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