L’Espagne sera bien de la partie en quarts de finale de cette Coupe du Monde 2026. Les troupes de Luis de la Fuente défieront la Belgique vendredi pour une place en demies, où elles retrouveraient le vainqueur du choc entre le Maroc et la France. Après un début un peu poussif, avec ce nul face au Cap-Vert (0-0) pour son entrée en lice, la sélection espagnole a plutôt bien dominé le Portugal, qui était lui aussi présenté comme un candidat au titre avant le début de ce Mondial. Si la présence de la Roja à ce stade de la compétition n’est évidemment pas une surprise, cette équipe est clairement en train de déconcerter ses fans et les observateurs.

Pendant l’Euro 2024, la sélection ibérique avait effectivement marqué les esprits grâce à sa fougue et sa capacité à déstabiliser les défenses, en bonne partie grâce à ce duo Nico Williams - Lamine Yamal sur les ailes. Cet été en terres américaines, c’est une Roja bien différente que l’on voit. Peut-être moins impressionnante et moins clinquante avec le ballon, elle construit son succès en se basant sur une défense extrêmement solide. En cinq rencontres, les Ibères n’ont toujours pas encaissé de but, et les prestations de la charnière Cubarsi-Laporte sont, n’ayons pas peur des mots, bluffantes, surtout dans le cas du jeune Barcelonais. Les deux sont aussi bien aidés par les latéraux, Cucurella et Porro, qui sécurisent bien leur couloir.

Une arrière-garde surprenante

Une solidité défensive qui surprend, puisqu’avant le tournoi, le secteur défensif était considéré comme le principal point faible de l’équipe. Beaucoup redoutaient notamment de voir l’Espagne prendre l’eau sur des transitions rapides adverses, mais pour l’instant, la Roja tient bien. Elle n’a d’ailleurs concédé que 1,44 expected goals, de très loin la meilleure équipe du tournoi dans ce volet statistique. Que ce soit dans la surface, ou même lorsqu’il faut s’en éloigner, le duo Cubarsi-Laporte remporte ses duels et neutralise les offensives adverses avec une énorme sérénité. Deux profils assez complémentaires qui, en plus de ça, sont tous les deux très à l’aise avec le ballon et sont donc aussi précieux à la relance, au point où ils montent souvent dans la moitié de terrain adverse pour participer à la construction des actions.

Une assise défensive qui n’avait pas l’habitude de caractériser l’Espagne, qui a d’ailleurs souvent souffert de l’absence de joueurs de qualité à ce poste outre quelques générations dorées, et qui semble être sa force cet été en terres américaines. Il est vrai que pour l’instant, nos voisins ont surtout affronté des équipes assez prudentes et attentistes, mais ce fut aussi le cas pour d’autres grosses nations qui elles ont bien encaissé des buts, à l’image de l’Argentine face au Cap-Vert. Un secteur défensif qui a d’ailleurs battu un record d’invincibilité en Coupe du Monde, preuve que cette performance de l’arrière-garde ibérique n’est pas à relativiser ni à minimiser. Il faut aussi signaler que dans les cages, Unai Simon répond présent lorsqu’il est sollicité, alors que lui aussi était au cœur des débats, lui qui sort d’une saison moyenne en club et qui a vu l’opinion publique réclamer Joan Garcia ou David Raya titulaires à sa place.

Des joueurs qui n’étaient pas attendus

Autre point à mettre en avant : les joueurs vedettes de l’Espagne ne sont pas forcément au niveau, et ce sont des éléments qui n’étaient pas forcément attendus dans le onze titulaire qui cartonnent. Lamine Yamal a du mal à faire des différences, Pedri est capable du meilleur comme du pire, Rodri a été excellent contre le Portugal mais avait eu du mal avant… Ce sont en bonne partie des joueurs dont la simple présence dans la liste a parfois été remise en question qui sont en train de porter l’équipe. C’est le cas d’Alex Baena, un peu moins en vue face aux Lusitaniens, mais qui a très bien remplacé Nico Williams dans le onze, dans un registre différent. Il avait par exemple inscrit le but de la victoire contre l’Uruguay, dans un match ô combien décisif. Beaucoup estimaient qu’après sa saison médiocre à l’Atlético, il n’avait pas sa place au Mondial. Pedro Porro ne partait pas comme titulaire et se révèle déjà indispensable, que ce soit dans les tâches défensives ou offensives. La présence de Mikel Merino, buteur contre le Portugal, avait aussi été contestée par beaucoup, lui qui sortait d’une deuxième partie de saison blanche avec les Gunners. Dani Olmo, qui était certes déjà une valeur sûre de la Roja mais qui sort d’une saison un peu moyenne à Barcelone, s’affirme comme la référence dans le dernier tiers adverse, alors que son coéquipier Ferran Torres, lui aussi très critiqué, a délivré la passe décisive à Merino lundi soir.

Enfin, le contexte médiatique parfois pesant autour de Luis de la Fuente de ces derniers mois - et qui a même continué lors des premiers matchs de ce Mondial - est aussi curieux, vu de l’extérieur du moins. S’il a complètement relancé une Espagne qui stagnait, avec un Euro remporté, une Ligue des Nations gagnée et une autre finale de Ligue des Nations, il ne faisait pas, et ne fait pas encore d’ailleurs, l’unanimité. Beaucoup de ses choix avaient été contestés par beaucoup d’observateurs. Dans un pays où une bonne partie des gens sont pro-Real Madrid, l’absence de joueurs merengues dans la liste avait suscité un énorme tollé. Beaucoup l’attendaient, le couteau entre les dents, et se sont lâchés après le nul face au Cap-Vert. Mais l’équipe a fait bloc autour de lui, et il a continué à faire ses choix forts et à croire en son jeu. On sent même une équipe qui est peut-être moins forte offensivement qu’en 2024, mais qui est globalement plus complète, et c’est aussi à mettre au crédit du sélectionneur. Il sait cependant que sortir avant les demies serait un énorme échec, et que tout autre résultat qu’une victoire contre la Belgique vendredi serait synonyme de fiasco.