En 2022, beaucoup avaient présenté le parcours du Maroc jusqu’en demi-finale comme un conte de fées. Quatre ans plus tard, cette théorie ne tient plus vraiment. En atteignant une nouvelle fois les quarts de finale de la Coupe du monde, après avoir notamment tenu tête au Brésil en phase de groupes et éliminé les Pays-Bas en seizièmes de finale puis le Canada en huitièmes, les Lions de l’Atlas démontrent que leur présence parmi les meilleures nations de la planète est désormais une réalité. Le Maroc est aujourd’hui le seul représentant africain encore en lice dans la compétition et confirme qu’il s’est durablement installé parmi les grandes puissances du football mondial.

Cette ascension n’a évidemment rien d’un hasard. Elle est le fruit d’une stratégie pensée sur le long terme sous l’impulsion Roi Mohammed VI. Dès 2008, le développement du football est devenu un véritable projet national. Formation, professionnalisation, infrastructures, gouvernance : tous les leviers ont été activés simultanément afin de bâtir un modèle durable et devenir une nation qui compte sur le plan sportif après des échecs et notamment la finale de CAN 2004 perdue suivi de la non-qualification au Mondial 2006. L’objectif n’était pas seulement de produire une grande génération, mais de créer un écosystème capable de faire émerger régulièrement des joueurs, des entraîneurs, des éducateurs et des dirigeants de haut niveau.

Des infrastructures XXL

L’Académie Mohammed VI de Football en est sans doute le symbole le plus fort. Inaugurée en 2009, elle s’est rapidement imposée comme l’une des meilleures académies du continent africain et c’est évidemment l’une des vitrines désormais bien connue du foot marocain. Grâce à un réseau de détection couvrant l’ensemble du pays, les meilleurs jeunes talents sont identifiés rapidement là où par le passé, ils passaient sous les radars. Désormais, ils bénéficient d’un encadrement répondant aux exigences du haut niveau. Mais ce projet dépasse aussi le simple cadre sportif. Formation scolaire, accompagnement, suivi, tout est pensé pour faire émerger des footballeurs complets. À cela s’ajoute le Complexe Mohammed VI de Maâmora, devenu l’un des centres techniques les plus modernes au monde, où évoluent aujourd’hui toutes les sélections nationales dans des conditions XXL.

En parallèle, la professionnalisation du football local a aussi permis de transformer le paysage marocain. La Botola Pro, championnat marocain, s’est structurée un peu plus même s’il reste encore un très long chemin à parcourir à ce niveau là. Les infrastructures des clubs se sont modernisées et plusieurs formations comme le Wydad Casablanca, le Raja Casablanca, la RS Berkane, l’AS FAR, l’Union Touarga ou encore le MAS Fès, récent champion, sont devenues des équipes compétitives sur le continent. Cette montée en puissance des clubs permet aujourd’hui aux jeunes joueurs marocains de grandir dans un environnement plus compétitif tout en offrant également un cadre de développement aux entraîneurs, préparateurs physiques et dirigeants. De quoi forcément aider à viser le plus haut niveau.

Une razzia des binationauxx

L’autre grande réussite du Maroc réside évidemment dans sa politique menée auprès des binationaux. Là où, il y a encore une dizaine d’années, le Royaume devait souvent patienter ou convaincre des joueurs recalés par d’autres sélections, la tendance s’est totalement inversée. Désormais, les meilleurs talents choisissent très tôt les Lions de l’Atlas. Les fédérations européennes le constatent régulièrement. L’exemple d’Ayyoub Bouaddi illustre parfaitement cette évolution. Longtemps convoité par la France, le milieu de terrain a finalement choisi le Maroc, séduit par un projet sportif crédible, structuré et ambitieux et qui n’a que conforté un choix dicté par une attache affirmée à son pays d’origine. A travers un réseau de scouting qui se rapproche clairement de ce qui se fait en club, la FRMF travaille désormais les dossiers dès les catégories U13, U15 et U17, en multipliant les échanges avec les familles et en proposant un accompagnement reconnu dans toute l’Europe. Hormis quelques exceptions, comme Lamine Yamal qui laisse d’énormes regrets sportifs, les plus grands espoirs de la diaspora choisissent aujourd’hui très majoritairement le maillot marocain.

Ce qui impressionne finalement le plus n’est peut-être pas le niveau actuel de cette sélection, mais sa capacité à se renouveler. Car les équipes de jeunes sont aussi l’une des priorités de la FRMF qui veut assurer une forme continuité. Une réussite puisque la génération U20 a remporté le Mondial au Chili, une première dans son histoire. L’affiche face à l’équipe de France ce jeudi, la deuxième après la demi-finale de 2022, est finalement l’une des consécrations de ce projet du football marocain. S’il reste encore du chemin à parcourir pour se rapprocher par exemple de ce que fait la France en matière de formation, le Maroc a de quoi être très optimiste pour l’avenir. Et un exploit face aux Bleus viendrait cette fois montrer au monde entier que les Lions de l’Atlas ont les épaules pour rêver d’un sacre en Coupe du Monde.