C’était probablement l’une des affiches les plus attendues de ces quarts de finale. Dans sa course au sacre suprême, l’équipe de France devait balayer sur sa route le Maroc, nation qui s’installe doucement parmi les meilleures équipes du monde. Pour cette rencontre, Didier Deschamps pouvait compter sur son onze type comme depuis le début de la compétition. Seul choix dans ce onze, le technicien des Bleus préférait Désiré Doué à Bradley Barcola sur l’aile gauche. En face, le Maroc se présentait avec une équipe privée de deux éléments importants. Toujours blessé, Chadi Riad n’était pas là tout comme le meilleur buteur Ismael Saibari. Mohamed Ouahbi tentait donc de mettre Mazraoui dans l’axe et de repositionner El Khannouss en numéro 9 pour ce match.

Très vite dans cette rencontre, les Français se mettaient en évidence. Sur un corner d’Ousmane Dembélé, Upamecano claquait une tête que Yassine Bounou repoussait miraculeusement (5e). Dans le dur, le Maroc ne parvenait pas à sortir un ballon et subissait la pression française. Les Bleus, grâce à un Manu Koné assez impressionnant, imposaient un rythme effréné et les Marocains semblaient clairement souffrir. Après une domination marquée par quelques occasions, la France obtenait un penalty qui devait débloquer la situation. Sur une perte de balle d’Achraf Hakimi, Olise lançait parfaitement Mbappé qui prenait le meilleur sur Mazraoui qui faisait faute. Après un check VAR assez long, Mbappé se présentait face à Bounou. Et forcément dans cet exercice, si le Français excelle, le portier marocain excelle tout autant et il arrêtait donc le tir du Français (25e). Pas de quoi démotiver les Français qui passaient le reste du premier acte à accélérer sans trouver une vraie faille. Lucas Digne s’essayait même à un tir de loin qui venait fracasser la barre de Bounou (45e).

La France pas vraiment inquiétée

Au retour des vestiaires, la France continuait sur les mêmes bases. Si elle laissait un peu plus d’espaces sur quelques transitions aux Marocains, elle continuait de monopoliser le ballon. Et forcément, à force de pousser, les Bleus finissaient logiquement par ouvrir le score. Comme un symbole, c’est Kylian Mbappé qui trouvait la faille. L’attaquant du Real Madrid, pour sa spéciale, envoyait une merveille de frappe enroulée qui ne laissait aucune chance à Yassine Bounou (1-0, 60e). Un but qui venait soulager les Bleus et récompenser la logique domination. Et avec ce scénario, le Maroc était obligé de laisser plus d’espaces dans les transitions. Qui dit plus d’espaces, dit forcément des attaquants français redoutables. Ousmane Dembélé faisait le break quelques minutes plus tard.

Le Ballon d’Or français partait seul dans l’axe du terrain et plaçait une frappe précise hors de portée de Yassine Bounou (2-0, 66e). Le break était fait et les Bleus pouvaient pousser un gros ouf de soulagement. Avec une avance de deux buts, les Français pouvaient mieux gérer et Didier Deschamps faisait donc tourner un peu son effectif. Petite frayeur en revanche puisque Kylian Mbappé semblait sortir sur blessure, remplacé par Mateta. Mais malgré quelques légères tentatives marocaines et des opportunités pour Barcola ou Olise en contre, le score ne bougera plus. L’équipe de France poursuit son sans-faute dans la compétition et se qualifie donc pour les demi-finales. Les Bleus affronteront le vainqueur d’Espagne-Belgique. Pour le Maroc, la marche semblait trop haute, comme en 2022 pour espérer aller plus loin. L’objectif de la 3e étoile se rapproche plus que jamais.

L’homme du match : Manu Koné (7,5) : un match de haute volée pour le milieu qui a encore parfaitement supplée Tchouameni. Dominant physiquement, il a écoeuré Bouaddi et El Aynaoui, surgissant au bon moment, lançant les pressings, mettant beaucoup d’impact. Une prestation splendide, qui pourrait donner des maux de tête à Didier Deschamps une fois que Tchouameni sera apte. Remplacé à la 71e par Warren Zaïre-Emery, sa première apparition dans le tournoi. Le joueur du PSG avait des fourmis dans les jambes à force d’attendre son tour. Il s’est projeté sur les quelques contres français sans déstabiliser le bloc français.

France :

- Maignan (6) : rien eu à faire en première période, avec 1 tir non cadré seulement côté marocain. Vigilant sur une frappe d’Ounahi à la 83e. Comme depuis le début du Mondial, hormis le premier match, il est aussi rassurant dans les fins de rencontre.

- Koundé (5,5) : un match sérieux, sans réelle menace pour lui, alors que Talbi, placé dans son couloir, l’a plutôt laissé tranquille. Moins impliqué offensivement, avec moins d’appels tant le couloir était bouché. Jamais en difficulté, même avec le ballon. Remplacé par Malo Gusto (87e).

- Upamecano (6,5) : encore une fois une nette domination physique. On n’aimerait pas être l’attaquant qui voit débouler Upamecano dans son rétroviseur… Il a étouffé dans l’oeuf les rares incursions marocaines jusqu’aux buts français. Une petite frayeur sur un dégagement manqué

- Saliba (6) : un match à sa main, un peu comme depuis le début de la compétition finalement. Moins dominant que son compère de la charnière mais tout aussi concentré, affûté, dur sur l’homme. Il ne laisse pas passer grand-chose et il a bien aidé Digne à limiter l’influence de Brahim.

- Digne (6) : on sent qu’il a pris confiance dans cette équipe et il est monté en puissance, avec une belle première période, marquée par quelques belles interventions tranchantes et une barre transversale touchée sur une frappe lointaine. Alors qu’il avait la doublette Hakimi-Brahim Diaz dans son couloir, il s’est rarement laissé déborder. Comme face au Paraguay, vigilant en fin de rencontre.

- Koné (7,5) : lire ci-dessus.

- Rabiot (6,5) : sa main, quelques secondes avant le but de Mbappé, fera jaser du côté marocain. Mais elle ne fera pas tâche pour les Français, et encore moins sur le match livré par le milieu de terrain, une nouvelle fois indispensable. Par ses interventions, sa maîtrise tactique et sa lecture du jeu. Il compense, replace, surgit dans le bon tempo et est toujours sûr techniquement. Un match à l’image de sa compétition, d’une grande rigueur.

- Dembélé (6) : frustrant ce soir, avec quelques bons ballons, notamment son centre sur Upamecano (4e) qui aurait mérité meilleur sort, mais aussi peu de différences balle au pied. Bien pris par la défense regroupée, il est très peu passé et n’a pas trouvé la réussite sur ses tentatives, jusqu’à la 66e minute et sa frappe du droit qui a terminé sa course au ras du poteau gauche de Bounou. De quoi sauver sa prestation d’ensemble.

- Olise (4,5) : une première période à l’envers, où il a eu peu d’influence, bien muselé par la défense adverse, et où il s’est entêté à créer la différence de manière individuelle avec des rushs voués à l’échec. On l’a senti déconnecté de ses partenaires, pas dans le bon timing. Il s’est réveillé après la pause, plus tranchant, plus inspiré, mais pas aussi virevoltant que lors ses dernières sorties. A l’image de sa frappe à la 86e, passée bien loin des cages adverses. Au moins, il n’a pas pris de carton jaune, qui l’aurait privé de la demi-finale.

- Doué (6) : agaçant et protagoniste à la fois, Doué laisse rarement indifférent. Il a été sur plusieurs occasions françaises (4e, 18e, 36e), et c’est sur l’action de la 36e où il aurait pu être plus tueur, à partir du moment où il a choisi la solution individuelle. Systématiquement attiré par l’axe dans ses prises de balle. Et pourtant, cela fonctionne, et cela déstabilise l’adversaire. C’est lui qui sert Mbappé sur son but. Remplacé par Barcola (77e), qui a très vite mis les jambes en action avec un joli débordement conclu par un centre non repris puis un autre déboulé terminé par une frappe (88e).

- Mbappé (7) : il a lancé le match des siens en lâchant la première frappe dès la 4e minute. Détournée par Bounou, ce qui allait être le leitmotiv du match. Il part chercher le penalty en débordant facilement Mazraoui mais il s’est totalement raté en le tirant, peut-être déstabilisé par le temps pris par l’arbitre pour siffler. La course d’élan se voulait chaloupée, le résultat a été loupé avec une frappe molle dans les bras de Bounou. Mais Mbappé a retrouvé toute sa verve à la 60e en envoyant un enroulé parfait dans le petit filet opposé pour délivrer les Bleus. Décisif pour la 8e fois dans cette Coupe du Monde. Remplacé par Mateta (77e) après un nouveau coup reçu. Qui n’a pas été beaucoup trouvé par ses partenaires, mais a eu une occasion de conclure dans le temps additionnel.

Maroc

- Bounou (7): le Maroc peut remercier son gardien d’être resté en vie pendant une heure. Dès les cinq premières minutes, il écœure les attaquants français avec deux parades exceptionnelles, avant de repousser le penalty de Mbappé puis une nouvelle tentative de Doué. Serein sur sa ligne comme dans son jeu au pied, il a longtemps incarné le dernier rempart d’une défense constamment sous pression, aidé également par son montant juste avant la pause. Il reprend la seconde période avec la même sérénité, multipliant les interventions propres face aux frappes françaises. Masqué sur l’ouverture du score, il ne peut rien faire sur le premier but, mais peut nourrir quelques regrets sur le deuxième, où sa main manque de fermeté face à la frappe de Dembélé. Malgré les deux buts encaissés, il reste l’un des grands artisans de la résistance marocaine.

- Hakimi (3,5): solide défensivement durant une bonne partie de la première période, Hakimi a longtemps contenu les offensives françaises dans son couloir, bien épaulé par Bouaddi dans les prises à deux sur Doué et Mbappé. Son match bascule toutefois lorsqu’il perd un ballon dangereux qui amène le penalty obtenu par les Bleus. Offensivement, le latéral marocain n’a jamais réussi à peser comme à son habitude, muselé par le repli français et imprécis sur tous ses coups de pied arrêtés. Auteur de la seule tentative marocaine avant la pause, largement hors cadre, il n’a jamais trouvé le bon rythme. Après l’ouverture du score, ses montées se sont faites plus risquées et ses replis défensifs beaucoup moins efficaces, laissant apparaître de nombreux espaces dans son dos.

- Diop (5): patron de la charnière marocaine, Diop a longtemps tenu la baraque face aux vagues françaises. Solide dans les duels, précieux dans les contres et propre à la relance, il a notamment fermé l’axe avec autorité, obligeant Mbappé à s’excentrer pour trouver des espaces. Sa prestation sérieuse est toutefois ternie sur l’ouverture du score, où il laisse trop de liberté au capitaine français au moment de la frappe. Après ce premier but, il a semblé perdre en sérénité et a fini par écoper d’un carton jaune après une intervention beaucoup trop engagée sur Mbappé. Une copie solide dans l’ensemble, mais qui s’est fissurée lorsque le verrou marocain a sauté.

- Mazraoui (4,5): aligné dans l’axe malgré son statut de latéral, Mazraoui a rendu une copie sérieuse pendant une grande partie de la première période. Concentré et discipliné, il a souvent compensé les déséquilibres sur le côté gauche en venant éteindre plusieurs situations chaudes. Mais son manque de repères à ce poste a fini par lui coûter cher : piégé par les dribbles de Mbappé, il concède le penalty qui aurait pu faire basculer le match plus tôt. Après la pause, les appels dans son dos se sont multipliés et il a davantage souffert face aux déplacements des attaquants français. Une prestation courageuse, mais qui a rappelé qu’il n’est pas un défenseur central de métier.

- Salah-Eddine (4): le latéral marocain a vécu une soirée contrastée. Souvent pris de vitesse dans son dos, il a également souffert dans le jeu aérien, ne remportant son premier duel qu’à la 40e minute. Offensivement, il est longtemps resté trop timide, avant de signer enfin une percée qui a offert le premier corner du Maroc. Sous pression à chaque prise de balle, il n’a jamais dégagé la sérénité nécessaire pour relancer proprement son équipe. Logiquement remplacé par El Ouahdi (74e), auteur d’une entrée plus convaincante, avec davantage de solidité défensive et des montées plus tranchantes.

- Bouaddi (3,5): très utile dans les premières minutes, Bouaddi a souvent servi de relais entre la défense et l’attaque, apportant de la maîtrise lorsque le Maroc subissait les vagues françaises. Son intelligence de placement lui a également permis de bien épauler Hakimi dans les prises à deux sur le côté droit. Mais sa prestation a basculé avec une perte de balle dangereuse devant sa surface, sans conséquence grâce à une nouvelle parade de Bounou. Au fil du match, il a souffert face au pressing français, perdant en influence et en justesse, tout en étant trop souvent dépassé dans les courses défensives. Remplacé par Amrabat (62e), dont l’entrée n’a pas apporté l’impact attendu : trop éloigné de son vis-à-vis, il a laissé de nombreux espaces, notamment sur l’action du deuxième but français.

- El Aynaoui (4,5): généreux dans l’effort, El Aynaoui s’est distingué par ses replis défensifs et son pressing immédiat après les pertes de balle marocaines. Mais sous la pression constante de Manu Koné, il a rarement eu le temps de respirer et a souvent été poussé à la faute ou à la précipitation. En grande difficulté dans la gestion du ballon, il n’a jamais réussi à installer le Maroc dans la possession. Malgré tout, son placement est resté discipliné et il a fermé plusieurs lignes de passe, limitant par séquences les espaces dans l’axe pour les Français. Une prestation courageuse, mais insuffisante pour rivaliser avec l’intensité du milieu tricolore.

- Talbi (3,5): très discret durant toute la première période, Talbi n’a jamais réussi à entrer dans son match. Peu servi, il est le Marocain qui a le moins touché de ballons avant la pause, avec seulement 17 touches, et a manqué de justesse dans chacune de ses prises de balle. Plus entreprenant au retour des vestiaires, il a enfin commencé à provoquer davantage, réussissant quelques dribbles et participant un peu plus aux rares offensives marocaines. Une montée en régime insuffisante pour réellement faire basculer la rencontre. Il remplacé par Sbai (85e).

- Ounahi (5): Dans un Maroc sans véritable numéro 9, Ounahi a tenté d’utiliser ses décrochages pour se libérer du marquage des milieux français. Mais son début de match a été bien trop discret, très loin de son influence affichée contre le Canada. On l’a parfois vu chercher la dernière passe sur les rares situations marocaines, sans réussir à trouver assez de précision pour créer un vrai danger. Trop peu mobile en première période, il n’a pas suffisamment offert de solutions dans le camp français. Son second acte a été plus intéressant, avec davantage d’activité, de déplacements et d’implication dans la construction. Une réaction tardive, mais insuffisante pour réellement porter l’attaque marocaine.

- El Khannouss (3): match très compliqué pour El Khannouss, qui n’a jamais trouvé le bon rythme. Dès les premières minutes, il a multiplié les approximations, perdant de nombreux ballons aussi bien sur ses dribbles que dans ses transmissions. Repositionné à la pointe de l’attaque, il est resté tout aussi discret, sans toucher le moindre ballon dangereux dans la surface ni tenter une seule frappe. Trop peu servi et incapable de peser sur la défense française, il est remplacé par Rahimi (62e). Le nouvel entrant a apporté beaucoup de générosité dans le pressing pour perturber la relance des Bleus, mais sans parvenir à se montrer dangereux offensivement.

- Diaz (4): annoncé en pointe, Diaz a en réalité été un véritable électron libre, multipliant les décrochages et les permutations avec Ounahi. Toujours en mouvement, il a cherché à offrir des solutions en venant très bas toucher le ballon ou en s’excentrant pour lancer les transitions marocaines. Sa vitesse a permis à plusieurs reprises de faire remonter le bloc, mais il a manqué de justesse dans ses choix. Trop souvent tenté par l’exploit individuel, il a parfois oublié ses partenaires et perdu de précieux ballons. Totalement effacé après la pause, il est logiquement remplacé par Yassine (74e).