À l’heure où la Belgique s’apprête à défier l’Espagne en quart de finale de la Coupe du Monde 2026, un nom s’impose comme le symbole du parcours étonnant des Diables Rouges : Romelu Lukaku. Pourtant, quelques mois plus tôt, rien ne laissait penser que l’attaquant de 33 ans allait redevenir l’arme offensive numéro une de sa sélection. Sa saison en club avait été un véritable parcours du combattant. Entre blessures, manque de rythme et tensions avec Naples, "Big Rom" semblait même être un pari presque impossible à tenter pour Rudi Garcia. Aujourd’hui, il est pourtant le meilleur buteur belge de ce Mondial, avec trois réalisations et une passe décisive, alors qu’il n’a débuté qu’une seule rencontre en tant que titulaire. Une renaissance improbable pour un joueur qui revient de loin, très loin.

Son histoire avec Naples avait d’ailleurs pris une tournure particulièrement compliquée avant le début de la compétition. Après avoir retardé son retour en Italie afin de poursuivre ses soins en Belgique, sans l’accord du club napolitain, les relations entre les deux parties s’étaient considérablement détériorées. L’attaquant n’avait plus porté le maillot des Partenopei depuis plusieurs mois et son avenir semblait déjà s’écrire loin du stade Diego Armando Maradona. Naples avait même accepté qu’il poursuive sa récupération au centre d’entraînement de la sélection belge, avec l’espoir qu’un bon Mondial puisse augmenter sa valeur sur le marché. À ce moment-là, l’incertitude dominait encore autour de son futur, avec des pistes évoquées en Turquie, en Arabie saoudite ou encore en Italie. Surtout, sur le terrain, les chiffres étaient inquiétants : seulement 7 apparitions toutes compétitions confondues cette saison, aucune titularisation et un unique but inscrit en Serie A face à Vérone. Loin du Lukaku dominateur attendu.

Le pari fou de Rudi Garcia fonctionne

C’est dans ce contexte que Rudi Garcia a pris une décision forte au moment d’annoncer sa liste pour la Coupe du Monde. Malgré son manque évident de compétition, le sélectionneur belge a choisi de miser sur l’expérience, le leadership et l’impact psychologique de son attaquant historique plutôt que sur Loïs Openda ou Lucas Stassin. Un choix qui avait suscité énormément de débats en Belgique, mais que Garcia assumait pleinement. « Romelu ? Il est guéri, mais il est hors de forme. Notre challenge avec lui, c’est de le remettre en forme. Je ne suis pas sûr qu’il soit à 100% au début de la Coupe du Monde, mais ce n’est pas très important. Ce qu’il faut, c’est le remettre au mieux et qu’il puisse aider l’équipe. On vient de loin avec lui, mais il n’y a qu’un seul Romelu sur la planète », expliquait alors le technicien français.

Le sélectionneur belge insistait également sur le poids du joueur dans le vestiaire et son importance dans les moments décisifs. « On ne sait pas s’il pourra démarrer les matchs, mais on espère qu’il pourra entrer en jeu. En tous les cas, c’est l’avant-centre de la sélection, le meilleur buteur de l’histoire de la sélection, c’est un joueur important sur le plan du leadership, on ne pouvait pas faire sans Romelu Lukaku. Quel rôle il jouera ? Je ne peux pas le dire aujourd’hui mais à côté de lui, on a voulu des joueurs différents », avait-il ajouté. Une manière de rappeler que le choix ne reposait pas uniquement sur l’état physique du joueur, mais aussi sur tout ce qu’il représente pour cette génération belge. Quelques semaines plus tard, force est de constater que ce pari est largement récompensé.

Le déclic du match contre le Sénégal

Car, depuis le début du Mondial, Lukaku a transformé chaque minute passée sur le terrain en occasion de rappeler pourquoi il reste une référence mondiale à son poste. D’abord face à l’Égypte (1-1), alors que la Belgique était en difficulté, son entrée en jeu a immédiatement changé le visage des Diables Rouges. Sans inscrire directement le but, il a été impliqué dans l’action qui a permis à la Belgique d’arracher un précieux match nul grâce au but contre son camp de Hany à la 66e minute. Quelques jours plus tard contre la Nouvelle-Zélande (1-5), il n’a fallu qu’une minute après son entrée en jeu pour le voir faire la différence : un but et une passe décisive pour participer largement à la victoire belge. Puis est venu le huitième de finale face au Sénégal, le moment qui résume parfaitement son incroyable renaissance.

Longtemps menée et proche de l’élimination, la Belgique a attendu la 86e minute pour voir Lukaku surgir. Entré à la pause à la place de Charles De Ketelaere, l’attaquant a relancé les siens avant que Youri Tielemans n’arrache la prolongation et que les Diables Rouges décrochent leur qualification dans les derniers instants. Après la rencontre, il n’a pas caché l’importance de ce genre de victoire dans un tournoi majeur. « Ce sont des victoires comme cela qu’il faut. Pour nous et les supporters, c’est important », expliquait-il après le match. Avant d’insister sur l’état d’esprit affiché par son équipe : *« on a mis l’esprit. On avait… désolé, une grosse paire de c**. Ça nous a tués, on a été menés, et à la fin on a montré du caractère. Il faut ça contre une équipe comme le Sénégal, l’une des meilleures du tournoi, techniquement, physiquement, tactiquement… c’était vraiment difficile. » Une soirée où son leadership a compté autant que son but.

« Être là, c’est déjà une bénédiction »

Quelques jours plus tôt, Lukaku avait déjà raconté à quel point sa présence au Mondial relevait presque de l’inattendu. « Je suis content d’être là, en fait. Parce que si vous voyez ma saison, normalement, je n’aurais jamais dû être ici à la Coupe du monde. Donc pour moi, être là, jouer, aider mon équipe, être décisif dans un match, c’est top. Comme on dit en anglais, "go with the flow" (se laisser porter, en VF) », confiait-il en conférence de presse. L’attaquant revenait également sur les discussions avec son sélectionneur avant le tournoi : « jusqu’à fin avril, il y avait encore des doutes sur ma présence en sélection. J’ai eu une conversation avec le coach, ça reste privé, mais je lui ai dit que si j’arrivais à me remettre en forme, je pouvais le faire. Il est venu voir quelques séances que j’ai eues début mai, il a vu que je m’entraînais à Bruxelles. Et après, je savais que c’était mon rôle. Être là, c’est déjà une bénédiction. Je suis content. »

Même face aux États-Unis, Lukaku a encore trouvé le chemin des filets, inscrivant le but du 1-4 pour définitivement valider la qualification belge. Au total, son Mondial raconte une histoire presque irréelle : une seule titularisation, 5 apparitions, 3 buts, une passe décisive, et surtout une influence décisive dans les moments où son équipe avait le plus besoin de lui. Alors que beaucoup imaginaient Kevin De Bruyne porter cette Belgique dans les grandes soirées, c’est finalement son compère de longue date qui est devenu le facteur X des Diables Rouges.

Quel rôle pour Romelu Lukaku face à l’Espagne ?

Reste désormais une question avant le choc face à l’Espagne : Romelu Lukaku doit-il enfin retrouver une place de titulaire ? Le débat agite déjà la Belgique. Certains estiment que son impact en sortie de banc est une arme précieuse, capable de profiter de défenses fatiguées en seconde période. D’autres réclament de le voir commencer, convaincus qu’un joueur de cette expérience peut frapper rapidement face à une Espagne qui aime monopoliser le ballon. Une chose est certaine : qu’il débute ou qu’il entre encore en cours de match, Lukaku a déjà réussi son pari. Il devait simplement revenir pour aider la Belgique. Quelques mois après une saison presque blanche, il est devenu celui qui porte à nouveau tout un pays.