«Si la France doit craindre quelqu’un, c’est nous. C’est nous qui les avons éliminés la dernière fois (à l’Euro 2024). Soit ils atteignent trois finales de Coupe du Monde de suite, soit on les bat trois fois de suite.» Même s’il n’en est pas à son coup d’essai, ces mots de Lamine Yamal après la victoire de l’Espagne face à la Belgique (2-1) ont forcément été commentés par le vestiaire tricolore depuis vendredi soir.

Était-ce un moyen pour lui de transformer cette pression supplémentaire en moteur ? Fallait-il prendre ses déclarations au pied de la lettre ? Si dans les faits, le joueur du FC Barcelone n’a pas totalement tort, la réalité d’aujourd’hui est quand même beaucoup plus nuancée. «Nous sommes la seule équipe à les avoir battus deux fois de suite, mais ce troisième match sera très différent», relevait ainsi le sélectionneur espagnol Luis de la Fuente.

2024, un autre monde

Mettre en parallèle les deux précédents duels avec celui qui se profile mardi serait effectivement un raccourci dangereux, pour ne pas dire une lecture erronée de ce qu’est devenue l’équipe de France entre-temps. En 2024, les Bleus s’étaient inclinés en demi-finale face à l’Espagne (2-1), et au bout d’un Euro qui n’aura jamais véritablement fait lever les foules dans l’Hexagone. À l’époque, Kylian Mbappé jouait avec un nez cassé, Ousmane Dembélé était un remplaçant loin d’imaginer qu’il remporterait le Ballon d’Or l’année suivante, Marcus Thuram était un titulaire muet, Antoine Griezmann finissait l’Euro déclassé dans un environnement devenu lourd, et les espoirs des Bleus reposaient essentiellement sur Randal Kolo Muani, auteur de 2 des 4 buts de la France dans le tournoi (face à la Belgique en 1/8e et l’Espagne en 1/2).

Michael Olise n’était, lui, pas encore international et allait se révéler aux yeux du public français quelques semaines plus tard lors des Jeux Olympiques. En face, Nico Williams écrasait l’Europe et était loin d’imaginer le statut qui serait le sien deux ans plus tard avec la Roja. C’était une autre époque. Au terme de la campagne la plus ennuyante de son mandat, Didier Deschamps allait amorcer un nouveau virage avec des nouvelles têtes et un nouveau système, ce 4-2-3-1 porté sur l’offensive dont les effets sont aujourd’hui visibles.

2025 n’est pas si loin et pourtant…

2025 n’est pas si loin derrière nous, mais l’incroyable 5-4 du printemps n’est pourtant pas un précédent qui offrira beaucoup de réponses à Luis de la Fuente. Ce jour-là, Didier Deschamps avait dû aligner une défense d’intérimaires, dont la moitié n’est pas présente aux Etats-Unis. La charnière Konaté - Lenglet avait exposé une fragilité rarement observée sous l’ère Deschamps. Pierre Kalulu avait pris l’eau à droite, et Théo Hernandez à gauche. Aucun des quatre n’est aujourd’hui titulaire, même si le quatuor offensif des Bleus reste sensiblement le même, en tout cas sur le papier. Avec 16 buts marqués et 2 encaissés en 6 matchs dans ce Mondial, la France s’avance avec bien de plus de certitudes, mais elles devront encore être confirmées mardi.