Le temps des décisions est arrivé au Sénégal. Quelques heures après l’officialisation de la procédure de cessation de fonctions de Pape Thiaw et de son staff technique, le secrétaire général de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Saydou Sow, est sorti du silence dans un long entretien accordé à RTS Sénégal. Au lendemain d’une Coupe du Monde 2026 conclue par une élimination en huitièmes de finale face à la Belgique et marquée par de nombreuses polémiques en coulisses, le dirigeant est revenu sur les critiques visant la fédération, le départ du sélectionneur ainsi que le profil du futur entraîneur des Lions. Depuis le retour de la délégation, les révélations se sont multipliées autour du fiasco sénégalais. Une enquête de Sport News Africa évoquait notamment un contrat de Pape Thiaw signé seulement quelques heures avant le premier match, des dysfonctionnements organisationnels, des invitations controversées au sein de la délégation, des dépenses jugées excessives ainsi que des accusations de revente de billets.

Dans la foulée, la Fédération sénégalaise de football avait fermement démenti ces allégations dans un communiqué officiel, dénonçant une campagne de désinformation et annonçant le dépôt d’une plainte pour diffamation. Face à l’ampleur de la polémique, Abdoulaye Saydou Sow a tenu à défendre son rôle personnel au sein de l’instance. « J’ai des compétences et des attributions qui sont fixées par les statuts de la Fédération. J’ai aussi une autre base : la confiance du président de la Fédération. Le reste, pour moi, ce sont des élucubrations. Personne n’a pu prouver au sein du Comité exécutif une seule faute qui me serait imputable dans la campagne de la Coupe du monde. Je ne suis pas ordonnateur des dépenses. Je ne suis pas maître de la décision. Le seul ordonnateur, le seul qui décide dans la Fédération, c’est le président. Nous, nous mettons en œuvre ces décisions. Si j’avais une petite once de responsabilité, c’est moi-même qui en tirerais toutes les conséquences. Je considère que j’ai accompli mon travail. Je regarde les Sénégalais la tête haute. C’est vrai, nous sommes déçus et nous partageons la déception du peuple sénégalais. Mais s’il y a des responsabilités à situer, nous les assumerons».
L’échec de Thiaw et le futur sélectionneur
Le secrétaire général est ensuite revenu sur la décision de mettre un terme au mandat de Pape Thiaw et sur le processus qui doit désormais conduire à la nomination d’un nouveau sélectionneur. «Cette campagne a été un échec par rapport aux objectifs et par rapport au talent de notre équipe. C’est clair. C’est une responsabilité assumée, mais c’est une responsabilité collective. Il ne faut pas la fuir. Nous pensions que notre équipe avait le potentiel et les moyens qu’il fallait pour arriver au moins en quarts de finale. Fondamentalement, sur le plan de la comptabilité, c’est un échec clair que nous assumons. Au-delà de cette responsabilité collective, il fallait aussi que les responsabilités soient situées individuellement. C’est ce que le Comité exécutif a fait. « Il y a eu des défaillances à ce niveau, et c’est une responsabilité qu’il faut assumer. Mais la question du contrat de l’entraîneur ne relève pas exclusivement de la Fédération, parce que c’est l’État qui paye. Dès le retour de la Coupe d’Afrique, la Fédération avait engagé des discussions avec la ministre des Sports. Elle s’était engagée avec le coach pour revoir son salaire à la hausse. Depuis le 26 février 2026, le président de la Fédération avait soumis au coach un projet de contrat. Mais Pape n’était pas d’accord sur les montants et sur le processus. Il y avait des désaccords sur le salaire, les primes et les indemnités spéciales. C’est ce qui a fait que les discussions ont pris du temps».
Tout en reconnaissant l’échec sportif des Lions, il a détaillé les raisons qui ont conduit le Comité exécutif à engager cette procédure et a également apporté des précisions sur le dossier du contrat de l’ancien sélectionneur. «Le mandat a été donné au président de procéder à des consultations, puis de rendre compte au Comité d’urgence ou au Comité exécutif, en relation avec la ministre des Sports, pour prendre la meilleure décision au profit du Sénégal. Nous ne sommes pas maîtres du temps. Il va falloir faire vite, parce que le nouveau sélectionneur aura d’abord la mission d’aller voir tous les joueurs. Nous n’aurons que le mois d’août. La question d’un entraîneur local ou étranger n’a pas été débattue. Mais le Sénégal ne peut plus jouer les petits rôles en Afrique et dans le monde. Si nous voulons une équipe compétitive, il nous faut un entraîneur de haut niveau», a-t-il détaillé.
Accusations de soirées arrosées et de harcèlement sexuel
Abdoulaye Saydou Sow a également répondu aux accusations portant sur les incidents qui auraient émaillé le séjour de la délégation aux États-Unis. Il a notamment confirmé qu’une mesure conservatoire avait été prise après un signalement concernant un membre de l’encadrement. «Il y a eu un acte assimilé à du harcèlement sexuel. Lorsque nous avons été informés à travers des actes bien précis, il fallait prendre une mesure conservatoire. Est-ce qu’il fallait attendre que la police américaine vienne menotter l’un de nos gars parce qu’il fallait mener une enquête ? Il y a des pratiques sénégalaises qui ne sont pas du tout occidentales. On peut, ici au Sénégal, parler à une femme, rigoler, tapoter et penser que c’est simplement du cousinage ou de la plaisanterie. Aux États-Unis, ce n’est pas considéré de la même manière. La mesure prise a été de ramener le cuisinier. Elle a préservé la quiétude et l’équilibre de notre regroupement, mais aussi l’image de notre pays», a-t-il poursuivi. Le dirigeant sénégalais a balayé les accusations concernant de supposées soirées arrosées ou des problèmes d’intendance durant le tournoi, assurant que la fédération n’avait jamais manqué à ses obligations envers les joueurs.
«Il n’y a eu à aucun moment un problème d’approvisionnement. Quand on veut avoir les mêmes plats qu’au Sénégal, il est évident qu’on peut avoir quelques difficultés. Mais chaque fois qu’il fallait dépenser, les dépenses ont été faites. Il n’y a eu aucun problème à ce niveau. Dire que, parce qu’il y avait des défaillances dans la restauration, les joueurs allaient eux-mêmes sortir pour chercher à manger, ce n’est pas vrai. C’est une invention, une manipulation de l’opinion destinée à la déstabilisation. Dans toutes les accusations, c’est celle qui m’a fait le plus mal. Je suis entré dans l’administration en 1993 et je suis dans le mouvement associatif depuis 1987. Personne, je dis bien personne, ne m’a aperçu dans des soirées mondaines. Personne ne m’a jamais vu accompagné de quelqu’un qui prend de l’alcool. Je suis un ancien ministre de la République, j’ai ma réputation et ma dignité. Venir dire que le président de la Fédération était dans des soirées arrosées, c’est la plus grave injure que j’ai reçue dans ma vie».Une sortie très attendue qui ne devrait pas éteindre les nombreuses zones d’ombre laissées par le fiasco des Lions de la Terranga lors de cette Coupe du Monde 2026.
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