Elle semblait destinée aux Français. Cette Coupe du Monde 2026 devait être celle de la consécration pour une génération talentueuse et décidée à marquer les esprits pour le dernier tournoi avec Didier Deschamps sur le banc. Ce groupe de joueurs s’était même trouvé un surnom : « les Méchants ». Une manière d’afficher leur confiance et leur volonté de ne laisser personne leur marcher dessus. Sur le terrain, les Bleus ont dégagé une puissance offensive impressionnante, avec Kylian Mbappé en tête de file. Mais derrière l’assurance affichée, la sélection de Didier Deschamps a également donné l’impression d’une équipe surcotée, à l’aise lorsqu’elle maîtrisait son sujet, beaucoup moins lorsque l’adversaire était en capacité de lui répondre.

Un parcours finalement en trompe-l’œil ?
Sur le papier, le parcours de l’Équipe de France avait pourtant tout d’une montée en puissance. Une entrée en matière réussie contre le Sénégal (3-1), un succès sans histoire face à l’Irak (3-0), puis une victoire large contre une Norvège fortement remaniée (4-1) : les Bleus ont dominé leur groupe I. La phase à élimination directe a ensuite confirmé cette impression. Bousculées pendant 10 minutes par la Suède en 16es de finale, les ouailles de Didier Deschamps ont fini par dérouler (3-0), avant de se défaire difficilement du Paraguay (1-0) en 1/8e. Le Maroc a ensuite été battu avec sérieux et sans trop de difficultés en 1/4 (2-0). Séduisant à première vue, ce parcours a surtout été réalisé contre des adversaires qui n’avaient ni les armes ou la maîtrise pour réellement exposer les failles françaises.
Ces faiblesses sont toutefois nombreuses. L’Équipe de France a donné l’image d’une équipe supérieure à la moyenne. Mais dès que l’intensité, le pressing et la qualité technique sont montés d’un cran, les Bleus ont perdu le fil. Face à l’Espagne en demi-finale, les coéquipiers de Michael Olise ont été dominés dans absolument tous les secteurs du terrain et ont logiquement été battus (0-2). Au milieu de terrain, si le soldat Adrien Rabiot a répondu présent dans l’impact et le volume de jeu, Aurélien Tchouaméni a été dépassé par le rythme et les mouvements espagnols. Alors que ce match devait servir de révélateur, les Français n’ont jamais trouvé la solution pour imposer leur jeu, ni même pour résister le plus longtemps possible à celui de leur adversaire.
Kylian Mbappé n’a pas suffi, des seconds couteaux pas au niveau
Sur le plan offensif, secteur où les Bleus ont été couverts de louanges, Kylian Mbappé repart avec 10 buts, le titre de meilleur buteur de cette Coupe du Monde (à moins d’un triplé de Messi en finale ce dimanche soir) et une grande influence sur la plupart des rencontres françaises dans ce Mondial 2026. Mais le capitaine des Bleus a aussi disparu au moment où son équipe avait le plus besoin d’un joueur capable de faire basculer un sommet : contre l’Espagne, il a été totalement muselé. Et même s’il a sonné la révolte en seconde période face aux Anglais après le naufrage initial, cela n’a pas suffi. Malgré son doublé, Mbappé n’a pas pu effacer une première période catastrophique. Une nouvelle démonstration que, si le joueur du Real Madrid a porté cette équipe, son talent ne pouvait pas systématiquement masquer les lacunes collectives de cette équipe. Auteur de six réalisations et deux passes décisives, Ousmane Dembélé n’a pas affiché le même niveau qu’avec le PSG, malgré un positionnement différent sur l’aile droite.
Quant à Michael Olise, meilleur passeur de ce Mondial (7), mais sans le moindre but, il a alterné le bon et moins bon jusqu’à livrer contre l’Espagne sa pire prestation sous le maillot bleu et à être longtemps muselé face à l’Angleterre. À eux trois, avec Barcola ou Doué, ils ont porté cette attaque explosive, mais pas toujours capable d’exister quand le rapport de force s’inversait. Derrière, le constat est aussi sévère. Dayot Upamecano a été le meilleur Français du Mondial et William Saliba a fait ce qu’il a pu malgré son dos, mais la ligne défensive n’a jamais dégagé une grande sérénité. Les latéraux ont été un problème constant. À droite, Jules Koundé a affiché quelques lacunes défensives et Malo Gusto a souffert face à Marcus Rashford contre l’Angleterre. À gauche, Théo Hernandez avait déjà été mystifié par Ibrahim Mbaye lors du premier match face au Sénégal et sa méforme a fini par profiter à Lucas Digne, d’abord remplaçant puis titulaire pour la suite. Sans pour autant que le latéral de 32 ans, ne rassure totalement défensivement, jusqu’à être totalement dépassé par Lamine Yamal face à la Roja.
Côté remplaçants, Manu Koné a marqué des points pendant que Rayan Cherki a lui globalement déçu lors de chacune des entrées. Ibrahima Konaté, lui, a acté son déclassement avec une nouvelle prestation en deçà, samedi soir. Si « tout n’est pas à jeter » comme l’a indiqué Didier Deschamps après la défaite face aux Anglais (4-6), celle-ci a finalement tout résumé : surclassée en première période, la France s’est révoltée, sans jamais pouvoir revenir. Ce match restera comme le dernier de Didier Deschamps après 14 années de bons et loyaux services. Une page se tourne, avec le sentiment que cette génération 2026 était moins forte que ce que les observateurs pensaient. C’est désormais à Zinédine Zidane de lui donner une autre dimension.
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