À écouter Donald Trump, la Coupe du Monde 2026 a été un succès sur toute la ligne. Dimanche soir, l’Espagne à peine sacrée, le président des États-Unis s’est félicité pour l’organisation du tournoi. «J’ai trouvé que la FIFA a été incroyable. Il n’y a jamais rien eu de tel en termes d’événement, sans parler du soccer ou du football peu importe comment on l’appelle. Mais j’ai trouvé ça incroyable. C’était quatre fois plus réussi que n’importe quelle Coupe du Monde de la FIFA organisée auparavant. Et c’est même cinq fois plus d’après ce que l’on m’a dit aujourd’hui (dimanche). Nous sommes très fiers de notre pays. Nous sommes très fiers du travail accompli par tout le monde. Nous félicitons Gianni Infantino et toute son équipe pour l’incroyable travail qu’ils ont accompli.»

Le boss de la FIFA s’est aussi réjoui du succès de ce tournoi mondial. «Je me sens bien. Je me sens fantastiquement bien. Je suis ravi et comblé par l’incroyable succès de cette Coupe du Monde de la FIFA. 2030 sera une Coupe du Monde très spéciale, nous verrons si elle se joue encore avec 48 équipes, ce qui est un grand succès, ou peut-être avec 64 équipes. Nous aurons des pauses fraîcheurs ou non (…) Nous avons vu des images et des scènes uniques. Cela nous rappelle que la Coupe du Monde de la FIFA n’est pas qu’une simple compétition : elle a pour vocation d’unir le monde et, peut-être, de le rendre un peu meilleur.» Des propos qui ont sûrement fait bondir les supporters qui n’ont pas été autorisés à voyager aux États-Unis.

La FIFA est la grande gagnante

Cela a été le cas de l’arbitre somalien Omar Artan. La Somalie étant visée par les restrictions d’entrée aux USA, il n’a pas été autorisé à rejoindre le pays alors qu’il avait été sélectionné parmi les 52 arbitres de ce Mondial. Certaines sélections, notamment l’Iran, n’ont pas non plus été satisfaites de leur traitement. Les Iraniens, en conflit avec les États-Unis, avaient demandé de l’aide à Infantino, eux qui devaient notamment quitter le sol américain dès la fin des rencontres. Outre ces aspects, les prix exorbitants des billets, les pauses fraîcheurs ou encore le côté ultra marketing de ce tournoi ont fait jaser. Mais le patron de l’instance dirigeante du football mondial est content. La Coupe du Monde 2026 a permis à la FIFA de toucher plus d’argent que prévu.

The Guardian explique qu’elle espérait toucher un peu moins de 10 milliards d’euros. Mais elle a finalement empoché un peu plus de 13 milliards d’euros en un peu plus d’un mois. Le succès a donc été au rendez-vous pour le Mondial et ses 104 matches. Pourtant, la FIFA et son président en prennent pour leur grade. Infantino, qui a parcouru environ 100 000 kms en un mois pour assister à de nombreuses rencontres, n’a pas fait l’unanimité. Il a d’ailleurs été hué dimanche soir à son entrée sur le terrain avec Donald Trump. Leur relation a d’ailleurs été au centre des débats et des discussions. «Gianni Infantino s’est comporté comme un laquais de Donald Trump», a confié au micro de France 24 le spécialiste géopolitique Pascal Boniface. Le Monde estime aussi qu’Infantino a perdu de son crédit. Le média français évoque la «réputation ternie» du boss de la FIFA, qui reçoit une «franche hostilité» de la part de nombreux amoureux de ballon rond qui ont vu en lui un «exécutant docile du locataire de la Maison-Blanche».

Un Mondial controversé

Le journaliste suisse, David Lemos, s’est aussi attaqué à lui. «C’était sans aucun doute la Coupe du Monde la plus mercantile de l’histoire, l’une des plus politisées aussi, s’est élancé le journaliste. Gianni Infantino l’avait présentée comme la plus belle qui soit arrivée à l’humanité à peu de chose près. Ce qui est sûr, c’est qu’elle aura rapporté plus que jamais auparavant. Nous n’oublierons pas, même si les stades étaient pleins, les prix qu’ont dû payer les personnes qui n’ont pas des moyens considérables. Parfois sans pouvoir au final ne serait-ce qu’entrer dans le pays si leur nationalité n’était pas la bonne, qu’ils soient fans, journalistes, arbitres parfois comme le Somalien Omar Artan. On pense aussi au traitement inacceptable de l’équipe d’Iran qui n’a pas pu défendre ses chances correctement dans ce tournoi. »

Il a ajouté : « on pense également au cas "Balogun" ! On donne parfois l’exemple de la Coupe du Monde 1982 avec l’Émir du Koweït qui était descendu sur le terrain pour faire annuler un but de la France. Ici on aura vu un Président (Donald Trump) se vanter d’avoir appelé le Président de la FIFA pour faire annuler une suspension d’un joueur. Un politique qui s’est immiscé au cœur du jeu, alors que la Fédération Internationale dit vouloir le mettre au-dessus de tout (…) Dans une Coupe du Monde qui aura vu tous ses matches se disputer en 4 quarts temps et sa finale connaître une mi-temps de près de 30 minutes. Ces prochaines semaines, l’argent va pleuvoir sur beaucoup de fédérations, beaucoup d’acteurs de ce sport, qui seront gentiment invités à se taire et à tendre la main. On a le droit d’espérer que certaines choses auront été relevées, et qu’on ne les reverra plus.»

Infantino en prend plein la tête

Consultant pour RTL Sports, Steven Defour s’est aussi payé la tête du boss de la FIFA. « Tout ce qu’Infantino a fait, ce n’est pas le foot que j’aime. Les pauses hydratation, les places devenues hyper chères.» Toujours en Belgique, Le Soir a aussi pointé du doigt la FIFA «qui cumule les rôles de législateur, d’organisateur, de commerçant, de producteur et de juge». Le président de la Liga, Javier Tebas, n’a pas non plus apprécié l’attitude d’Infantino. Dans La Gazzetta dello Sport, il l’a critiqué ouvertement. «La FIFA organise les choses à sa guise, pour ses propres intérêts, pas pour le football (…) À Dallas, Los Angeles et Atlanta, il y avait la climatisation. J’ai dû porter un pull dans les gradins. C’était une pause publicitaire (…) Tout ne peut pas tourner autour de la Coupe du Monde. Ce sont les compétitions nationales qui soutiennent ce sport. Ils détruisent l’industrie du football, qui génère des dizaines de milliers d’emplois, pour un événement qui dure 40 jours et auquel une minorité de joueurs participe.»

Concernant la continuité d’Infantino, qui a de fortes chances d’être réélu car il est déjà soutenu par de nombreuses fédérations, il a été cash. «Personne ne veut concourir pour perdre. C’est le système, et c’est un système défaillant de toutes pièces. Je ne sais pas ce qui est pire, le silence ou la complicité. Ceux qui restent silencieux sont parfaitement conscients des dégâts que subit le football.» Mais La Libre aimerait qu’il s’en aille. «En alimentant les polémiques, ou en ne les éteignant pas, la FIFA a pris un risque immense : celui de dénaturer son joyau. Si elle veut préserver ce qui fait encore la force universelle de son sport, elle devra entendre les appels à la démission de son président et les critiques au lieu de les contourner. Sous peine de voir les regards progressivement se détourner». Ancien cadre de la FIFA et conseiller de Sepp Blatter, Guido Tognoni a conclu à son sujet dans Le Monde : «il pensait à tort gouverner la FIFA par le silence. Il a tant personnifié l’instance qu’il concentre logiquement toutes les critiques (…) Seul l’argent compte.» Et grâce au Mondial, la FIFA en a récupéré un paquet. De quoi réjouir le très critiqué Infantino.