Joseph Oughourlian n’est pas du genre à se taire quand quelque chose ne lui plaît pas. Il est l’un des rares présidents de club en France à s’élever contre la politique pratiquée par la Ligue de Football Professionnel ou encore contre la domination du PSG et du tout puissant Nasser Al-Khelaïfi. Il est un opposant de longue date de son homologue parisien et ne s’en est jamais caché. Quand le Qatari milite pour une diffusion menée par beIN Sports, dont il est aussi le président, ce qu’Oughourlian appelle publiquement un conflit d’intérêts, lui milite pour une refonte totale du système.

Dans une tribune publiée dans Le Monde en février dernier et co-signée avec Frank McCourt, Guillaume Cerutti et Jean-Michel Roussier, l’homme d’affaires libano-arménien avait déjà qualifié la LFP « inadaptée à la gestion d’un secteur qui pèse plusieurs centaines de millions d’euros ». Il accuse l’instance d’avoir précipité le football français dans les abysses en matière de droits TV. Depuis 18 mois, il est devenu le chef de file des opposants à la gouvernance actuelle et refuse de siéger au CA de la LFP, par exemple. « Je peux dire ce que je pense. Je ne suis pas tributaire du système », disait-il il y a quelques mois.

« Le bilan de la LFP : moins 70 % sur les revenus, et plus 100 % sur les coûts »

Il n’a pas changé d’horizon, ravi que la loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel soit adoptée, malgré les critiques des clubs professionnels. « J’y ai participe, car des députés et des sénateurs m’ont appelé. Avec d’autres clubs comme l’OM, on a eu une attitude proactive. La Ligue, elle, s’est complètement figée, raidie. Dans un déni de réalité, et avec un côté un peu injurieux, elle a estimé que "tout ce qu’ils font est nul, qu’ils ne comprennent rien à rien" », lâche-t-il à L’Équipe, taclant une nouvelle fois le bilan de la Ligue des dernières années.

« Quand vous avez une proposition de loi adoptée à l’unanimité moins une voix au Sénat, et à 75 voix contre deux à l’Assemblée nationale, la représentation nationale vous envoie un message clair. Vous ne pouvez pas l’écarter d’un revers de la main en disant : "Qu’est-ce qu’ils connaissent au foot professionnel ?" Surtout quand on a le bilan de la LFP : moins 70% sur les revenus, et plus 100% sur les coûts. Avec un tel bilan, on ne la ramène pas ». Selon lui, le système actuel se complait dans ses arcanes, et ce, alors que bon nombre de clubs sont en grandes difficultés financières. Il en veut pour preuve certaines décisions prises contre son propre intérêt.

La LFP jouerait contre elle-même

Oughourlian prend exemple sur la rencontre Lens-PSG comptant pour la fin du championnat la saison dernière et qui aurait pu apparaître comme une finale. Le CA a voté pour le report de ce match, allant dans le sens du PSG et de sa participation à la Ligue des Champions, contre celui de Lens, qui refusait ce changement de date. « Ce report allait contre l’intérêt du Championnat, et donc contre celui de la LFP… » Même chose pour Ligue 1+, qui selon lui n’est pas même pas respectée par la LFP. Il n’y a qu’à voir les actions menées pour lutter contre le piratage du diffuseur, beaucoup trop faible, de son avis.

« Le piratage est du ressort de la Ligue, elle n’a rien fait. J’ai une société espagnole dans les médias, la Ligue espagnole est venue me voir avec son offre, ce sont des cracks, les meilleurs du marché sur le contre-piratage. Chez nous, on est là les bras ballants, on se plaint, "l’État n’en fait pas assez, il faudrait que, il y a qu’à… » Enfin, le président lensois accuse les plus petits clubs de courber l’échine, « ce qui montre aussi les limites de la multipropriété. » Chose qui est « totalement inenvisageable » tant qu’il sera à la tête des Sang et Or, refusant de devenir « l’équipe B d’un grand club anglais ».