L’Italie croyait avoir enfin retrouvé un cap après un nouveau traumatisme sportif. La troisième absence consécutive de la Nazionale à une Coupe du Monde a plongé le football italien dans une crise existentielle, poussant la Fédération à revoir totalement son fonctionnement. Le nouveau président Giovanni Malagò a choisi de confier les clés du renouveau à un tandem prestigieux composé de Paolo Maldini et Leonardo, chargés de reconstruire une identité sportive, une méthode de travail et une vision à long terme. L’idée consistait à tourner définitivement la page des échecs successifs et à redonner une crédibilité à une sélection qui ne fait plus peur sur la scène internationale. Plusieurs profils ont été étudiés avec une volonté affichée de miser sur une personnalité capable d’incarner cette renaissance. Roberto Mancini a longtemps nourri l’espoir d’un retour malgré son départ controversé, Antonio Conte est resté dans les discussions grâce à son aura et à son exigence, tandis que la piste la plus ambitieuse menait directement à Pep Guardiola. Des contacts ont bien existé, alimentant l’optimisme des dirigeants italiens, mais les négociations n’ont jamais débouché sur un accord, obligeant la Fédération à revoir ses ambitions.

C’est ainsi qu’Andrea Pirlo s’est progressivement imposé comme le grand favori. Son immense carrière de joueur, son image auprès du public italien et sa proximité avec Maldini ont fini par convaincre les décideurs. Les dernières heures laissaient même penser que sa nomination n’était plus qu’une formalité avant une officialisation rapide. Pourtant, ce scénario parfaitement écrit s’est brusquement fissuré. Giovanni Malagò, soucieux de protéger l’image d’une Fédération déjà fragilisée par les résultats catastrophiques de ces dernières années, a suspendu son feu vert afin d’obtenir des garanties juridiques et éthiques. L’objectif initial consistait à lancer un nouveau cycle avec un visage rassembleur capable de réconcilier les supporters avec leur sélection. À la place, la FIGC se retrouve une nouvelle fois aspirée dans une polémique qui menace de faire dérailler son projet avant même son lancement. Cette reconstruction présentée comme celle de la stabilité risque désormais de commencer sous le signe du doute, des divisions et des interrogations permanentes.

Un scandale lié à la Russie

Le principal foyer de cette crise porte le nom de Fonbet. Depuis octobre 2025, Andrea Pirlo est l’ambassadeur international du bookmaker russe, un partenariat conclu alors qu’il entraînait Dubai United, propriété de l’homme d’affaires Sergey Lomakin. Ce dernier possède également plusieurs clubs européens et figure parmi les personnalités influentes gravitant autour de Fonbet. Si Pirlo assure qu’il rompra immédiatement cet engagement en cas de nomination, la controverse dépasse largement la simple question d’un contrat publicitaire. Le bookmaker demeure un partenaire majeur du football russe, de la Coupe de Russie, de la fédération nationale et de nombreuses institutions sportives du pays. Dans un contexte géopolitique toujours marqué par la guerre en Ukraine, les images de Pirlo participant récemment à des opérations promotionnelles à Moscou ont provoqué une onde de choc en Italie. Des responsables politiques dénoncent une proximité jugée incompatible avec une fonction représentant la nation italienne. Le sénateur Carlo Calenda estime qu’une personnalité ayant participé à la promotion de la Russie après 2022 ne devrait pas occuper un poste aussi symbolique. La vice-présidente du parlement européen, Pina Picierno, est allée encore plus loin en qualifiant Pirlo de «plan Z» du football italien, accusant l’ancien champion du monde d’avoir contribué à une opération de normalisation du régime russe. Avant même de diriger son premier entraînement, Pirlo est déjà devenu un sujet politique national au point où son entourage juge ces accusations instrumentalisées, voire hypocrites, manifestement liées à des cercles politiques.

Comme si cette affaire ne suffisait pas, une seconde polémique est venue alimenter la défiance autour du projet porté par Maldini et Leonardo. Les activités professionnelles de Nicolò Pirlo et Christian Maldini, tous deux impliqués dans le secteur de la représentation de joueurs au sein d’agences influentes, soulèvent de nombreuses questions sur de possibles conflits d’intérêts. Certes, les deux hommes ne disposent pas officiellement de la licence d’agent reconnue par la FIGC, ce qui distingue leur situation de celle qui avait poussé Marcello Lippi à renoncer à ses fonctions en 2016 lorsque son fils exerçait officiellement ce métier. Juridiquement, la comparaison s’arrête là. Politiquement et symboliquement, elle nourrit pourtant les critiques. Plusieurs membres du conseil fédéral réclament déjà des éclaircissements, tandis que Giovanni Malagò refuse de précipiter une décision qui pourrait fragiliser encore davantage la crédibilité du nouveau projet. La Fédération souhaitait ouvrir une nouvelle ère fondée sur la transparence, la compétence et l’exemplarité. Elle découvre aujourd’hui que son candidat numéro un traîne déjà une accumulation de controverses mêlant sponsoring, réseaux d’influence, oligarques russes, paris sportifs et soupçons de conflits d’intérêts. Avant même d’être officiellement nommé, Andrea Pirlo, qui a d’ailleurs fait de son agacement aujourd’hui à l’entraînement de Dubai United, est devenu le visage d’un débat qui dépasse largement le football et qui menace de transformer la reconstruction de la Nazionale en nouvelle crise institutionnelle.