Le climat n’a jamais été aussi tendu autour de Gianni Infantino. Depuis les révélations sur son projet de création de FIFA Forward Enterprise, une nouvelle structure destinée à regrouper les activités commerciales de la FIFA et à accueillir des investisseurs privés minoritaires, les critiques se multiplient de toutes parts. L’UEFA a ouvert les hostilités avec un communiqué d’une rare fermeté en estimant que « l’âme et la gouvernance du football ne sont pas des actifs à vendre », tandis que plusieurs fédérations européennes évoquent désormais des mesures de rétorsion si cette réforme devait aller à son terme. Les interrogations concernent aussi bien la gouvernance future du football mondial que les liens supposés avec certains investisseurs proches de Donald Trump ou encore la possibilité de voir les impératifs financiers prendre progressivement le pas sur l’intérêt sportif. La Fédération française de football semble, elle aussi, évoluer. Longtemps prudente dans sa communication à l’égard du président de la FIFA, la 3F avait pourtant fait le choix de maintenir son soutien à Gianni Infantino en vue de l’élection de 2027. Et comme révélé il y a quelques jours, Philippe Diallo privilégiait alors une logique de continuité et de pragmatisme, notamment afin de préserver les intérêts français dans la perspective d’une candidature à l’organisation de la Coupe du Monde 2038. Malgré plusieurs polémiques ayant déjà fragilisé le dirigeant suisse, la Fédération française refusait jusque-là de rejoindre le front des opposants emmené par Aleksander Čeferin.

Les déclarations de Philippe Diallo accordées ce mercredi matin sur France Inter marquent toutefois un changement de ton qui ne passe pas inaperçu. Sans rompre officiellement avec la FIFA ni annoncer une opposition frontale à Gianni Infantino, le président de la FFF laisse transparaître un malaise grandissant face à un projet qui secoue profondément le football mondial. Les critiques dépassent désormais le seul cadre des instances sportives et touchent également plusieurs responsables politiques ainsi que de nombreuses personnalités du football européen. Pour la Fédération française, traditionnellement attachée à préserver un dialogue constructif avec Zurich, le simple fait d’afficher publiquement ses réserves constitue déjà un signal fort. Alors que la FFF s’était jusqu’à présent distinguée par sa retenue malgré les controverses sur la gouvernance de la FIFA, l’élargissement de la Coupe du Monde, la surcharge du calendrier international ou encore la proximité affichée de Gianni Infantino avec plusieurs dirigeants politiques dont Donald Trump, l’affaire FIFA Forward Enterprise semble ouvrir une nouvelle séquence. Les propos tenus par Philippe Diallo traduisent désormais un doute réel au sein de la maison bleue, preuve que le président de la FIFA voit son socle de soutien se fragiliser jusque chez des alliés qui, il y a encore quelques jours, privilégiaient avant tout la stabilité institutionnelle.
Diallo a de vrais doutes
Invité de la Matinale, le président de la FFF n’a pas caché son inquiétude vis-à-vis de ce nouveau projet de Gianni Infantino qui continue à faire couler beaucoup d’encre aux quatre coins de l’Europe. «Nous avons découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n’avons aucun détail et qui, par rapport à son orientation, c’est-à-dire faire rentrer des fonds d’investissement dans le cadre d’une société commerciale à côté de la FIFA, soulève beaucoup d’interrogations, sans que les membres que nous sommes, fédérations, aient pu être associés et disposent d’aucun élément particulier pour se prononcer sur des sujets qui sont évidemment fondamentaux. J’aurai dès aujourd’hui des contacts avec mes principaux collègues des grandes fédérations européennes, avec le président de l’UEFA, pour savoir comment nous devons appréhender ses projets sur lesquels nous n’avons aucune information particulière», a confié le dirigeant français. Pour rappel, les Fédérations belge, suisse et norvégienne ont déjà apostrophé le dirigeant italo-suisse pendant la Coupe du Monde 2026 aux Etats-Unis. Un Mondial qui a d’ailleurs soulevé beaucoup de questions dans l’esprit de Philippe Diallo.
«D’abord la Coupe du Monde a été un grand succès populaire, on disait que les Etats-Unis n’étaient pas un pays de foot mais tous les stades étaient pleins. On n’a jamais eu autant de gens dans les stades. Les billets étaient chers mais les stades étaient pleins. Les audiences en France ici étaient fantastiques et le ressenti autour de l’Equipe de France a été formidable. On a explosé les chiffres que nous avions planifiés en termes d’audience. Ce Mondial a soulevé des questions sur le jeu. Je ne suis pas un fan des pauses fraîcheur car cela change la nature du jeu. Il y a des choses sur lesquelles il faudra discuter et revenir avec des processus de décisions plus transparents avec des nations comme la France qui doivent être plus impliquées. Nous découvrons trop de décisions qui ont été prises sans que nous y soyons associées sans avoir pu véritablement donner notre avis sur ces orientations. Connaissant Gianni Infantino depuis très longtemps, je lui ai fait part de la nécessité d’une relation plus exigeante en termes de process de décisions et d’orientations sur le football», a-t-il conclu. Le vent tourne autour de Gianni Infantino et même les soutiens les plus prudents commencent désormais à prendre leurs distances…
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