Le retour de José Mourinho sur le banc du Real Madrid n’a rien d’un simple changement d’entraîneur. Après plusieurs saisons sans véritable domination nationale ni européenne, Florentino Pérez a choisi de rappeler celui qui avait déjà redonné un caractère conquérant à la Casa Blanca lors de son premier passage. L’été madrilène a également marqué une profonde reconstruction de l’effectif avec les arrivées de Marc Cucurella, Ibrahima Konaté, Bernardo Silva et Denzel Dumfries, rapidement rejoints par le jeune attaquant Carlos Espí, appelé à découvrir le très haut niveau sous les ordres du technicien portugais. Pourtant, cette nouvelle version du Real Madrid avance encore avec un effectif largement amputé. De nombreux cadres engagés jusqu’au bout de la Coupe du Monde 2026 profitent encore de leurs vacances, obligeant Mourinho à composer avec plusieurs jeunes de La Fábrica et des recrues qui n’ont effectué que quelques séances d’entraînement. Un contexte loin d’être idéal pour installer les premiers automatismes d’un projet qui suscite déjà une immense attente.

Face à la Fiorentina, le Real Madrid a tout de même montré des séquences très prometteuses avant de confirmer qu’il restait énormément de travail. Les Madrilènes ont rapidement pris le contrôle des débats grâce à une ouverture du score d’Endrick avant qu’Alexis Ciria, l’une des révélations de la formation madrilène, ne double la mise après un mouvement parfaitement lancé par Eduardo Camavinga. Dominateurs dans le jeu et capables d’étouffer leur adversaire durant une bonne partie de la première période, les Merengues semblaient filer vers une victoire tranquille avant la réduction de l’écart signée Piccoli juste avant la pause. Le scénario a totalement changé après le retour des vestiaires. La Fiorentina a imposé un défi physique bien plus important, Gudmundsson a multiplié les accélérations dangereuses et Moise Kean a fini par égaliser de la tête. Malgré une large revue d’effectif et les premiers pas de Carlos Espí sous le maillot madrilène, les pensionnaires de Bernabeu n’ont jamais réussi à reprendre définitivement le dessus. Ce nul spectaculaire (2-2) laisse apparaître des bases intéressantes, mais aussi les limites d’un groupe encore incomplet qui poursuivra sa préparation face à Ferencváros.

Mourinho veut se méfier

Tout au long de la rencontre, José Mourinho a vécu ce deuxième rendez-vous de préparation avec une intensité qui lui ressemble. Très démonstratif dans sa zone technique, multipliant les consignes et les gestes d’agacement lorsque son équipe perdait progressivement le contrôle, le technicien portugais est apparu particulièrement tendu à mesure que la Viola revenait dans la partie. Une attitude fidèle à sa réputation de compétiteur qui ne supporte jamais de voir son équipe reculer, même au cœur de l’été. Au coup de sifflet final, le Special One a retenu des enseignements positifs de cette prestation, tout en soulignant, sous fond de premier minic oup de fouet, les difficultés physiques d’un groupe encore largement remanié. «J’ai vu un Real Madrid avec trois visages : frais, fatigué et épuisé. L’équipe fraîche a très bien joué ; le score de 2-1 à la mi-temps est très court, compte tenu de la qualité de la première période, au point qu’ils auraient facilement pu l’emporter 3 ou 4 à 0. Ensuite, le match est devenu beaucoup plus physique, ils nous ont mis sous pression, et le deuxième visage est apparu. Et jouer dans la surface avec deux jeunes comme Joan et Mario… qui ont fait un match fantastique, mais physiquement, ils n’ont pas encore le niveau pour jouer avec un monstre comme Kean. Et le troisième visage, que j’ai vraiment apprécié, c’est celui de l’équipe épuisée, mais qui a su rester soudée et reprendre le contrôle du match. Dumfries et Endrick se sont entraînés pendant trois jours et ont joué plus de 70 minutes. Un effort fantastique qui compte beaucoup pour moi. Je les ai remerciés pour leur contribution. J’ai tout aimé.»

Ce premier coup de gueule de José Mourinho ne visait finalement pas ses joueurs, mais bien les circonstances qui compliquent le lancement de son nouveau projet. Le Portugais de 63 ans a rappelé que son groupe restait très loin de sa version définitive et qu’il devait improviser à chaque séance en attendant le retour progressif des nombreux internationaux encore absents. Derrière son discours mitigé se cachait surtout une frustration bien réelle face au temps perdu durant cette préparation estivale. Fidèle à son exigence, l’ancien coach de Chelsea et de l’Inter a laissé transparaître son impatience de pouvoir enfin travailler avec l’ensemble de son effectif. «Voilà le Real Madrid avec les joueurs dont nous disposons. Comme je l’ai dit aux gars avant le match : le Real Madrid est le Real Madrid, même en amical. Aujourd’hui, j’ai dû aligner les joueurs, entre guillemets, que j’avais à disposition. Nous n’avons travaillé qu’hier ; nous avons fait un peu d’organisation. Les jeunes qui ont joué, Joan et Mario, ont un avenir fantastique, et même si le match n’était pas physiquement exigeant, ils ont été fantastiques, avec une classe incroyable. Sur les sept joueurs de l’équipe première disponibles, deux n’ont eu que trois entraînements. Et puis, nous avons fait entrer le pauvre Carlos (Espí), qui est encore sous le choc. Il s’est entraîné une heure hier et nous a aidés aujourd’hui à comprendre ce qu’est le Real Madrid. Je suis très content du travail des gars, depuis le premier jour. Je m’inquiète de ne pas avoir les autres. J’aurais aimé avoir trois semaines avec chacun d’eux, mais ce n’est pas possible. Vini, Brahim et Bernardo Silva arrivent lundi. Dumfries, Carlos et Endrick auront plus de jours de repos. L’entraînement… Et ainsi de suite jusqu’à l’arrivée des autres». Une sortie mi-figue, mi-raisin, qui prouve qu’il reste encore du boulot à la nouvelle Casa Blanca du Special One…