La crise provoquée par Gianni Infantino est en train de prendre une ampleur sans précédent dans l’histoire récente de la FIFA. Ce qui devait être présenté comme une ambitieuse réforme économique destinée à renforcer le développement du football mondial s’est rapidement transformé en l’une des plus grandes crises de gouvernance du mandat du président suisse. La création de FIFA Forward Enterprise, une nouvelle structure commerciale chargée de regrouper les droits marketing, audiovisuels, de sponsoring et de billetterie des principales compétitions de la FIFA, devait ouvrir son capital à des investisseurs privés pour une valorisation estimée à près de 20 milliards de dollars. En échange, les 211 fédérations membres se voyaient promettre un financement inédit pouvant atteindre 40 millions de dollars chacune sur plusieurs années. Mais derrière cette promesse financière, de nombreuses voix ont dénoncé une privatisation déguisée de la Coupe du Monde et des compétitions les plus prestigieuses du football international. Les révélations sur l’implication de JP Morgan, de Thrive Eternal ainsi que de proches de la famille Trump ont alimenté une méfiance grandissante. Très vite, les accusations de conflit d’intérêts, de manque de transparence et de gouvernance opaque se sont multipliées, fragilisant considérablement la position d’un Gianni Infantino qui semblait pourtant intouchable il y a encore quelques semaines.

La riposte a alors pris une dimension mondiale. L’UEFA a ouvert les hostilités en qualifiant publiquement le projet de ligne rouge à ne jamais franchir et en affirmant que le football n’était pas un actif destiné à être vendu. Elle a rapidement été rejointe par la CONCACAF, la Confédération asiatique, la FIFPRO Europe, l’Association européenne des clubs, la Fédération anglaise, plusieurs gouvernements, des ministres des Sports, des eurodéputés, Glenn Micallef au nom de la Commission européenne, Javier Tebas, le Real Madrid et de nombreuses fédérations nationales. Même des menaces de boycott des compétitions de la FIFA ont été évoquées tandis que plusieurs associations membres envisageaient de retirer leur soutien à Gianni Infantino avant l’élection présidentielle de 2027. Face à cette levée de boucliers, la FIFA a finalement retiré son projet FIFA Forward Enterprise, reconnaissant implicitement qu’elle ne disposait plus de la majorité nécessaire pour le faire adopter. Mais pour l’UEFA, ce retrait ne suffisait plus. L’organisation présidée par Aleksander Čeferin estime désormais que le problème dépasse largement ce seul dossier et qu’il concerne la manière dont Gianni Infantino gouverne la FIFA. L’heure n’est donc plus seulement à la contestation politique, mais à une offensive judiciaire assumée.
La grande menace de Ceferin
Selon les révélations du Telegraph, l’UEFA a à présent franchi une nouvelle étape en adressant une lettre officielle particulièrement menaçante à Gianni Infantino. L’instance européenne annonce noir sur blanc qu’elle « envisage activement d’engager des actions en justice, un arbitrage et/ou des plaintes réglementaires découlant de et en lien avec le projet FFE proposé par la FIFA ». Plus encore, elle exige que le président de la FIFA et son administration prennent immédiatement toutes les mesures nécessaires pour préserver les éléments liés au dossier. « Vous et la FIFA êtes tenus de prendre immédiatement des mesures pour identifier, localiser et conserver tous les documents et toutes les informations stockées électroniquement décrits dans la présente notification qui sont en votre possession, sous votre garde ou sous votre contrôle. Ces obligations naissent indépendamment de toute politique de rétention interne que vous ou votre organisation maintenez et prévalent sur toute politique de destruction ou de suppression de documents de routine qui s’appliquerait autrement. » L’UEFA rappelle également qu’elle-même, « ainsi que d’autres confédérations, associations membres de la FIFA et parties prenantes du football », ont « fermement condamné le projet FFE dans les termes les plus forts comme fondamentalement incompatible avec la gouvernance appropriée du football ». Considérant que des procédures sont désormais raisonnablement prévisibles, elle ordonne à la FIFA de conserver « tous les matériels pertinents avec effet immédiat ».
Le passage le plus spectaculaire de cette mise en demeure ressemble presque à un avertissement adressé à une entreprise soupçonnée de vouloir effacer des traces compromettantes. « L’UEFA vous met formellement en demeure que toute destruction, suppression, altération, dissimulation ou perte de matériels pertinents après réception de la présente notification ou après toute date antérieure à laquelle vous étiez, ou auriez raisonnablement dû être, conscient que des procédures étaient anticipées pourrait constituer une spoliation de preuves. » L’organisation européenne ajoute qu’elle « se réserve tous les droits de rechercher des recours appropriés », évoquant explicitement « des sanctions, des frais et toutes les mesures pouvant être prises contre la ou les parties responsables ». La pression est accentuée par une exigence procédurale extrêmement précise. La FIFA dispose de cinq jours ouvrables pour confirmer par écrit qu’elle a bien reçu cette notification, qu’elle l’a comprise, qu’elle a pris « des mesures immédiates pour conserver les matériels pertinents », qu’elle a désigné « la personne responsable de la supervision du respect de cette notification » et qu’elle précisera également « si elle est consciente de matériels pertinents qui ont déjà été détruits ou supprimés, auquel cas des détails complets devront être fournis ». Après avoir remporté la bataille politique, l’UEFA semble désormais déterminée à poursuivre Gianni Infantino sur le terrain judiciaire, faisant entrer cette crise dans une dimension totalement inédite pour la gouvernance du football mondial.
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