Le mercato estival a fermé ses portes et la Serie A a frappé fort sur le marché des transferts. Les clubs italiens ont investi environ 1,20 milliard d’euros pour renforcer leurs effectifs, confirmant une tendance désormais bien installée depuis plusieurs années. Le chiffre est légèrement inférieur aux 1,23 milliard dépensé lors de l’été 2025, mais reste très nettement supérieur aux montants enregistrés au début de la décennie. La Serie A avait ainsi consacré 962,7 millions d’euros aux transferts lors de l’exercice 2022/2023, avant de grimper à 977 millions en 2023/2024, puis de franchir pour la première fois la barre symbolique du milliard avec 1,19 milliard en 2024/2025. La saison suivante, le championnat italien avait encore accéléré avec 1,23 milliard, avant de se stabiliser autour de 1,20 milliard cet été.

À première vue, la dynamique semble relativement régulière, avec des investissements qui se maintiennent à un niveau particulièrement élevé. Mais derrière cette stabilité se cache une différence majeure qui change considérablement la lecture du marché italien. Les clubs de Serie A ont beaucoup moins vendu cet été, avec seulement 739 millions d’euros de recettes, contre environ 1,11 milliard lors du mercato précédent. Autrement dit, le football italien a continué à dépenser massivement tout en récupérant beaucoup moins d’argent grâce aux transferts. C’est précisément ce déséquilibre qui donne à cette fenêtre estivale une dimension particulière et explique pourquoi cette razzia à 1,2 milliard mérite d’être regardée de plus près.
Six clubs à +100 millions de dépenses
Cette frénésie ne repose d’ailleurs pas sur un seul poids lourd, mais sur une mobilisation assez large des principales écuries du championnat. L’AC Milan a dépensé 165 millions d’euros, avec notamment les arrivées de Gonçalo Ramos pour 74 millions et de Diego Moreira pour 50 millions, tandis que la Juventus a investi plus de 160 millions, portée notamment par les recrutements de Randal Kolo Muani à 41,20 millions et Kerim Alajbegovic à 32 millions. Le Napoli a également affiché ses ambitions avec environ 150 millions d’euros dépensés, dont 44 millions pour l’option activée de Rasmus Højlund, alors que l’AS Roma a consacré environ 125 millions à son recrutement, notamment avec Santiago Castro pour 36 millions, Donyell Malen pour 25 millions et Rodrigo Mora pour la même somme. La Fiorentina s’est, elle aussi, montrée particulièrement active avec près de 150 millions d’euros engagés, répartis sur un nombre important d’opérations, tandis que l’Inter a dépassé les 100 millions avec notamment Curtis Jones pour 30 millions, Djed Spence pour 30 millions et Aleksandar Stankovic pour 23 millions. Même des formations moins habituées à apparaître dans les premières places du classement des dépenses ont participé à cette accélération, à l’image de Côme, capable de poser 30 millions sur Trevoh Chalobah et près de 40 millions pour le prêt payant de Moise Kean. Le marché italien n’a pas simplement été animé par une ou deux locomotives, mais a été porté par plusieurs clubs historiques désireux de renforcer leur effectif dans le même temps, avec une volonté commune de gagner immédiatement en compétitivité.
Derrière cette spectaculaire accumulation de dépenses, il existe d’abord une volonté sportive très claire de remettre le championnat italien au premier plan. Les clubs transalpins sortent de plusieurs saisons durant lesquelles ils ont régulièrement dû composer avec des contraintes économiques importantes, en privilégiant les joueurs libres, les prêts, les opérations à faible coût ou les recrutements financés par des ventes importantes. Cet été marque aussi une forme de changement de philosophie porté par le nouveau président de la fédération Giovanni Malagò, ainsi que le gouvernement de Giorgia Meloni. L’AC Milan, la Juventus, le Napoli, la Roma et l’Inter cherchent à construire des effectifs capables de jouer les premiers rôles en Italie, mais aussi de peser davantage sur la scène européenne. Les investissements réalisés sur des joueurs comme Ramos, Højlund, Kolo Muani ou Moreira traduisent cette volonté de miser sur des profils capables d’avoir un impact immédiat ou de conserver une valeur importante dans les prochaines années. La logique est celle d’un investissement destiné à produire des résultats sportifs, lesquels doivent ensuite permettre d’augmenter les recettes via des qualifications européennes puisque l’Italie a sept clubs européens dont quatre en Ligue des Champions.
Une nouvelle politique pour 2032
À cela s’ajoute un autre élément de fond qui dépasse largement le simple mercato. Le calcio prépare une profonde transformation de son environnement. Les projets de modernisation des stades se multiplient et les vingt clubs de Serie A ont engagé des projets de rénovation ou de transformation de leurs enceintes. L’Italie a surtout accéléré son programme en vue de l’Euro 2032, qu’elle organisera avec la Turquie. Treize villes italiennes ont ainsi déposé des dossiers concernant seize stades auprès de la FIGC cet été, avec seulement cinq enceintes qui seront finalement retenues pour le tournoi. Le nouveau stade de la Roma à Pietralata, les projets autour de Milan, la rénovation du Franchi à Florence, les travaux envisagés au Maradona à Naples ou encore le projet de nouveau stade de Bologne illustrent cette mutation. À Florence, la municipalité a confirmé en juillet son engagement à poursuivre la rénovation du Franchi dans le cadre de la candidature à l’Euro 2032, tandis que Naples a obtenu le feu vert administratif pour son projet de modernisation du Maradona. Le football italien cherche à profiter de cette période pour redorer le blason du calcio avant 2032, avec l’ambition de disposer à la fois de clubs plus compétitifs, d’infrastructures modernisées et d’une image plus attractive à l’international.
L’Euro 2032 agit comme un puissant accélérateur, puisque les cinq stades italiens retenus devront répondre aux exigences de l’UEFA et être prêts suffisamment tôt pour accueillir la compétition. La FIGC a reçu les dossiers de treize villes, de Bari à Turin en passant par Milan, Rome, Naples, Florence, Bologne ou Cagliari, signe de l’ampleur du chantier engagé dans le pays. Le gouvernement italien estime d’ailleurs à plusieurs milliards d’euros les investissements mobilisables autour des infrastructures sportives, tandis que les autorités souhaitent accélérer plusieurs chantiers dès la fin de cette année ou le début de la prochaine. Et c’est ainsi que les dépenses réalisées sur le marché des transferts prennent une autre dimension. Les clubs ne veulent plus seulement survivre économiquement ou limiter leurs pertes, ils cherchent à retrouver une attractivité capable de retenir davantage les talents, d’attirer des joueurs de premier plan, d’augmenter les recettes commerciales et de permettre aux équipes italiennes de redevenir des habituées des derniers tours européens. La Serie A a accepté de prendre davantage de risques pour accélérer cette reconstruction. Reste désormais à savoir si cette spectaculaire razzia sera le début d’un véritable nouveau cycle pour le calcio ou simplement le symptôme d’une volonté ponctuelle de retrouver les sommets.
ユヴェントス
セルヒオ ラモス
Diego Maradona
ランダル・コロ・ムアニ
すべてのコメント