Un mois plus tôt, personne n’aurait imaginé écrire une telle histoire. Gennaro Gattuso était arrivé à Rome avec une énorme pression sur les épaules, quelques mois seulement après le traumatisme vécu avec l’équipe d’Italie, éliminée par la Bosnie-Herzégovine dans la course à la Coupe du Monde 2026. L’ancien milieu de terrain avait alors accepté de reprendre une Lazio particulièrement difficile à reconstruire, dans un environnement marqué par une contestation massive contre Claudio Lotito et surtout par de lourdes contraintes économiques. Le club avait été placé sous surveillance après les contrôles de la Commission indépendante chargée de l’indice du coût du travail élargi, un indicateur qui rapporte les dépenses liées au personnel sportif aux recettes de l’entreprise. La Lazio n’ayant pas respecté le paramètre requis, elle devait opérer selon le principe du marché à solde nul, avec l’obligation de générer des recettes équivalentes avant de pouvoir enregistrer de nouvelles recrues. Une situation qui avait considérablement réduit la marge de manœuvre d’Angelo Fabiani et qui avait longtemps donné l’impression que Gattuso allait devoir faire des miracles avec un groupe largement incomplet.

Le début de l’aventure avait d’ailleurs semblé confirmer toutes les craintes. Le mercato avançait au ralenti, les pistes se refermaient les unes après les autres et la Lazio devait vendre avant de pouvoir acheter, tandis que les supporters poursuivaient leur boycott historique pour protester contre la gestion de Lotito. Puis était arrivé le fiasco absolu de la Coppa Italia. Quelques mois seulement après avoir disputé la finale de la compétition, les Biancocelesti avaient été éliminés dès les 32es de finale par Mantoue, pensionnaire de Serie B, sur leur propre pelouse. Un 0-2 encaissé dans un Olimpico quasiment vide, avec seulement 5 528 spectateurs, qui avait immédiatement placé Gattuso au cœur des critiques. Le technicien avait assumé ses responsabilités après cette humiliation, reconnaissant que cette élimination lui faisait encore mal. La Lazio semblait alors promise à une saison particulièrement pénible, avec un entraîneur déjà fragilisé, un effectif incomplet et une direction confrontée à une crise profonde avec sa propre base populaire.
Meilleure entame de saison depuis 2012
Et pourtant, Gattuso a complètement renversé la tendance. Sa pression, son exigence et surtout son travail quotidien ont fini par pousser le club à accélérer dans les derniers jours du mercato, avec une série d’opérations réalisées à coûts très maîtrisés. Frattesi est arrivé de l’Inter sous la forme d’un prêt payant, Pinamonti a débarqué de Sassuolo pour 3 millions d’euros, Sutalo a rejoint Rome en provenance de l’Ajax dans le cadre d’un prêt à 3 millions, tandis que Gudmundsson a été récupéré en prêt gratuit depuis la Fiorentina. Doekhi et Pedraza étaient déjà arrivés libres, complétant un recrutement finalement beaucoup plus consistant que ce que les premières semaines laissaient présager. Au total, la Lazio n’a dépensé qu’environ 11 millions d’euros en coûts immédiats sur ces principales opérations, tout en conservant un solde positif grâce aux ventes réalisées durant l’été autour de Mario Gila, Alessandro Romagnoli ou encore Ivan Provedel.
Un mercato bricolé sous contrainte, mais qui a finalement offert à Gattuso les armes nécessaires pour construire quelque chose. Pendant ce temps, la fronde des supporters n’a absolument pas disparu. À peine plus de 2 000 abonnements avaient été renouvelés lors de la première phase de la campagne, contre près de 30 000 un an auparavant, tandis que les boycotts, les banderoles hostiles à Lotito et les tribunes désertées se poursuivent. Les supporters ont même rejeté récemment l’appel à la trêve lancé par Fabiani, tout en répétant qu’ils continueraient à soutenir l’ancien milieu du Milan et ses joueurs lors des déplacements. Dans cette atmosphère délétère, Gattuso est pourtant en train de réaliser exactement ce qu’on attendait de lui. La Lazio a remporté ses trois premières journées de Serie A, avec un succès (0-1) à Bologne, un autre (1-0) contre le Genoa puis une victoire (1-2) arrachée à Udine face à l’Udinese après avoir été menée au score. Gattuso est d’aillerus devenu lundi soir le premier entraîneur de la Lazio à débuter avec trois victoires en championnat depuis Petkovic en 2012/13.
«Je tiens à féliciter les gars, mais il faut continuer à travailler. L’équipe a fait preuve de mentalité et d’envie. Nous avons tout remis en question pour tenter quelque chose de différent, mais ce n’est pas facile. Cependant, nous n’avons encore rien accompli. Après la défaite en Coupe d’Italie, nous avons bien réagi. Il faut continuer sur cette lancée et aborder chaque match l’un après l’autre», a déclaré l’entraîneur italien. Neuf points sur neuf, quatre buts marqués et seulement un encaissé, avec une capacité à ne jamais abandonner qui ressemble terriblement à son entraîneur. À Udine, Davide Frattesi a encore frappé avant qu’Albert Gudmundsson, fraîchement arrivé, ne délivre les siens en fin de rencontre, preuve supplémentaire que les recrues ont déjà pris une place essentielle dans le projet. Gattuso est désormais seul juge de cette métamorphose, lui qui refusait encore de parler de revanche après Mantoue mais reconnaissait que son équipe avait su réagir. Alors que Lotito reste contesté, que l’Olimpico demeure largement déserté et que les cicatrices de l’été sont encore béantes, la Lazio pointe tout en haut du classement. Un mois après avoir semblé foncer droit vers le fiasco, Gattuso est désormais en train de mettre absolument tout le monde d’accord.
ラツィオ
Gennaro Gattuso
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