La Juventus pensait avoir trouvé avec Luciano Spalletti le technicien capable de remettre de l’ordre dans une maison profondément remodelée, mais quatre journées de Serie A auront suffi à faire ressurgir les premiers doutes. La défaite concédée dimanche sur la pelouse de Sassuolo, au terme d’un scénario particulièrement cruel, a brutalement ramené les Bianconeri à leurs difficultés. Battue (3-2) après avoir pourtant égalisé à deux reprises dans les dernières minutes, la Juve a laissé filer une rencontre qui semblait encore à sa portée avant de s’effondrer sur une transition dans le temps additionnel. Avec cette première défaite de la saison, la formation turinoise reste bloquée à 7 points et pourrait déjà compter cinq longueurs de retard sur le leader après seulement quatre journées. Plus inquiétant encore, cette contre-performance a ravivé le sentiment d’une équipe qui peine à produire un football cohérent et qui donne déjà l’impression de revenir vers certains travers observés lors des dernières saisons. La Gazzetta dello Sport évoque ainsi une crise technique de plus en plus évidente, avec une attaque en difficulté, des problèmes de leadership et une équipe qui semble avoir perdu la dynamique aperçue lors de ses premières sorties.

Le constat est d’autant plus préoccupant que Spalletti ne dispose pas encore d’un véritable crédit d’immunité à Turin. Le technicien italien avait pourtant démarré son aventure avec deux victoires lors des deux premières journées et pouvait s’appuyer sur un mercato largement pensé pour répondre aux besoins de son projet. Mais les blessures de plusieurs cadres ont rapidement compliqué sa tâche, à commencer par Kenan Yildiz, absent plusieurs mois, ou encore Khéphren Thuram, tandis que Manuel Locatelli a également été touché. Avant le déplacement à Sassuolo, Spalletti refusait d’ailleurs de se réfugier derrière l’infirmerie, expliquant que parler des absents revenait à « s’abandonner à la culture des alibis ». Malgré cela, les problèmes se sont accumulés. Kolo Muani peine toujours à retrouver son influence, l’animation offensive manque de tranchant et la Juve a surtout affiché à Reggio Emilia un inquiétant manque d’équilibre dans les dernières secondes. Spalletti a assumé sa part de responsabilité après la rencontre, reconnaissant avoir lui-même demandé à son équipe de pousser pour aller chercher la victoire, avant que cette volonté offensive ne se transforme en désorganisation fatale. Les premières interrogations autour de son avenir apparaissent déjà, même si la direction turinoise cherche officiellement à calmer le jeu. Giovanni Carnevali a assuré que changer d’entraîneur n’était pas dans son esprit, tout en demandant que cette défaite serve de leçon. Une déclaration qui vise à protéger Spalletti, mais qui prouve aussi que la question commence déjà à exister dans l’environnement de la Juventus.
La prophétie enfin réalisée ?
Et forcément, lorsqu’une crise commence à s’installer à la Juventus, un nom ressurgit presque mécaniquement. Celui d’Antonio Conte. L’idée d’un retour de l’ancien capitaine et entraîneur bianconero n’est plus seulement un fantasme nostalgique des supporters, puisqu’elle prend désormais de l’ampleur dans la presse italienne. La Gazzetta dello Sport se penche ouvertement sur l’hypothèse d’un retour du technicien en cours de saison, tout en rappelant que les conditions restent aujourd’hui éloignées d’un véritable rapprochement. Conte et la Juventus avaient brutalement mis fin à leur collaboration à l’été 2014, mais l’histoire n’a jamais véritablement été refermée. Depuis, le technicien a connu l’Inter puis Tottenham et Naples, tout en conservant un lien particulièrement fort avec Turin, où sa famille a continué de vivre. Son passage à la Juventus reste évidemment associé à la renaissance sportive du club après les années post-Calciopoli, avec notamment trois titres consécutifs de champion d’Italie. La possibilité de le revoir sur le banc turinois avait déjà pris de la consistance par le passé, notamment lorsqu’il avait été proche d’un retour il y a deux ans. Mais cette fois, le contexte est différent puisque l’hypothèse évoquée serait celle d’une arrivée en cours d’exercice, scénario qui ne correspond pas vraiment aux habitudes de Conte.
Car si le scénario fait rêver une partie de la tifoseria, il soulève également de sérieuses questions. La Gazzetta rappelle que Conte n’est que rarement intervenu en cours de saison au cours de sa carrière, avec seulement trois expériences de ce type à Bari, à l’Atalanta puis à Tottenham. Son football exige généralement une préparation estivale complète afin d’imprimer ses principes, sa méthode de travail et cette intensité physique et mentale qui constituent sa marque de fabrique. Il avait d’ailleurs refusé de reprendre Naples en cours de saison après les débuts catastrophiques de Rudi Garcia, préférant attendre l’exercice suivant. La Juventus pourrait toutefois constituer une exception en raison du lien particulier qui unit Conte au club. Reste surtout l’obstacle financier. Spalletti dispose d’un contrat supérieur à 5 millions d’euros nets par saison jusqu’en 2028, tandis que le dernier salaire de Conte à Naples tournait autour de 8 millions nets, hors bonus. Un éventuel changement d’entraîneur obligerait donc la Juve à supporter plus de 13 millions d’euros de salaires pour deux techniciens, sans même intégrer leurs staffs respectifs, alors que le club vise toujours le retour à l’équilibre financier en 2028 et devrait encore enregistrer une perte d’environ 60 millions d’euros en 2026. La Gazzetta envisage ainsi plusieurs scénarios, notamment un effort financier de Conte ou une décision exceptionnelle de John Elkann. Pour l’instant, le retour du technicien reste une hypothèse, mais après quatre journées seulement, son nom s’installe déjà dans le débat turinois.
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