À la lecture des CV des joueurs manceaux, vous comprendrez assez vite que la Ligue 1 était loin d’être une évidence pour beaucoup d’entre eux. 95% de l’effectif de la saison dernière n’a encore jamais goûté à l’élite, quand les trois quarts du groupe découvraient la Ligue 2 l’an passé. Milan Robin l’avait, lui, connue la saison d’avant sous les couleurs de Martigues, après être passé par tous les étages de la pyramide depuis le Régional 1. Aujourd’hui, sa trajectoire porte la marque d’une carrière construite méthodiquement, à rebours de ces ascensions fulgurantes de plus en plus fréquentes chez les jeunes joueurs prometteurs.

Arrivé au FC Metz en U16 (2014), devenu international tricolore quelques mois plus tard aux côtés des Ibrahima Konaté, Boubacar Kamara, Michaël Cuisance, ou encore Malang Sarr, le milieu de 26 ans mesure avec fierté le chemin parcouru : «quand je suis parti de chez moi à 12 ans, je me fixe l’objectif de jouer un jour en L1. C’est pour ce type de match qu’on quitte le domicile familial aussi tôt. J’ai eu besoin de plus de temps que certains, mais c’est ce qui m’a permis d’arriver ici. Je n’ai jamais brûlé d’étapes. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir connu la R1, N3, N2, N1, L2 et bientôt la L1.»
Il a joué sous licence amateur en touchant son chômage à Metz
Identifié comme l’un des plus gros prospects de la génération 1999 messine, il dispute ses premiers matchs en réserve dès l’âge de 16 ans, avant d’être freiné par une pubalgie qui l’éloignera des terrains pendant toute une saison. Après un an d’absence, la reprise est tout aussi brutale que l’arrêt : «je me demandais si j’étais vraiment fait pour le haut niveau, je me disais que c’était fini, avoue-t-il. J’avais 17/18 ans, mais je sentais que tout revenait moins vite. Je ne prenais plus goût à aller aux entrainements. Quand je n’étais pas dans l’équipe des titulaires à l’entraînement, je décrochais, je marchais. Je pense qu’on pouvait parler d’une petite dépression.»
À la fin de la saison - sa dernière sous contrat stagiaire pro - le flou est total. «J’étais avec la réserve qui était descendue en Régional 1. Soit je signais pro, soit le club ne me gardait pas. Finalement, Metz ne m’a pas offert de contrat pro… mais on m’a proposé de prendre une licence amateur et donc de jouer sans contrat. Le club ne voulait pas me laisser tomber.» Robin touche donc son chômage en jouant le week-end avec la réserve. Sous les ordres de Grégory Proment, qui l’a «toujours soutenu», il s’affirme comme un cadre et prend toute sa part dans la montée de la réserve messine en N2. Celui qui avait souvent été surclassé en jeunes découvre cette fois un rôle nouveau, celui de doyen du groupe, avec autour de lui des joueurs nés pour la plupart en 2000 ou 2001 comme Georges Mikautadze (Villarreal) ou Clément Akpa (Auxerre).
Pas conservé… puis finalement si
Cette année-là, un épisode va profondément façonner la suite de son parcours. «Notre capitaine était parti en prêt à la mi-saison, se remémore-t-il. À la veille d’un match contre Thaon, j’envoie un message au coach sans savoir si j’allais démarrer : "si je suis titulaire demain, je veux que tu me donnes le brassard." Il ne m’a pas répondu. En fait, j’avais besoin de retrouver une confiance, de la motivation. Le lendemain, je suis titulaire… et capitaine. On jouait la montée en National 2, on gagne le match 2-0, je marque un but et fais passe décisive. Plus tard, il me dit : "t’as eu une grosse paire de c.uilles parce que si tu n’étais pas bon sur ce match, ça aurait pu se retourner contre toi".»
Sa saison est réussie mais il apprend qu’il ne sera finalement pas conservé, avant un nouveau virage inattendu, fil rouge de son début de carrière : «le club ne voulait pas me laisser tomber et m’envoie faire un essai à Seraing, en Belgique, club satellite de Metz. Au bout d’une semaine, le club me rappelle pour signer pro un an, mais seulement pour encadrer la réserve. Donc pas de perspectives d’intégrer le groupe pro.» Le COVID passe par là, mais il se maintient en forme lors de matchs amicaux : «en fin de saison, je pars faire un essai en Serie C mais je réalise que l’adaptation va être compliquée à cause de la langue. Je préfère alors rester en France et quand Cholet (coaché par Richard Déziré, ancien entraîneur du Mans, ndlr) m’appelle, je fonce, ça me permet de grimper d’encore une division, en N1.» Il s’impose, rejoint Martigues en 2023 après deux ans, et accède à la Ligue 2 dès sa première saison avec à la clé le but de la montée, qui en appellera un autre sous les couleurs mancelles.
«On ne sera pas une équipe frileuse en Ligue 1»
Malgré une saison collective marquée par une relégation, puis même une rétrogradation en troisième division départementale, il se met en évidence. Le Mans, promu en L2, décide alors de miser sur son profil créatif. Le choix est fructueux une fois encore, et comme clin d’œil à son parcours, il inscrit à nouveau le but de la montée en L1 face à Bastia, lors de la dernière journée (0-2). C’est d’ailleurs son unique réalisation de la saison, complétée par trois passes décisives. «Il me reste encore un cap à franchir, notamment dans les statistiques, considère le natif d’Épinal. J’aime beaucoup participer à la construction du jeu, mais je dois davantage me retrouver dans les zones décisives. Même en jouant attaquant en jeunes, je n’étais pas un joueur de stats. J’ai encore envie de montrer au coach que je peux élever mon niveau, et je suis convaincu que je peux faire beaucoup mieux que la saison dernière», explique celui qui nourrit le rêve ultime de jouer la Ligue des Champions un jour.
Mais avant ça, Robin s’impatiente de pouvoir se mesurer à ce qui se fait de mieux en France, lui qui s’est d’ailleurs offert un très joli but samedi dernier face à Angers (3-2), dont il recroisera la route en L1 : «on va tout jouer pour gagner, on ne sera pas une équipe frileuse, on va se défendre avec nos armes, garder notre esprit collectif et on fera tout pour gêner, et même plus que ça, toutes les équipes. On sait qu’il faudra faire plus à tous les niveaux. On a gardé une grande partie du groupe et, au niveau des principes de jeu, on est déjà beaucoup plus avancés que l’an dernier à la même période.» Le Mans s’est habitué à faire mentir les pronostics, une tradition que les joueurs de Patrick Videira aimeraient emporter avec eux cette saison encore.
메츠
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