Après une première saison passée à apprivoiser les exigences du métier de consultant, Souleymane Diawara s’apprête à retrouver les plateaux de Ligue 1+ pour un deuxième exercice avec un regard désormais plus affûté sur le football français. L’ancien défenseur de l’Olympique de Marseille reconnaît volontiers que cette reconversion n’a pas été évidente, lui qui avait pris ses distances avec le football après sa carrière de joueur. Désormais, il regarde beaucoup plus de matches, suit l’actualité, se renseigne sur les joueurs et accepte même les critiques pour continuer à progresser. Avec son franc-parler habituel, Diawara évoque également la difficulté de rester objectif lorsqu’il faut parler de l’OM, son regard sur la nouvelle saison marseillaise et les enseignements qu’il tire de la période mouvementée vécue par le club la saison dernière. Mais son cœur reste aussi attaché à Bordeaux, le club qui lui a permis de franchir un cap dans sa carrière et avec lequel il a remporté le titre de champion de France en 2009. Face à la situation actuelle des Girondins, l’ancien international sénégalais ne cache pas sa tristesse et espère encore voir le club retrouver rapidement l’élite.

« Au début, je n’étais pas forcément objectif avec l’OM »
Foot Mercato : Souleymane, tu entames ta deuxième saison comme consultant sur Ligue 1+. Comment te sens-tu aujourd’hui dans ce nouveau rôle ?
Souleymane Diawara : au début, ça n’a pas été simple parce que c’était un monde que je découvrais. Je me suis rapidement aperçu que c’était un vrai métier. De l’extérieur, on peut penser qu’il suffit d’avoir un micro, de parler et de donner son avis. Mais il y a énormément de travail derrière. Au départ, je n’en avais pas forcément conscience. J’étais aussi un peu déconnecté du football et il fallait que je me remette dedans. Je ne regardais pas tous les matches, donc c’est difficile de parler d’un joueur quand tu ne le regardes pas jouer régulièrement. Mais au fil de la saison, je suis monté crescendo et ça allait de mieux en mieux. Je pense qu’il y a encore une grosse marge de progression, mais aujourd’hui je prends beaucoup plus de plaisir dans ce rôle.
FM : comment tu te prépares désormais avant un match ? As-tu remplacé les rituels du joueur par ceux du consultant ?
SD : je regarde énormément de matches. Je regarde tout ce qui se passe sur Internet, je me renseigne sur les joueurs, les recrues, ceux qui arrivent, ceux qui partent. Je consulte aussi des sites comme Transfermarkt pour avoir toutes les informations. C’est beaucoup de travail et surtout beaucoup de matches. Matchs, matchs, matchs ! Alors qu’avant, je ne regardais quasiment jamais de rencontres en dehors des grosses affiches du week-end. Aujourd’hui, je prends même du plaisir à regarder des matches de Ligue 1, de Ligue 2 et même de Ligue 3.
FM : est-ce que tu as retrouvé une forme de passion pour le football grâce à ce métier ?
SD : ça reste le monde du football et c’est probablement l’une des meilleures choses que l’on puisse faire après une carrière de joueur. Tu restes dans un univers que tu connais, mais avec un regard différent.
FM : les critiques sur les réseaux sociaux peuvent parfois être très violentes. Est-ce que tu as appris à les gérer ?
SD : la critique fait partie de la progression. S’il n’y a jamais de critique, tu risques de rester sur tes acquis. Moi, je ne suis pas vraiment sur les réseaux sociaux, donc je ne vais pas forcément chercher les critiques. Ce sont souvent les gens qui viennent me les rapporter. Après, il faut les assumer. Si ce que tu as dit n’était pas bon, il faut être capable de le reconnaître. Personnellement, quand on me critique, je me dis que je connais mes limites et qu’il y a peut-être quelque chose à travailler. J’aime les critiques, même si évidemment ça ne fait jamais plaisir sur le moment.
FM : tu évoques justement le fait de progresser. Est-ce que certaines critiques ont déjà changé ta manière d’analyser ou de t’exprimer ?
SD : quand tu débutes, tu fais des erreurs et tu apprends. Tu écoutes les retours, tu regardes ce qui fonctionne ou non et tu ajustes. C’est exactement comme lorsqu’on était joueur. Tu ne peux pas penser que tu sais tout dès le départ.
FM : quand on devient consultant, il y a aussi la question de l’objectivité. Pour toi, qui as joué à l’OM, est-ce difficile de porter un regard neutre sur le club ?
SD : c’est compliqué. Au début, je pense que je n’étais pas forcément objectif avec l’Olympique de Marseille. Quand tu viens de commencer et que tu dois parler du club de ton cœur, ce n’est pas évident. Je ne savais même pas au départ si j’allais vraiment apprécier ce métier. Puis, au fil du temps, en écoutant les avis des autres et en essayant de prendre davantage de recul, je suis devenu de plus en plus objectif. Vers la fin de la saison, je pense que j’arrivais beaucoup mieux à analyser Marseille sans laisser mes sentiments prendre le dessus.
FM : est-ce que tu penses que ton passé marseillais peut malgré tout être une force dans ton rôle de consultant ?
SD : je connais la pression qui existe autour de ce club. Je sais ce que signifie jouer à Marseille, ce que représente le maillot et ce que les joueurs peuvent ressentir dans certaines situations. Mais justement, il faut utiliser cette expérience pour mieux comprendre les situations et pas pour manquer d’objectivité.
« À Marseille, tout peut aller très vite »
FM : pour parler justement de l’OM, comment sens-tu cette nouvelle saison ? L’été est assez particulier à Marseille, notamment avec peu de mouvements dans le sens des arrivées.
SD : c’est un été très particulier. Pour le moment, il n’y a pas beaucoup de recrues, notamment parce qu’il y a beaucoup de joueurs sous contrat. Mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose parce que l’OM a quand même conservé une petite colonne vertébrale. Il va y avoir du changement au poste de gardien mais il y a aussi des joueurs de qualité dans l’effectif. Je pense surtout qu’il faut repartir de zéro et peut-être revoir les objectifs à la baisse pour mieux travailler. Je ne sais pas si c’est aussi une manière d’enlever un peu de pression, mais je trouve que la communication a été bonne.
FM : tu as regardé les matches de préparation. Est-ce que ce que tu as vu te donne confiance pour la suite ?
SD : j’ai regardé les matches de préparation et j’ai trouvé une équipe de l’OM très dangereuse. Avec ce que j’ai vu, on peut déjà avoir confiance en cette équipe. Ce qui est bien, c’est que le coach a décidé de jouer tous les matches. C’est très important pour créer une dynamique et permettre aux joueurs de prendre des automatismes.
FM : tu connais mieux que quiconque la pression marseillaise. Pourquoi l’OM peut-il parfois passer du très bon au très mauvais en seulement quelques jours ?
SD : il faut toujours être patient. Tu ne peux pas rester sur tes acquis. Il faut toujours avancer et continuer à travailler. À Marseille, tout peut aller très vite. Tu peux faire une très bonne série, tout le monde est content, puis connaître une période plus compliquée et avoir l’impression que tout s’écroule. C’est aussi lié à la pression qui existe autour de ce club. La saison passée, je me souviens avoir demandé à des personnes que je connais dans le club, ce qui se passait et si les salaires avaient été payés, ou des primes retirées. Quand tu vis ça de l’intérieur, tu comprends à quel point un groupe peut être déstabilisé très rapidement. Personne n’a une saison simple et à Marseille, tout peut s’accélérer du jour au lendemain.
FM : on va terminer par Bordeaux, un club qui compte énormément dans ta carrière. Comment vis-tu la situation actuelle des Girondins ?
SD : c’est triste. Ça fait mal au cœur. Bordeaux, c’est le club qui est venu me chercher, qui m’a accueilli. J’ai créé des liens très forts avec les gens du club et avec tout ce qui entourait Bordeaux. C’était un club magnifique. On avait gagné des trophées, on formait une vraie famille. Donc forcément, voir Bordeaux s’écrouler comme ça, ça fait mal. Je reste supporter de tous les clubs dans lesquels je suis passé et je regarde leurs résultats. Alors voir un grand club comme Bordeaux se retrouver dans une situation où il risque de descendre très bas, ça fait forcément quelque chose.
FM : est-ce que tu arrives malgré tout à être optimiste pour l’avenir des Girondins ?
SD : il faut être optimiste. On a vu d’autres clubs connaître des situations très compliquées avant de remonter. Strasbourg l’a fait, Lens l’a fait, Bastia aussi a connu des périodes difficiles. Il faut rester optimiste, même si ce sera évidemment très compliqué. Il y a encore la décision de la DNCG et j’espère surtout que l’investisseur qui s’est manifesté pourra aller au bout de son projet et racheter le club. J’espère qu’il fera le nécessaire pour remettre Bordeaux à sa place, c’est-à-dire dans l’élite. Un club comme Bordeaux mérite de retrouver le haut niveau.
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