Foot Mercato : tu es arrivé l’été dernier à Dijon et ton club lutte pour la montée en L2. Raconte-nous tes débuts en Bourgogne.

Waly Diouf : ça s’est très bien passé, dans l’ensemble. Je suis arrivé en cours de prépa, je n’ai pas eu le temps de faire des matchs amicaux avec l’équipe, mais bon, j’ai été bien reçu, que ce soit par les coéquipiers, certains que j’avais déjà affrontés au cours de ma carrière. J’ai été bien reçu, aussi, par le staff, et voilà, ça a facilité grandement mon intégration. Et j’ai senti un club stable, une équipe stable, parce que le coach était déjà là l’année d’avant, la direction aussi, président, directeur général, et il y avait déjà une ossature de joueurs, quoi, donc on ne partait pas de zéro, et ça m’a aidé personnellement à pouvoir m’exprimer sur le terrain.
FM : comment ça se passe quand on passe d’un club en perdition comme Nîmes à Dijon qui joue les premiers rôles en National ? Y a-t-il un gros changement ?
WD : pas trop, parce qu’au final, la barre, personnellement, je l’ai toujours mis haut. Depuis que je suis dans le championnat avec Versailles, j’ai eu l’occasion de jouer pour la montée. On l’a raté sur la fin. À Nîmes, dans un contexte totalement différent, on a dû se battre pour le maintien pendant deux années. Une année, ça m’a souri, pas l’autre. Retrouver cet été un projet ambitieux, c’était ma priorité. Je ne pensais pas à un projet aussi ambitieux, parce que le cadre était posé, les ambitions étaient posées, affichées, on ne s’est jamais cachés. Mais ça fait du bien de retrouver de l’exigence, de la compétition et de l’envie d’aller plus haut, parce que ça correspondait aussi avec mes ambitions personnelles. Souvent, quand les ambitions personnelles et collectives se rejoignent, ça fait souvent un bon ménage.
FM : ç’a été un soulagement de passer d’un club en galère à un club qui a de grosses ambitions pour remonter en Ligue 2 ?
WD : un soulagement, on peut le dire, parce que quand on travaille toute l’année personnellement, quand on s’investit, quand on donne de son temps, de sa sueur, de son énergie sur le terrain et en dehors, ça fait du bien. Ça fait du bien d’avoir de la visibilité, que ça soit vu, que ça soit récompensé. Et je pense que d’être là où je suis aujourd’hui à Dijon, ça vient récompenser le travail que j’ai fait les années précédentes dans mes clubs précédents.
FM : en quittant Nîmes, est-ce que tu as eu peur de ne pas retrouver un club ambitieux ?
WD : il y a toujours des craintes, parce qu’être assimilé à une descente, même si le foot, ça reste un sport collectif, ce n’est jamais bon pour son CV. Donc forcément, il y a des interrogations, des petites inquiétudes, parce que les téléphones sonnent moins quand on descend malheureusement que quand on fait une montée ou une saison exceptionnelle d’un point de vue collectif. Mais d’un autre côté aussi, j’étais serein sur le travail que j’avais fait, comme je disais, les années précédentes et surtout l’année dernière. Et je suis content que ce travail ait été reconnu par le DFCO. J’essaie de leur rendre la confiance accordée chaque fois que je mets un pied sur le terrain.
Objectif Ligue 2 avec Dijon
FM : Dijon a fini deux fois de suite quatrième de National, donc a raté la montée de peu. Est-ce que cette année, les dirigeants vous ont mis un peu plus de pression ?
WD : clairement. Les objectifs étaient affichés, même dans les négociations. Dans les premiers échanges avec le staff, avec la direction, on a toujours parlé de Ligue 2, en toute humilité, parce que c’est super dur de sortir du championnat homogène du National. Mais il faut appeler un chat à un chat. Un club comme Dijon, pour moi, il n’a rien à faire en National et il a tout intérêt financièrement, économiquement et même sportivement à remonter en Ligue 2, au minimum.
FM : quel club fait figure d’autre favori avec vous pour la montée ?
WD : bonne question. Il y aura la réponse dans deux mois. Mais je vois bien Sochaux nous accompagner. Oui, ça serait un peu le retour en Ligue 2 de deux clubs forts, deux clubs identifiés, deux clubs, pour moi, qui doivent jouer au-dessus. On a fini la phase aller, donc on a affronté tout le monde. Je vois bien Sochaux nous accompagner. Mais maintenant, attention à Rouen, parce que c’est une équipe qui ne lâchera rien et qui ne lâche rien. Ça fait partie de leur ADN. Mais voilà, sans faire de langue de bois, on se concentre sur nous-mêmes.
FM : toi qui as joué à Versailles, un jeune club, tu ressens plus la pression maintenant que tu es à Dijon ?
WD : on la sent. Déjà, on est le DFCO. Avec tout le respect que j’ai pour Versailles, quand on se déplace et qu’on fait partie du DFCO, les adversaires ont envie de nous taper. C’est le jeu. Et d’autant plus quand on joue les premières places. Donc là, ils ont une double motivation. On sait que chaque match, l’adversaire va donner encore plus que son maximum. Donc si on n’est pas en alerte, si on n’est pas minimum à 100%, ça coince. Surtout dans un championnat où il n’y a pas trop de logique, des fois. Donc là, on rentre dans le sprint final, il reste une dizaine de matchs. Il n’y a que des finales qui arrivent.
FM : au sein du National, il y a un club qui a beaucoup fait parler : le SM Caen de la famille Mbappé. Comment as-tu perçu ce club en début de championnat ? Comme un concurrent ?
WD : forcément qu’on voit Caen descendre de Ligue 2 cet été avec les moyens qu’ils ont et je peux même citer Valenciennes aussi l’année dernière. Parce que Valenciennes, c’est un club filial de Southampton en Angleterre, donc c’est des clubs financièrement très puissants par rapport à ce qui se fait en National. On se dit que ça sera tout sauf une partie de plaisir pour remonter. Parce que la bataille va se faire peut-être à la 6, à 7 parce qu’il y a d’autres clubs un peu moins médiatisés, mais qui connaissent le championnat. Je pense que ce qui fait la force aujourd’hui des clubs comme Dijon, Sochaux et Rouen à être devant, c’est peut-être aussi cette connaissance du championnat. Ça fait pas mal d’années qu’ils existent.
FM : revenons un petit peu sur ton passage à Nîmes où tu es resté deux saisons (entre 2023 et 2025). Qu’est-ce qui te fait aller à Nîmes ? Est-ce que la situation est déjà préoccupante quand tu arrives ?
WD : ce qui me fait aller à Nîmes, c’est que c’est un club qui vient de descendre de deuxième division à l’époque. Ils sont descendus la même année que le DFCO pour l’anecdote. Donc, je me dis forcément un projet ambitieux qui se met en place, un projet de remontée dans l’immédiat. C’est le discours de tous les clubs qui descendent souvent. Malheureusement, j’arrive dans un club malade. Je n’ai pas pu connaître la ferveur dont tout le monde m’a parlé aux Costières, ou même maintenant aux Antonins, ou même en National 2.
FM : au bout de la première année, tu te dis qu’il faut peut-être que tu t’en ailles ? Ou est-ce que tu te dis que tu vas t’accrocher ?
WD : en fait, j’arrive avec un contrat de deux ans. La première année, on lutte pour le maintien. Je ne m’attendais pas à lutter pour le maintien. Je pense que je m’attendais à vivre une saison un peu plus tranquille. On se maintient sur la fin, avec le retour du public sur les derniers matchs, un changement de coach en avril, etc. Je me dis que la dynamique est positive. On va essayer de surfer sur cette dynamique de fin de saison pour repartir de plus belle sur celle d’après. Mais malheureusement, les maux persistent. Je dirais que ça s’aggrave parce qu’on finit par descendre l’année suivante. L’expliquer, même aujourd’hui, ça serait compliqué. Mais voilà, on finit dans les deux derniers la saison dernière et le club redescend en National.
FM : faisons un bond en arrière dans ta carrière. Tu as quitté la France à 20 ans pour signer ton premier contrat pro à Leganés en 2017. Quelle a été ta motivation pour signer pro à l’étranger après être passé par l’OL et Auxerre ?
WD : c’est l’opportunité. La même année, j’ai eu la chance de faire la CAN (U20) et la Coupe du Monde (U20) avec mon pays d’origine, le Sénégal, en 2017. Et je n’ai pas de propositions de contrat pro en France durant cette saison-là. Et il y a Leganés, en Espagne, il y a un challenge intéressant parce qu’ils m’observent, ils me voient, ils me sollicitent. Et voilà, ça me parle. Donc, je dirais plus un concours de circonstance qui m’amène à signer mon premier contrat pro à l’étranger.
FM : tu signes pro à Leganés, mais tu quittes le club au bout d’un an en 2018 ?
WD : c’est ça, oui. C’est un choix personnel parce que j’avais signé trois ans, mais le mariage ne fonctionnait pas, ça ne se passait pas comme prévu. J’avais des aspirations d’être avec professionnelle qui était en Liga, au moins pour les entraînements, au moins avoir quelque chose à se mettre sous la dent, de la considération. Malheureusement, c’était cantonné à l’équipe réserve, donc il n’y avait pas trop de perspectives d’avenir pour moi. Je l’ai vu de senti au bout de six mois. Et voilà, j’ai dû commencer mon road trip à ce moment-là, à 21 ans.
FM : ce n’est pas simple non plus pour un jeune qui vient de signer son contrat pro de faire ses bagages un an après. Tu as douté à ce moment-là ?
WD : c’est ça. Ce n’est pas facile parce que forcément, on est déçu, parce qu’on se fait un constat d’échec. La déception, elle vient entre guillemets du club, de soi-même, ça permet de faire une remise en question. Mais on se rend compte que les perspectives n’ont pas été respectées de la part du club. Pas les promesses, parce que les promesses dans le foot, je n’y crois pas. C’est dommage, mais c’est de l’expérience engrangée, c’est un nouveau pays de football que j’ai pu connaître. Et ça m’a peut-être servi, sans aucun doute même, à devenir l’homme et le joueur que je suis aujourd’hui.
«Moi, je n’avais jamais croisé de Lituaniens dans ma vie»
FM : la suite est assez atypique parce que tu quittes l’Espagne et Leganés pour filer en Lituanie, à Palanga (2018).
WD : c’est ça, sans transition. En fait, à ce moment-là, je veux quitter l’Espagne, parce que l’équipe réserve de Leganés était en 4e division. On me propose de rester en Espagne, en troisième, quatrième division. Je dis non. Ce n’est pas contre eux, mais avec l’expérience que j’ai eue, je voulais voir autre chose. Et le peu de visibilité que m’a donné Leganés ne m’a pas permis de rebondir facilement, même en France. À l’international, à cette époque-là, c’était difficile. Donc on active les réseaux, à gauche, à droite. Et le choix s’arrête en Lituanie, parce qu’il y a un projet sportif clair, dans le sens où je suis dans un club, ils me font jouer, et c’est le deal. Et dans l’espoir de rebondir, dans les pays limitrophes, comme la Russie qui n’est pas loin. La guerre en Ukraine n’a pas commencé, donc c’était un championnat encore intéressant. Il y avait la Pologne aussi, donc je me dis que c’est peut-être reculer pour mieux sauter.
FM : c’est quoi le niveau du championnat lituanien ? Comparé à la France, c’est à quel niveau ?
WD : si on peut faire le parallèle avec la France, c’est entre la N2 et la N1 pour les bonnes équipes. Quand je dis « bonnes équipes », je parle de celles qui font les barrages pour les coupes d’Europe.
FM : et du coup, où se situait Palanga ?
WD : on jouait le maintien, donc je dirais une équipe de National 2 en France, 4e division.
FM : tu découvres un nouveau championnat et tu découvres aussi une nouvelle culture. Tu as 21 ans, ça se passe comment en Lituanie ?
WD : paradoxalement, ça se passe super bien. J’ai été très bien reçu. J’étais dans une magnifique ville balnéaire, thermale. Et ils m’ont mis à l’aise. Et franchement, on était avec d’autres Français. On a été très bien reçus. Ça se passait bien sur le terrain et en dehors. Dans la ville, on n’a jamais eu de problème. Bien sûr, on avait des a priori avant d’arriver parce qu’on se demande comment c’était la Lituanie. Moi, je n’avais jamais croisé de Lituaniens dans ma vie avant d’y aller. Et on se dit que c’est l’ancienne URSS, etc. Mais au final, rien à voir. Les gens super accueillants, super heureux d’avoir des Français et ça aide sur le terrain.
FM : après, changement de continent. Tu arrives en Afrique, dans un club qui est un peu plus connu en Europe, le Club Africain. Après l’Espagne et la Lituanie, comment tu te retrouves en Tunisie ?
WD : c’est opportunité parce que j’ai fait six bons mois en Lituanie. C’était le deal. Il y a quelques intérêts, mais pas d’offres concrètes. Ça parlait un peu avec une équipe au Kazakhstan, en Pologne. L’offre que je reçois, ça vient de Tunisie donc, je me dis que c’est peut-être l’opportunité. Il y avait un bon contrat financièrement à la clé. Je me suis rapproché de la France parce que Paris-Tunis, ça se fait en deux ou trois heures. C’est un club reconnu qui faisait la Ligue des champions africaine. Donc, je me dis, pourquoi pas continuer la progression là-bas ? Ça reste mieux que la Lituanie. Il y a un petit peu plus de visibilité. De Tunisie, peut-être aller en Turquie, ça se faisait, ou même dans les pays du Golfe. Donc, je prends cette décision-là que je ne regrette pas.
FM : tu as vécu toutes ces expériences loin de chez toi très jeune, notamment le fait d’aller dans un championnat totalement inconnu comme celui de Lituanie. Tu n’as pas eu peur ?
WD : non, je comprends ta question, mais pas du tout. Franchement, j’ai toujours aimé bouger, voyager. Là, je pense qu’avec le foot, on est des nomades au final. On quitte le domicile à 13-15 ans pour partir moins loin, dans les centres de formation, dans les centres de préformation. On est habitué à bouger. La valise, elle est toujours entre-ouverte. Je m’amuse souvent à dire que c’est des pays que je n’aurais jamais eu l’occasion de découvrir sans le football. Découvrir la culture, la façon de voir la vie, de voir le football aussi, de ressentir comment les gens y vivent au quotidien. Ça ne m’a jamais effrayé parce que j’ai toujours été concentré sur moi-même et je me disais que c’est une opportunité aussi parce que dans ce pays-là. Une carrière, c’est court et il faut prendre ce qu’il y a à prendre pour avancer.
FM : en France, on connaît les ambiances en Algérie, au Maroc, les ambiances chaudes comme ça. En Tunisie, c’est pareil, c’est chaud aussi ?
WD : oui, c’est pareil. C’est pareil surtout pendant les gros matchs. Pendant les gros matchs de Ligue des champions africains ou le derby contre l’Espérance de Tunis ou l’Étoile du Sahel. C’est des grosses ambiances, des fois même plus grosses qu’en France. Ça ressemble vraiment à des stades comme, par exemple, Bollaert ou Geoffroy-Guichard où les gens viennent vraiment pour pousser leur équipe. Ils ne viennent pas en spectateur, ils viennent en supporter. Ça fait aussi partie du choix, parce que quand tu as l’opportunité de jouer dans ces clubs-là, tu te dis que dans une carrière, ça ne se refuse pas. On fait du foot pour des émotions. Des émotions diverses et variées, mais tu en retrouves dans ces clubs.
FM : il y a la ferveur au stade, mais est-ce que les supporters, un peu comme on peut voir à Marseille, venaient un peu vous taquiner, vous mettre en pression ?
WD : oui, totalement. Le lien avec Marseille, il est peut-être du fait que ce soit des clubs autour de la Méditerranée. C’est des gens qui, au-delà de ça, sont actifs dans le club d’un point de vue, comment dire, dans le capital. C’est des socios, ils investissent dans le club, donc ils sont actionnaires. Et même sans ça, ils aiment bien avoir un droit de regard, des commentaires, etc. Quand ça se passe bien, tu peux être le roi du pétrole, mais quand ça se passe mal, c’est mieux de faire profil bas et de bosser, parce que même le moindre match nul, on marche sur des braises là-bas. Je suis arrivé en septembre 2018 et en octobre 2018, il y avait les 99 ans du club, pardon. Ils sont venus au centre d’entraînement avec des fumigènes, voir juste une séance d’entraînement, mais c’était le jour de l’anniversaire et c’était dingue. On ne s’entendait même pas parler, on se croyait en match. C’est des gens qui aiment leur club et ils vivent pour leur club. Ils font des sacrifices pour leur club et ils ont le sang rouge et blanc qui coule dans leur veine.
FM : après l’Espagne, la Lituanie et la Tunisie, tu t’es dit qu’il fallait faire un autre pays. Tu es parti en Tchéquie, à Jihlava en 2020. Mais tu n’y restes que quelques mois.
WD : oui, quelques mois. Malheureusement, j’arrive en période Covid. Je vais signer en février 2020. Juste avant le confinement mondial, la quarantaine, etc. Le championnat a arrêté. On a pu le reprendre, à la différence de la France, où ça s’est gelé, c’était comme ça. On a pu le reprendre, sorti de confinement, vers le mois de mai. On a fini en décalé en juillet et août. Un club de deuxième division qui avait l’objectif de monter en première division. C’était un challenge qui me parlait, intéressant. Malheureusement, on n’atteint pas cet objectif-là, de monter en première division. Personnellement, je passe le confinement seul, à l’étranger. C’est ce qui m’amènera, dans ma réflexion, à dire que c’est peut-être le moment de rentrer au bercail, de rentrer en France. Je me voyais mal rester en deuxième division, encore une pige. Je me dis que c’est le moment de rentrer en France, sans certitude, sans garantie, parce que je n’avais pas de contact ni de négociation avec un club, que ce soit en National ou en National 2. Je me dis qu’on rentre, on se rapproche de la famille, et on repart.
FM : parmi toutes tes expériences à l’étranger, j’imagine que ça a dû t’apporter énormément au-delà du jeu. Quelle expérience t’a le plus marqué ?
WD : elles m’ont toutes marqué, honnêtement. Je dirais peut-être la Tunisie un peu plus, parce que j’y suis resté 18 mois, un peu plus de temps. Mais à leur échelle, elles m’ont toutes marqué positivement. J’en garde le meilleur de chaque expérience. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis peut-être un peu plus mature que d’autres à 28 ans, parce que j’ai vu pas mal de choses, j’ai voyagé, j’ai parcouru un peu le monde. Je suis calé, et ça fait du bien, un peu de sérénité, un peu de tranquillité à Dijon aujourd’hui.
FM : chez les Diouf, il n’y a pas que Waly qui a percé dans le monde professionnel. Il y a aussi ton petit frère Andy qui joue à l’Inter et ton ainé Jules qui évolue au Luxembourg. Il y a le gène du foot chez les Diouf ?
WD : il y a une famille de sportifs, des parents qui aiment le sport jusqu’à présent.
FM : ils étaient sportifs de haut niveau ?
WD : non, pas au haut niveau, mais ils ont toujours aimé le sport, aimé en regarder, aimé en pratiquer. Nous, dès le plus jeune âge, ils ne nous ont même pas mis le pied à l’étrier. Au final, ça s’est fait naturellement. En allant voir le grand frère, en jouant dans la cour de récré, en jouant en bas de la maison. Ça s’est fait naturellement. C’est une fierté, parce qu’avoir une fratrie qui joue au foot, ce n’est pas commun.
FM : du coup, la question pratique qu’on a déjà dû te poser plein de fois, c’est comment font tes parents pour suivre tout ce petit monde ?
WD : ils sont beaucoup en déplacement, surtout depuis qu’ils sont à la retraite, depuis deux ans. Ils sont beaucoup à gauche, à droite. Ils ne peuvent pas se démultiplier, mais ils essayent d’être à Milan pour soutenir le plus petit, venir à Dijon parce que c’est pas loin de Paris, et aller au Luxembourg aussi accompagner mon frère dans sa fin de carrière sportive. C’est que du kiff pour eux parce qu’ils se sont pris au jeu, ils aiment venir au match, ils aiment donner des conseils, ils aiment parler foot, regarder du foot. Le foot, ça prend une grande place à la maison des Diouf.
Le clan Diouf
FM : le dernier, Andy, a gagné la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Paris 2024. Il a signé à l’Inter l’été dernier. Il faut un peu lui éviter la grosse tête au frangin ?
WD : non (rires), je pense que le frangin, il a les pieds sur terre, il est bien entouré, il a la chance d’avoir une famille qui s’y connaît, qui pratique, qui s’y intéresse. Donc les pieds sur terre, il les a. Et il voit aussi dans nos parcours respectifs, que ce soit à moi, mon grand frère, qu’il n’y a rien de facile dans la vie et dans le foot. Les notions, de rigueur et d’humilité sont dans la famille de manière générale. C’est facile pour lui, c’est la suite logique. On ne se gardera pas de lui dire s’il déraille (rires), mais pour l’instant, RAS.
FM : es-tu en contact permanent avec tes frères ?
WD : depuis toujours. On échange sur nos carrières. On a la chance de faire le même métier. Des fois, ça peut être utile pour entendre et donner des conseils. On sait de quoi on parle tous les trois.
FM : quand Andy est passé de Lens à l’Inter, ça s’est passé comment ? Il y a eu un conseil familial ?
WD : ça se passe de manière fluide parce qu’on échange régulièrement sur tous les sujets. Quand vient le mercato, on sait qu’il y a plus de sujets, de négociations. On en parle toujours en famille avec les parents, même s’ils ne sont pas professionnels. Des fois, c’est bon d’avoir des avis extérieurs pour avoir plus de hauteur, surtout des avis de parents qui ont roulé leur bosse. On en parle entre frères, on peut entrer un peu plus dans le détail. C’est une chance qu’on a entre nous.
FM : vous avez dit à Andy de foncer quand l’Inter s’est présenté, parce que la marche était haute quand même ?
WD : il y a eu d’autres approches. Il y avait Burnley qui était chaud en Angleterre, mais il ne sentait pas le truc. Les statistiques montrent que les équipes qui montent de Championship descendent. Bon, Sunderland va nous faire mentir cette saison, mais sportivement, son argument s’entendait. Personnellement, je lui avais dit : « s’il n’y a rien qui te parle, tu sais que tu es au RC Lens, tu n’es pas nulle part. Si tu dois faire une saison de plus, fais-la ». Il commence la saison, il fait le premier match contre Lyon et ça se passe super bien. Et pour l’anecdote, c’est à ce match-là que l’Inter était présent et a décidé de passer la vitesse supérieure. Là, je lui dis : « écoute, quand il y a un tel club qui vient, qui met une telle somme sur toi, avec un contrat de cinq ans, à un moment donné, il faut y aller. » Aujourd’hui, il s’acclimate, il prend de plus en plus de temps de jeu, il marque quelques buts et tout le monde est content.
FM : ç’a été dur au début de le voir jouer peu en début de saison ?
WD : non, on s’y attendait. C’était le plan, l’adaptation. Le championnat italien, c’est très particulier. Ce n’est pas l’Allemagne ou l’Angleterre où tu arrives le vendredi et tu joues le samedi. Là-bas, tout est hiérarchisé. Il y a un peu plus d’attentes, mais il a toujours bossé en silence. Quand ça a payé avec son but en Ligue des Champions ou son but en coupe, entendre les partenaires et son coach dire qu’ils n’avaient pas de doutes sur Andy, c’est gratifiant parce que ça montre que ça a payé.
FM : en revanche, l’élimination en C1 contre Bodo/Glimt, ça a dû être dur à encaisser.
WD : oui parce qu’ils étaient vice-champions d’Europe, mais c’est une année de transition. Il y a un nouveau coach, beaucoup de joueurs sont en fin de cycle. On savait que c’était une année un peu à cheval. Après, il n’y a rien à dire, ils sont tombés sur une équipe qui les a battu à l’aller et au retour. Ils sont tombés contre meilleurs qu’eux, contre peut-être l’une des plus belles équipes à voir jouer cette saison.
FM : on va finir en revenant sur toi. À 28 ans, tu es encore loin de la retraite, mais penses-tu déjà à ton après-carrière ?
WD : forcément, on y pense. Anticiper, c’est toujours mieux. Rester dans le monde du foot, ça me plairait bien. Je ne sais pas encore dans quel rôle. Pas forcément sur le terrain dans un premier temps. Quand je dis sur le terrain, c’est en tant que coach ou adjoint. Pourquoi pas aider un club à se structurer. Travailler avec les jeunes, j’aime bien tout ce qui est formation. La formation, c’est l’essence du foot. On a la chance d’être dans un pays où il y a un vivier. Rester autour des terrains, jamais loin d’un ballon.
Дижон
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