L’été de l’AC Milan a pris des airs de révolution. Quelques semaines seulement après un exercice particulièrement décevant, le club lombard a décidé de rebattre profondément les cartes au sein de son organisation, avec les départs de Giorgio Furlani, Geoffrey Moncada et Igli Tare et une nouvelle architecture pensée autour de Gerry Cardinale. Le propriétaire américain de RedBird a choisi de reprendre une place beaucoup plus importante dans les décisions quotidiennes, avec Massimo Calvelli installé au poste de directeur général et appelé à jouer un rôle central dans les opérations de marché. L’objectif affiché est de mettre fin aux luttes de pouvoir et aux hésitations qui ont marqué les derniers mois, tout en construisant une structure plus resserrée et plus directement connectée aux besoins de l’équipe première. Le changement est donc autant institutionnel que sportif, avec Cardinale au sommet de la pyramide et une chaîne décisionnelle volontairement raccourcie pour permettre au Milan de repartir rapidement sur de nouvelles bases.

Cette nouvelle organisation tranche également avec les habitudes du football italien. Aucun directeur technique ni directeur sportif traditionnel n’a été nommé, Cardinale préférant s’appuyer sur une équipe déjà présente au club et sur un fonctionnement proche du modèle qu’il connaît notamment à Liverpool. Hendrik Almstadt est chargé du player trading et des opérations de transfert, tandis que Bobby Gardiner occupe une fonction de directeur de la Football Intelligence et travaille étroitement avec Rúben Amorim pour identifier les profils correspondant aux exigences du nouvel entraîneur. Donato Lomonte reste à la tête du scouting, avec une équipe d’observateurs répartie notamment en Italie, en Angleterre, en France, en Argentine, aux Pays-Bas et en Belgique. Jovan Kirovski conserve la responsabilité de Milan Futuro et Vincenzo Vergine celle du secteur jeune. Surtout, Amorim bénéficie d’un poids conséquent dans les choix sportifs, lui qui a été recruté pour imposer un système et une identité très précis. Cette nouvelle méthode s’est rapidement traduite dans les actes. Alors que la Serie A reste confrontée à des difficultés économiques importantes et que de nombreux clubs italiens doivent composer avec des marges de manœuvre limitées, le Milan s’est lancé dans une politique d’investissement particulièrement agressive, avec Gonçalo Ramos, Mario Gila puis Diego Moreira comme symboles de cette nouvelle ambition.
Un mercato de tous les records
Les chiffres donnent immédiatement la mesure du changement de dimension. Gonçalo Ramos, recruté au PSG pour une opération estimée autour de 70 millions d’euros, est devenu le transfert le plus cher de l’histoire du Milan, dépassant très largement les 49,5 millions d’euros correspondant au coût historique de Rafael Leão. Quelques jours plus tard, Mario Gila est arrivé de la Lazio pour 30 millions d’euros bonus compris, confirmant la volonté du club de cibler des joueurs capables d’intégrer immédiatement le onze d’Amorim. Et le dossier Diego Moreira, attendu depuis Strasbourg, illustre encore davantage cette nouvelle stratégie. Comme nous vous le révélions en exclusivité, le Milan a trouvé un accord autour de 45 millions d’euros fixes auxquels pourraient s’ajouter jusqu’à 20 millions de bonus. L’opération pourrait ainsi propulser le montant investi sur ces trois dossiers à près de 200 millions d’euros selon les bonus et les différentes composantes des opérations. Un niveau de dépense inédit pour les Rossoneri, qui n’avaient encore jamais atteint les 200 millions d’euros investis sur un seul mercato. Après avoir longtemps privilégié une politique de recrutement fondée sur des jeunes profils à forte valeur potentielle et des opérations relativement mesurées, le club accepte désormais de payer beaucoup plus cher pour répondre immédiatement aux demandes de son nouvel entraîneur. Cette frénésie n’est pourtant pas le fruit d’un simple coup de folie de la propriété.
L’AC Milan dispose aujourd’hui de bases financières bien plus solides qu’au moment où RedBird a pris le contrôle du club. La première évolution majeure est intervenue cet été avec la sortie officielle du club du régime de settlement agreement de l’UEFA. Après avoir été sanctionné dans le cadre de l’ancien dispositif de fair-play financier mis en place à la suite des difficultés de l’ère Yonghong Li, le Milan a atteint l’objectif final fixé par l’instance européenne et n’est désormais plus soumis à cet accord de surveillance spécifique. Dans le même temps, Gerry Cardinale a achevé le remboursement du financement accordé par Elliott Management lors du rachat du club. Le fonds américain, qui avait fourni 550 millions d’euros de financement vendeur lors de la vente de 2022, a totalement quitté son investissement après une opération de refinancement, laissant RedBird sans cette obligation financière envers l’ancien propriétaire. Enfin, le travail réalisé ces dernières années sur la structure économique du club a porté ses fruits. Le Milan a enregistré une troisième année consécutive de bénéfices en 2025, avec des recettes atteignant 494,5 millions d’euros, après plusieurs exercices de progression financière sous la gestion d’Elliott puis de ses dirigeants, notamment Ivan Gazidis et Giorgio Furlani. Autrement dit, le Diavolo milanais peut désormais dépenser sans avoir besoin de réaliser immédiatement une énorme vente pour équilibrer son mercato. Ce changement de logique explique en grande partie pourquoi le club peut aujourd’hui investir massivement sur Ramos, Gila et Moreira tout en assumant une stratégie beaucoup plus ambitieuse sur le marché.
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