Après dix années loin du monde du football, Philippe Mexès s’apprête à retrouver la Ligue 1 avec un micro à la main. L’ancien défenseur de l’AJ Auxerre, de l’AS Roma, de l’AC Milan et de l’équipe de France rejoint Ligue 1+ pour cette nouvelle aventure, aux côtés notamment d’Adil Rami. Une reconversion qui n’était pas forcément attendue, mais qui répond à une envie nouvelle pour l’ancien international français, longtemps resté à l’écart du tumulte médiatique après avoir raccroché les crampons. Porté par l’expérience d’un podcast qui lui a permis de sortir progressivement de son confort et de retrouver le goût du collectif, Mexès a finalement accepté de replonger dans un univers qu’il connaît intimement, mais qu’il va désormais observer depuis l’autre côté de la ligne. Plus réservé que son nouveau partenaire de plateau, il entend surtout rester lui-même et apporter un regard nourri par près de vingt ans de carrière au plus haut niveau. Avant de retrouver les terrains de Ligue 1 dans un costume différent, il nous raconte les coulisses de cette surprenante reconversion, son nouveau duo avec Rami, mais aussi son regard sans concession sur le football italien, ses infrastructures et surtout les lacunes persistantes de la formation transalpine.

« Je ne vais pas jouer un rôle, je vais rester moi-même »
Foot Mercato : Philippe, comment est venu ce choix de devenir consultant pour Ligue 1+ ? On ne s’y attendait pas forcément, tu es sans doute l’une des recrues les plus surprenantes de cette nouvelle équipe. Comment cela s’est-il fait en coulisses ?
Philippe Mexes : j’ai simplement senti que c’était le bon moment. Ça fait dix ans que j’ai arrêté ma carrière et, depuis, je me suis beaucoup consacré à ma famille et à mes enfants. J’avais envie de profiter d’eux, de passer du temps avec eux. Puis j’ai fait le podcast avec Smaïl, et ça m’a un peu ouvert l’esprit. Ça m’a sorti de mon confort à la maison et ça m’a permis de retrouver un peu cet esprit collectif, cette ambiance de groupe et de famille que j’avais connue dans le football. Ensuite, on m’a proposé de venir le dimanche soir, notamment avec Adil Rami. On m’a dit qu’il serait sur le plateau et on m’a demandé si ça me disait de participer. J’ai répondu pourquoi pas. Je suis quelqu’un de très sincère et je me suis dit qu’avec le vécu que j’ai pu avoir en interne, avec les joies, les tristesses et tout le quotidien d’un vestiaire, je pouvais peut-être apporter quelque chose avec un regard extérieur. Si je peux apporter ma petite pierre à l’édifice et donner quelques bonnes informations au public, c’est le plus important.
FM : tu as quand même une petite appréhension avant de te lancer dans ce nouveau rôle ?
PM : je n’ai pas vraiment peur. Et puis il y a Adil, donc il aura aussi une certaine responsabilité. Il est plus extraverti et il connaît davantage le sujet aujourd’hui. Moi, je suis un peu plus réservé et timide, mais j’aurai quand même mon mot à dire si je peux apporter un regard ou quelques informations. C’est surtout à moi de m’informer et de me remettre dans le bain. C’était justement une opportunité de retrouver la Ligue 1 après vingt ans.
FM : justement, comment imagines-tu ton duo avec Adil Rami ? Vous avez été coéquipiers, mais vous avez aussi connu de la concurrence. Est-ce que vous avez déjà échangé sur votre manière de fonctionner ?
PM : on ne va pas jouer un rôle. On va rester nous-mêmes. Je pense que c’est le plus important. On a joué ensemble, on se connaît très bien. On a vécu beaucoup de pression en commun, notamment avec l’équipe de France et à Milan. Il y a aussi eu de la concurrence entre nous, forcément, mais ça reste convivial. Aujourd’hui, Adil connaît davantage les joueurs et il est plus au fait de l’actualité. Moi, il faut que je m’y remette, mais je vais le faire sérieusement parce que ça devient de plus en plus intéressant.
FM : qu’est-ce qui t’a donné envie de retrouver précisément la Ligue 1, après avoir été éloigné du football pendant dix ans ?
PM : je regarde quelques matches et je vois qu’il y a beaucoup de jeunes talents. Ça m’intéresse énormément. J’avais envie de retrouver cette ambiance, cette atmosphère du championnat que j’ai connue. La Ligue 1 est très instructive et j’ai le sentiment qu’elle est en progression.
FM : tu as donc envie de prendre le temps de découvrir cette nouvelle génération et de poser ton regard sur elle ?
PM : oui, complètement. Je dois me remettre dans l’actualité, regarder les joueurs, les équipes, suivre l’évolution du championnat. C’est aussi ce qui me plaît dans cette nouvelle expérience. Je vais pouvoir redécouvrir la Ligue 1 avec un regard différent de celui que j’avais lorsque j’étais joueur.
FM : est-ce que cette expérience de consultant peut t’amener à envisager d’autres projets dans le football, voire un jour un rôle d’entraîneur ou de directeur sportif ?
PM : pas pour le moment. J’aurais effectivement pu me lancer dans quelque chose depuis longtemps, puisque cela fait dix ans que j’ai arrêté ma carrière. Mais ma priorité, c’était ma famille, faire grandir mes enfants, les éduquer et passer du temps avec eux. Maintenant qu’ils sont grands, j’ai envie de retrouver certaines sensations, notamment celles du collectif et des échanges avec les anciens coéquipiers. Et le projet de Ligue 1+ m’a vraiment semblé intéressant. Ils ont l’intégralité des droits de la Ligue 1 et je trouvais que c’était une vraie opportunité. Je me suis dit pourquoi pas. C’est une nouvelle expérience pour moi et j’ai envie de la vivre pleinement.
FM : après dix ans loin du football professionnel, qu’est-ce que tu recherches aujourd’hui dans cette nouvelle aventure ?
PM : je pense que j’ai surtout envie de retrouver ce monde sans forcément retrouver les contraintes du joueur. J’ai connu les joies, les difficultés, la pression et le quotidien d’un vestiaire. Aujourd’hui, je peux regarder tout ça avec un peu plus de recul et transmettre ce que j’ai appris. C’est ce qui m’intéresse dans ce rôle.
« Le gros défaut de l’Italie aujourd’hui, c’est qu’elle n’investit pas assez dans la formation »
FM : tu as fait l’essentiel de ta carrière en Italie. Quand tu regardes la Serie A aujourd’hui, quel regard portes-tu sur l’évolution du football italien ?
PM : quand je suis arrivé en Italie, j’ai découvert une Serie A qui sortait d’une période très compliquée, notamment avec le scandale de Calciopoli. Petit à petit, le championnat est remonté dans l’estime de tout le monde. À l’époque, il y avait les meilleurs joueurs du monde. J’ai joué contre des Recoba, des Adriano… C’était incroyable. La liste des phénomènes et des grands joueurs présents en Serie A était impressionnante. Le fait d’avoir évolué avec et contre ces joueurs m’a permis de progresser très rapidement. Aujourd’hui, le football italien reste plaisant à regarder et la Serie A reste la Serie A. Le Milan a construit une très grosse équipe, la Roma aussi. Après, c’est vrai qu’il y a des difficultés, notamment sur le plan économique et au niveau des infrastructures.
FM : les stades italiens sont souvent pointés du doigt pour leur vétusté. Est-ce que c’est, selon toi, l’un des principaux freins au développement de la Serie A ?
PM : clairement. Je pense qu’il faudrait un grand événement, comme une Coupe du Monde ou quelque chose de similaire (l’Italie co-organisera l’Euro 2032 avec la Turquie, ndlr), pour pousser à une rénovation importante des infrastructures. Aujourd’hui, c’est compliqué pour tout le monde économiquement, pas seulement pour l’Italie ou la France. Mais le football italien garde quelque chose de particulier. Il reste attractif et compétitif. Les clubs italiens continuent de réaliser de belles performances sur la scène européenne. C’est simplement dommage que la Serie A soit moins suivie en France que la Premier League ou la Liga.
FM : justement, tu évoques les difficultés économiques. Est-ce que tu penses que l’Italie a pris du retard dans certains domaines par rapport aux autres grands championnats européens ?
PM : forcément. Il y a eu une période où l’Italie était vraiment au sommet du football européen et mondial. Aujourd’hui, certains pays ont davantage investi dans les infrastructures, la formation ou encore le développement économique des clubs. L’Italie doit retrouver cette capacité à investir pour redevenir durablement une référence.
FM : un autre sujet revient régulièrement, celui de la formation. Les jeunes équipes italiennes obtiennent de très bons résultats, mais les clubs continuent souvent à recruter des joueurs étrangers plutôt qu’à lancer leurs jeunes. Comment l’expliques-tu ?
PM : c’est justement quelque chose que je n’ai jamais vraiment compris. Quand je suis arrivé en Italie, moi qui venais du centre de formation d’Auxerre, c’est l’une des premières choses que j’ai remarquées. Il n’y avait pas vraiment la même culture du centre de formation qu’en France. En France, à 16 ou 17 ans, un jeune peut progressivement intégrer le groupe professionnel, être sur le banc, être dix-septième joueur, être sur une feuille de match. Même s’il ne joue pas, cette proximité avec les professionnels lui donne de la confiance et lui permet de découvrir progressivement le haut niveau. En Italie, on préfère souvent prêter les jeunes en Serie B ou dans les divisions inférieures pour qu’ils acquièrent de l’expérience. Mais parfois, c’est une perte de temps. Le joueur voyage beaucoup, déménage, change régulièrement d’environnement. Ce n’est pas forcément la meilleure manière de l’accompagner dans son développement.
FM : pourquoi la France a-t-elle, selon toi, davantage réussi à créer cette culture de la formation ?
PM : parce qu’en France, on a compris depuis longtemps que le centre de formation était la base. Que ce soit à Lyon, Auxerre, Nantes, Monaco ou ailleurs, tu as des structures qui permettent aux jeunes de travailler et de progresser dans un environnement professionnel. Si tu veux construire un avenir pour ton football national, la première chose à faire est d’investir dans la formation. L’Italie possède de très bons jeunes, c’est justement ça qui est dommage. Le potentiel est là, mais il faut leur donner davantage de possibilités.
FM : est-ce que la pression médiatique très forte en Italie peut également expliquer cette difficulté à lancer les jeunes ?
PM : en Italie, c’est différent. Il y a énormément de journaux, de radios, de médias. Un jeune joueur peut très vite se retrouver sous pression. S’il est un peu sensible à tout ça, il peut rapidement en souffrir mentalement et psychologiquement. Je pense qu’un jeune Italien ressent beaucoup plus de pression qu’un jeune Français. C’est aussi pour ça qu’il faut mieux l’accompagner et lui permettre de progresser dans un environnement où il peut prendre confiance.
FM : tu as gardé beaucoup de liens avec l’Italie et notamment avec la Roma. Est-ce que tu restes proche de certaines personnes du club ?
PM : quand j’y retourne, j’ai vraiment l’impression d’être à la maison. J’ai gardé des contacts avec beaucoup de personnes. Francesco Totti, Daniele De Rossi… Je suis notamment passé à Trigoria pour voir Daniele lorsqu’il était entraîneur de la Roma. Avec certains, c’est comme si on s’était quittés la veille. C’est ça qui est magnifique. Ce sont toujours de très bons amis. Après, chacun a fait sa vie. Daniele a choisi de devenir entraîneur, Francesco profite davantage de sa famille aujourd’hui et a décidé de bien manger aussi (rire, ndlr). Ça a toujours été un bon vivant.
FM : quand tu retournes à Rome, est-ce que tu ressens encore cette relation particulière avec les supporters et le club ?
PM : j’ai passé énormément d’années là-bas et j’y ai vécu beaucoup de choses. Ce sont des souvenirs qui restent. Même si ta carrière est terminée, les liens que tu as créés ne disparaissent pas. C’est aussi pour ça que retourner à Rome est toujours particulier pour moi.
FM : si tu devais identifier aujourd’hui le principal chantier du football italien, ce serait donc la formation ?
PM : pour moi, le gros défaut de l’Italie aujourd’hui, c’est qu’elle n’investit pas assez dans la formation. Et c’est justement ça qui est paradoxal parce qu’ils ont de super jeunes. Le problème, c’est qu’il faut maintenant leur donner les moyens de devenir les joueurs qu’ils peuvent être.
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