Au fond, les clubs ne meurent jamais tout à fait. Ils s’éteignent à petit feu, glissent dans les marges, laissent derrière eux des tribunes vides et des souvenirs qui collent à la peau. Le football italien en sait quelque chose, lui qui a bercé des générations avant de se heurter aux réalités économiques et aux erreurs de gestion. À Brescia, l’histoire a longtemps ressemblé à une chanson douce. Au début des années 2000, le stade Mario Rigamonti vibrait sous les pas d’artistes inattendus. Roberto Baggio y distillait ses dernières merveilles, Pep Guardiola apportait son élégance catalane, Luca Toni faisait trembler les filets et un jeune Andrea Pirlo apprenait à dicter le tempo du haut de sa timidité lombarde. Cette équipe aux allures de laboratoire romantique s’offrit même une finale de Coupe Intertoto face au Paris Saint-Germain en 2001, une double confrontation perdue mais restée gravée comme une promesse d’Europe. Brescia n’était pas un géant, seulement un rêveur ambitieux qui osait regarder les puissants dans les yeux.

Puis le rêve s’est effiloché. Trop fragile pour s’installer durablement en Serie A, le club a longtemps joué à l’ascenseur avec la Serie B, oscillant entre espoirs de stabilité et rechutes brutales. La relégation de 2020 a ouvert une brèche plus profonde que les autres. Les saisons suivantes ont ressemblé à une lente dérive, jusqu’à cet exercice 2024-2025 chaotique où, malgré un maintien arraché lors de la dernière journée grâce à un succès (2-1) contre Reggiana et des confrontations favorables face à Frosinone, le sol s’est dérobé sous les pieds des Rondinelle. Les changements d’entraîneurs, de Rolando Maran à Pierpaolo Bisoli puis à nouveau Maran, traduisaient l’instabilité d’un navire sans cap. Le 22 mai 2025, le parquet de la FIGC signale des irrégularités présumées dans le paiement des cotisations IRPEF et INPS après un contrôle de la Covisoc auprès de l’Agence des revenus. Le 29 mai, le Tribunal national fédéral inflige huit points de pénalité, dont quatre à purger immédiatement, précipitant l’équipe à l’avant-dernière place et en Serie C. Le 6 juin, les délais fédéraux ne sont pas respectés. Le 3 juillet 2025, la Fédération refuse la Licence nationale. Sous la présidence de Massimo Cellino, Brescia est exclu du football professionnel et disparaît officiellement. Une chute administrative plus cruelle encore qu’une défaite sur le terrain.
Une résurrection difficilement croyable
La ville n’a pourtant pas laissé son histoire se dissoudre. À peine l’exclusion actée, la municipalité s’est mobilisée pour préserver la flamme. La maire Laura Castelletti convoque les propriétaires des clubs professionnels de la province. Feralpisalò, Lumezzane et Ospitaletto répondent à l’appel. Giuseppe Pasini, patron du club de Salò, se dit prêt à transférer le titre sportif pour garantir une continuité à Brescia. La concession du Rigamonti est retirée à Cellino et confiée au nouveau projet. Le 12 juillet 2025, le conseil d’administration de Feralpisalò officialise le changement de nom et le transfert du siège à Brescia. Le 17 juillet, au Palazzo della Loggia, naît l’Union Brescia, un blason, un maillot domicile et une date choisie pour célébrer les 114 ans de l’ancienne fondation. Plus qu’un simple rebranding, un geste symbolique pour dire que l’âme des Hirondelles ne s’était pas envolée.
Et voilà que, quelques mois plus tard, le Rigamonti retrouve le parfum des grands jours. Union Brescia, actuel deuxième du groupe A de Serie C derrière l’intraitable Vicenza, accueille Pro Patria sous les yeux d’un visiteur pas comme les autres. Pep Guardiola est de retour en Lombardie. L’entraîneur de Manchester City profite de la trêve internationale pour célébrer l’anniversaire de son ami Edoardo Piovani et renouer avec un passé qui ne l’a jamais quitté. Entre 2001 et 2003, il a disputé 26 matches sous le maillot bleu, portant même le brassard en l’absence de Baggio. Sa silhouette dans les tribunes suffit à électriser la foule. Brescia n’est plus en Serie A, mais elle attire encore les regards de ceux qui aiment le jeu pour ce qu’il raconte. «Bravo les gars, vous m’avez comblé de joie avec cette victoire, je vous suivrai toujours avec affection, vous devez ramener Brescia là où il mérite d’être», a-t-il déclaré après le match. La nouvelle Union avance avec 53 points, 40 buts inscrits et 19 encaissés, portée par une dynamique qui dépasse la simple ambition sportive. L’union fait la force, dit la devise locale, et rarement formule aura semblé aussi juste dans la Leonessa.
Reléguée administrativement, déclarée en faillite, ressuscitée en Serie C grâce à l’héritage de Feralpi Salò, la ville a traversé un séisme que peu de places fortes auraient supporté. Jadis guidé par des entraîneurs comme Carlo Mazzone ou Cesare Prandelli, porté par des artistes tels que Baggio ou Pirlo, le club refuse de vivre dans la nostalgie. Sous l’impulsion du président Giuseppe Pasini et d’un banc remanié en cours de saison, l’équipe s’accroche au sommet avec une solidité remarquable, affichant un bilan de quinze victoires, huit nuls, cinq défaites, une attaque prolifique et une défense parmi les meilleures du groupe. Le Rigamonti affiche complet, les jeunes comme Denis Cazzadori côtoient des cadres aguerris, et toute une ville recommence à croire qu’un retour vers la lumière est possible. Brescia n’a peut-être plus ses dorures d’antan, mais elle possède de nouveau l’essentiel, cette foi têtue qui transforme les cicatrices en promesses.
แมนเชสเตอร์ ซิตี้ เอฟซี
เบรสชา
เป๊ป กวาร์ดิโอล่า
ความคิดเห็นทั้งหมด