Gianni Infantino a peut-être perdu bien plus qu’un projet qu’il portait personnellement, voire seul. Sa volonté de créer FIFA Forward Enterprise (FFE), société commerciale dont une partie aurait été rachetée par des investisseurs privés proches de Donald Trump, dans le but de récupérer environ 20 milliards de dollars, a fait l’objet d’une levée de boucliers. Il promettait pourtant des retombées énormes aux membres de la FIFA : 40 millions de dollars à chaque fédération sur le prochain cycle de 4 ans, soit la durée du prochain mandat à la tête de l’institution qu’il vise.

Candidat à sa propre succession, il apparaissait là comme le favori du 18 mars 2027 lors du congrès de Rabat. Même les Européens, ses principaux opposants, ne parvenaient pas à trouver un champion à sa mesure pour s’opposer à lui lors des prochaines élections. Infantino apparaissait trop puissant, surtout après cette Coupe du Monde 2026 où on l’a vu flirter sans cesse avec Donald Trump. Le président américain ne s’est d’ailleurs même pas caché de leur rapprochement au moment de l’affaire Balogun, lorsqu’il a appelé personnellement le président de la FIFA pour lui demander de faire le nécessaire pour enlever le carton rouge attribué à l’attaquant américain.
Sa réélection largement compromise
Mais l’empereur du football a un point faible. Il gouverne seul et comme bon lui semble. Le principe d’assemblée démocratique et de concertation semble lui échapper hors période électorale. C’est ce qui est en train de provoquer sa chute. Ce projet de vendre des parts de la Coupe du Monde, il n’en a parlé à personne ou presque à la FIFA. Même son conseiller principal, Carlos Cordeiro, n’était pas au courant. Pas plus que le numéro 3 de la FIFA, le Français Kevin Lamour. Ces défections illustrent le caractère despotique du règne d’Infantino, sans doute grisé par sa proximité avec l’entourage de Trump, aveuglé par la lumière et l’argent coulant à flot.
Lui qui se rêve Prix Nobel de la Paix, comme Trump et son prédécesseur Sepp Blatter du reste, lutte dorénavant pour sa survie. Le choc vient à nouveau de l’UEFA. Elle a d’abord mené la fronde contre le projet initial en menaçant de boycott les compétitions de la FIFA, dont les Coupes du monde féminine et masculine, rejoint par la Concacaf puis la Confédération asiatique. Même la Conmebol, pourtant proche du patron, a émis ses doutes. Avec une projection de 143 voix sur 211 contre la création et la vente de FFE, la FIFA a fait marche arrière. Elle a perdu, et Infantino son principal argument de campagne électorale avec.
L’UEFA réclame la démission d’Infantino
L’UEFA savoure sa victoire et en profite pour enfoncer son principal ennemi. «Nous ne pouvons pas continuer ainsi avec des combines secrètes sur des calendriers accélérés, mijotées par des individus sans visage et d’un bénéfice douteux pour le sport. Nous devons identifier les responsables et les rendre compte de leurs actes», écrit l’institution européenne, accusant ensuite directement Infantino d’avoir échoué dans sa mission et trahi ses propres paroles tenues lors de sa première élection en 2016, quand la FIFA sortait déjà péniblement de la fin de règne de Sepp Blatter. D’après The Telegraph, elle lui demande même de démissionner et n’hésitera pas proposer sa destitution s’il refuse. Pour cela, il faudra convaincre 20 % des 211 associations, soit 43 fédérations, de convoquer un congrès extraordinaire et organiser un vote de défiance. L’UEFA en compte déjà 55…
«L’accord sordide, conclu en coulisses, opaque, qu’il a ourdi et tenté de faire passer de force n’avait rien de transparent. Et avec des réserves dépassant les 5 milliards de dollars, il a également échoué à utiliser l’argent des associations au bénéfice du sport, poursuit l’organisation du vieux continent dans son communiqué en référence au trésor de guerre que s’est constitué la FIFA. L’UEFA entamera immédiatement des travaux avec ses partenaires et parties prenantes du monde entier et à travers tout le sport pour proposer une nouvelle manière de distribuer les ressources via le programme existant FIFA Forward. (…) C’est une victoire pour tout le sport. Mais cela ne doit pas être la fin de l’histoire. La tâche de rebâtir la confiance en la FIFA ne fait que commencer». Comme la probable chute d’Infantino.
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