À 45 ans, Djamal Mohamed a déjà roulé sa bosse. Ancien international comorien issu du foot amateur (3 sélections entre 2007 et 2011), ce natif de Marseille est aujourd’hui à la tête d’un des plus ambitieux projets du foot français : celui de l’AS Cannes, racheté en 2023 par le producteur de cinéma Dan Friedkin, également propriétaire de l’AS Rome et Everton. Nommé directeur sportif du club en octobre 2025 après la liquidation judiciaire de Martigues où il officiait depuis cinq ans, Mohamed a confirmé sa réputation d’expert en montée au mois de mai avec une accession en Ligue 3. «J’ai toujours eu la chance de former des trios avec mon président et le coach, explique-t-il. J’ai fait quatre montées grâce à ça : en N1 avec Marseille-Consolat, en N2 et N1 avec Martigues, puis en L3 avec Cannes.»

Par la réussite qui est la sienne, Djamal Mohamed fait aujourd’hui figure d’ambassadeur du foot d’en bas. Il appelle à faire tomber les barrières et espère une prise de conscience dans le monde professionnel. «Quand j’étais à Martigues, on pensait que je n’étais pas capable d’officier dans le monde professionnel. Et c’est faux. J’ai bâti ce projet en 5 ans, et sur ces 5 ans, mes 6 premiers mois en Ligue 2 sont les pires parce qu’on ne m’a pas laissé travailler. Aujourd’hui, on voit de plus en plus d’exemples de réussite chez les entraîneurs issus du monde amateur. Patrick Videira (ex-Furiani) est monté en L1 avec Le Mans, Baptiste Ridira (ancien entraîneur de Saint-Pryvé) a fait monter Dijon en L2, Mathieu Chabert (ancien entraîneur de l’AC Ajaccio) a fait monter Cannes en Ligue 3, Grégory Poirier (passé par Saint-Malo ou Sedan) a accroché les barrages d’accession en L1 avec le Red Star… Il ne faut pas fermer la porte à ceux qui n’ont pas fait de carrière pro.»
12e de N2 à son arrivée, Cannes a terminé champion
Si son CV façonné dans les divisions inférieures du foot français tranche avec les paillettes de Cannes, il assure ne pas être venu sur la Côte d’Azur pour faire du tourisme. «Quand je suis arrivé en octobre 2025 dans une situation très délicate, le club était 12e de N2. Il fallait mettre un coach en place, recruter en janvier et remettre les têtes à l’endroit car l’équipe n’était pas en confiance. Il y avait beaucoup de travail, je n’ai pas signé ici pour profiter de la Croisette », métaphore-t-il. Il n’était pas parti pour signer tout court au départ. Quand son aventure s’arrête brutalement avec Martigues, loin de lui l’idée de redescendre de deux divisions.
«Après la liquidation judiciaire de Martigues, je reste sans rien pendant trois mois même si je préparais la CAN avec les Comores (il est directeur sportif des Comores depuis 2014). Un ami m’a demandé si l’AS Cannes pouvait m’intéresser, de base à n’importe quel club de N2 j’aurais fermé la porte mais pour Cannes j’ai dit oui. Passer de la Ligue 2 au N2, ce n’était pas dans mes ambitions personnelles. Il a insisté pour que je parle avec le DG et les actionnaires. Je suis allé voir un match amical de Cannes qui s’est soldé par une défaite 3-0 contre Rumilly. Mais on m’a donné toutes les garanties pour redresser l’équipe et le lendemain j’ai dit : il y a vraiment du boulot, mais j’accepte le défi.» Il fait alors le choix de nommer à la tête de l’équipe Mathieu Chabert, un technicien rodé aux missions commandos et coach référencé en L2. Son mercato d’hiver se révèle aussi payant avec les arrivées de Brice Oggad (Le Mans), Malhory Noc (Châteauroux) ou encore Raphaël Gerbeaud (Rouen), le dernier marquant 10 buts sur la seconde partie de saison. Cannes prolonge sa spectaculaire remontée et est sacré champion en mai.
Cannes a des arguments qui dépassent la Ligue 3, et même la Ligue 2
Aujourd’hui, l’objectif du club est de se stabiliser en Ligue 3 avant d’envisager une montée en Ligue 2 dans les prochaines années. Mais toujours avec une gestion maîtrisée. «On veut s’installer dans ce championnat. Puis bien sûr qu’à moyen-terme, l’objectif est de monter, ce sont les ambitions des propriétaires. Mais on ne fera pas n’importe quoi. De l’extérieur, les gens peuvent penser que l’AS Cannes peut recruter comme bon lui semble. Ce n’est pas le cas. On veut rester cohérents». Cette saison, Cannes devrait se situer dans la première moitié des masses salariales de Ligue 3, sans être au sommet. Mais alors comment un club qui évoluait encore en N2 la saison dernière peut se permettre d’attirer un Sébastien Corchia, ancien international français, ou un Julien Lopez, encore joueur du Paris FC en Ligue 1 il y a quatre mois ?
«Aujourd’hui, le projet global est très intéressant pour les joueurs, explique Mohamed. Et j’inclus dedans le cadre de vie. Sans manquer de respect à la région, un joueur de Valenciennes touchera peut-être 2 000€ de plus par mois qu’à Cannes, mais la météo et les conditions de travail feront parfois la différence dans son choix, même quand cela concerne des clubs de L2 (Alan Kerouedan de Grenoble, et Quentin Beunardeau du Red Star ont rejoint Cannes cet été). Le rôle de la compagne joue aussi énormément, et dans la mémoire collective, Cannes reste le club qui a formé Zinédine Zidane ou Patrick Viera.» À terme, il ne faut pas non plus écarter l’ide de voir de plus en plus de jeunes joueurs prometteurs emprunter la passerelle Rome - Cannes, ou Everton - Cannes.
La Ligue 1 pour étape, l’OM pour destination
«C’est l’objectif numéro un du propriétaire : trouver une synergie entre les trois clubs. Je me suis rendu à Everton durant l’année, j’ai fait venir un joueur en janvier (George Morgan, un attaquant de 19 ans) et si demain on arrive à accéder à la Ligue 2, je pense que les passerelles seront plus naturelles pour d’autres jeunes à fort potentiel. Le but, c’est d’intégrer un ou deux joueurs par saison au sein de l’équipe. » Les matchs amicaux peuvent aussi constituer un premier examen. La semaine dernière, les Cannois ont par exemple accroché l’AS Rome en amical après avoir été menés 3-0 (3-3 score final).
«On a gardé à peu près entre 65 et 70 % de l’effectif de la saison dernière. Au restant, on essaie vraiment d’apporter de la plus-value avec des joueurs qui rentrent dans notre mentalité», explique Mohamed, qui rêve d’un jour officier en Ligue 1. «J’aimerais monter en Ligue 2, et après, pourquoi pas découvrir l’élite. Mon but, c’est d’être directeur sportif d’un club de Ligue 1. Ce serait beau avec Cannes», confie le Marseillais de naissance, qui nourrit aussi toujours l’espoir d’officier un jour à l’OM, le club de ses rêves. «J’ai bien aimé la trajectoire d’Olivier Létang, qui était adjoint de Leonardo au PSG. Grégory Lorenzi, Florian Maurice, Florent Ghisolfi… ce sont des beaux parcours. Donc je me dis : pourquoi pas moi ? Je n’ai que 45 ans». Le temps est encore de son côté.
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