Deux ans après sa dernière participation, le Slovan Bratislava va retrouver la phase de ligue de la Ligue des Champions. Après avoir éliminé les Slovènes de Celje en barrage (1-2 a.p. au retour, le 26 août), les joueurs et le staff ont longuement savouré sur la pelouse. Au milieu des célébrations, Serge Costa et les autres adjoints de Yaya Touré se sont dirigés vers le centre du terrain pour profiter pleinement du moment. Un rituel qu’il avait déjà reproduit en 2023 après la montée du Havre et qui tient son origine de l’Euro 2000. « J’étais petit, je ne comprenais pas pourquoi les joueurs français étaient allés au centre du terrain. Et là, tu repenses à tout : au chemin parcouru, aux moments de joie, de doutes, aux moments où tu as voulu faire autre chose parce que le football pro, ça fatigue. Juste, tu profites. » Une satisfaction plus collective que personnelle. Pendant deux mois, l’ex-international ivoirien (101 sélections) et son staff étaient obsédés par cette qualification. « Quand on a signé, on mange avec Yaya et on se dit : "on a deux mois pour ça". On était en mission. On respirait, on vivait et on dormait pour ça. »

Le lendemain, le tirage au sort est venu donner une saveur particulière à sa première campagne de C1 : en effet, Serge Costa va retrouver la France, avec un premier match à Paris, mercredi (21h). Rapidement, Yaya Touré s’est projeté tactiquement. « Il m’a dit : "Serge, on compte sur toi, tu les connais bien. Comment on va faire pour qu’ils ne jouent pas leur football ? Comment on va les challenger ?" Tout le monde était déjà en mode : c’est bien, on y est. Maintenant, les choses sérieuses commencent. » Costa aurait préféré aller à Bernabéu ou au Camp Nou, notamment pour accompagner l’ancien milieu pour des retrouvailles avec le FC Barcelone. Le Parc des Princes, il le connaît déjà parfaitement. Avec Le Havre, il avait accroché Paris en avril 2024 (3-3). « Le PSG, même si c’est la meilleure équipe d’Europe, je les ai souvent joués. Je suis plus curieux d’affronter Rome ou d’aller en Autriche. Mais bien sûr que ça me fera plaisir de retrouver des amis en France. »
Six ans après, Serge Costa a changé de dimension
Cette qualification en C1 a permis aussi de mesurer le chemin parcouru depuis notre première rencontre, en 2020. À cette époque, Serge Costa était encore identifié à Playmaker, son programme d’accompagnement individualisé lancé en 2014 sous l’impulsion de l’agent Bouna Ndiaye. Idrissa Gana Gueye, André Ayew, Mattéo Guendouzi, Jules Koundé, Aurélien Tchouameni ou encore Maxence Lacroix avaient profité de son travail. Mais cette activité n’a jamais éloigné Costa de son métier d’entraîneur. Le natif de Sarrebourg coachait déjà à l’académie de Strasbourg et voyait le "player developpment" comme une belle opportunité pour côtoyer des joueurs de très haut niveau. « Quand tu as un problème avec Jules Koundé, puis avec Maxence Lacroix, ça t’aide forcément à devenir un meilleur coach », explique-t-il. À présent, son rôle s’est plus élargi. « Je suis complètement devenu adjoint dans une structure professionnelle. Il y a la maîtrise des problématiques de jeu, la répartition du travail, le fait de suivre la logique du numéro un, mais aussi d’essayer d’identifier ce qui pourrait ne pas fonctionner. Je me mets dans la tête des adversaires pour savoir comment ils vont essayer de nous déranger. »
Tout a basculé à Courtrai (Belgique) en 2021, quand Luka Elsner, qu’il a déjà côtoyé à Amiens, l’a emmené dans son staff. Costa a aussi côtoyé Will Still, qui a marqué sa façon d’exercer. « Il m’a appris le pragmatisme. Il arrivait à vulgariser des choses compliquées sans les réduire. Nous, Français, on avait tendance à utiliser 50 mots pour faire passer une idée. Will, lui, le faisait en trois. Il avait aussi cette intensité, ce côté sans complexe. Ça a été une révolution pour moi. » Mais c’est surtout Elsner qui lui a offert la continuité nécessaire pour s’installer comme adjoint, d’abord à Courtrai, au Standard de Liège et enfin au Havre. « On est différents dans nos personnalités, mais on partage énormément de choses dans la vision du travail et l’innovation. Luka cherche toujours comment faire mieux dans son quotidien. Passer du temps avec lui te rend meilleur naturellement. »
Le Havre, l’expérience qui a tout accéléré
À l’été 2022, Mathieu Bodmer reformait ce duo au Havre, en rajoutant Nicolas Douchez (entraîneur des gardiens) et Thomas Joubert (qui s’occupe de la rééducation d’Hugo Ekitike). Quelques mois plus tard, le HAC décrochait le titre de champion de Ligue 2 et retrouvait l’élite pour la première fois depuis 2008. Les Hacmens établissaient aussi une série de 32 journées consécutives sans défaite, de la 3e à la 34e journée. Un souvenir encore à part pour Costa. « Au départ, on vivait tous à l’hôtel du stade : le coach, la direction sportive, les adjoints…, raconte-t-il. On était là à ne pas dormir pour réfléchir aux recrues, aux entraînements. On démarre très mal avec deux points sur neuf, puis il y a ce déclic à Saint-Étienne où on gagne 6-0. » Le jeu n’est pas toujours spectaculaire, mais l’équipe devient très difficile à jouer. « On doublait les mardis et les jeudis. Ça nous permettait de vivre plus de situations de matchs et d’imaginer les problèmes qu’on allait rencontrer le week-end. Ce n’était pas le football le plus chatoyant, mais il fallait venir nous chercher… »
Costa est ensuite resté au Havre auprès de Didier Digard, dont il a retenu la rigueur tactique et l’exigence, avant de retourner à Amiens en janvier 2026. Une pige de quatre mois avec un seul objectif : sauver un club qui compte toujours à ses yeux. Mais les changements d’entraîneurs, le départ de la direction sportive et l’instabilité générale ont condamné Amiens à la descente en Ligue 3. « C’était vraiment une déception, ça m’a marqué ». Une désillusion qu’il n’a cependant pas eu le temps de digérer longtemps. « Amiens m’a sans doute remis les idées en place. Dès que tu entres dans l’avion, tu passes à autre chose. Tu n’oublies pas, je regarde toujours les matchs de L3, mais tu fais la part des choses ». Quelques jours après la fin de son contrat, Costa était déjà en rendez-vous avec Yaya Touré.
« S’il entraînait, il voulait que je fasse partie de son staff »
La relation entre les deux hommes est en réalité bien plus ancienne. Ils se rencontrent plusieurs années auparavant à l’UEFA. Serge Costa intervenait pendant que l’ancien Cityzen se formait au métier d’entraîneur. Naturellement, le football les a rapprochés : « on a très vite accroché parce qu’il se pose énormément de questions sur le jeu. C’est quelqu’un d’obsédé par ça. » Au fil des années, les échanges ont continué. Que ce soit quand Touré travaillait à Tottenham, puis au Standard de Liège, les deux hommes sont restés en contact, s’envoyant des situations de jeu et débattant de problématiques tactiques. « Tous les deux mois, on se parlait. On préparait la suite sans s’en rendre compte. Mais dans sa tête à lui, c’était clair : s’il entraînait, il voulait que je fasse partie de son staff ». Pendant près de quatre ans, Touré lui promettait de l’appeler lorsque le bon projet se présenterait.
Ce projet fut celui du Slovan Bratislava. En plus du champion d’Afrique 2015, Costa collabore avec Darren O’Dea, passé notamment par les staffs d’Ange Postecoglou et Brendan Rodgers au Celtic, et l’adjoint local Timotej Vajdík. Les responsabilités sont réparties par phases de jeu : Costa travaille notamment sur les sorties de balle, O’Dea sur le pressing et Vajdík sur les coups de pied arrêtés. Mais Yaya Touré a apporté surtout au staff toute l’expérience accumulée au plus haut niveau. « Je n’ai jamais joué de Barça-Real ou de City-Chelsea pendant huit ans. Je n’ai jamais côtoyé Messi, Xavi, Iniesta… Lui, oui, affirme Costa. Il parle de Mancini, Pellegrini… Quand on rencontre une problématique, il arrive facilement à faire des passerelles avec ce qu’il a vécu. Moi, j’ai ma vision de l’entraînement qui l’aide tous les jours, mais lui m’apporte quelque chose qui m’aide tous les jours aussi. » Costa est surtout bluffé par sa lecture des rencontres. Comme lors du déplacement à Mjällby (1-2), au 3e tour préliminaire de C1, où les ajustements de Touré ont permis au Slovan de renverser la rencontre : « en plein match, je n’ai jamais vu ça. Il est très fort. On peut avoir toute notre stratégie de la semaine, mais ce que la rencontre va nous donner, il est capable de taper juste. »
Luis Enrique comme source d’inspiration
Une faculté d’adaptation qui n’a pas empêché Yaya Touré de rester attaché à ses principes. Quand Bratislava avait besoin d’un ailier, Costa lui a proposé d’explorer d’autres systèmes. L’Ivoirien a refusé, préférant trouver un joueur capable d’entrer dans leur modèle. « Il me dit : "Tu sais quoi ? Je préfère qu’on accentue notre système et nos forces. Trouvons plutôt le joueur qui peut jouer dans ce système, préparons-le et lançons-le." » La cellule de recrutement s’est alors tourné vers la réserve et Manasse Kianga (24 ans), ancien joueur de la neuvième division anglaise, a rejoint le groupe pro. Après un apprentissage accéléré grâce à la vidéo et le pari s’est transformé en succès : Kianga a inscrit le but de la victoire sur la pelouse de Mjällby (90e+4).
Dans le football souhaité, Serge Costa reconnaît aussi une influence majeure de Luis Enrique. « Ça fait trois ans que je dis que son football est le plus pragmatique que j’ai pu voir. Ce n’est pas qu’un football de possession, ce n’est pas qu’un football direct. S’il faut faire des passes pour aller de l’avant, ils le font. Et s’il faut créer le surnombre ou mettre le pied sur le ballon, ils savent le faire. C’est le football qui me parle le plus. » C’est désormais ce PSG, double champion d’Europe en titre, qu’il va devoir tenter de déjouer. Pour la suite, aucun objectif chiffré n’a été fixé pour cette phase de ligue : « chaque rencontre sera une finale. Tu affrontes les meilleures équipes du monde, qui vont elles-mêmes se donner à fond. Intérieurement, j’aimerais déjà gagner un match le plus vite possible, et après, on verra. »
Costa et Touré ont signé jusqu’en 2029. Si le projet n’en est qu’à ses débuts, la qualification européenne a déjà donné au Français le sentiment de passer un nouveau cap. Dans la foulée du succès contre Celje, Mathieu Bodmer lui avait envoyé un message : « félicitations l’artiste ! » Le dirigeant caennais l’avait poussé à rejoindre la Slovaquie. Nicolas Douchez, avec lequel il se rendait par le passé au Parc des Princes, l’a aussi félicité. Des messages venus symboliser le chemin parcouru. Six ans après avoir expliqué qu’il voulait surtout gagner des matchs et faire progresser les joueurs, Serge Costa va désormais entendre la musique de la Ligue des Champions aux côtés de Yaya Touré. Avec la lourde tâche de trouver comment empêcher le Paris Saint-Germain de jouer son jeu.
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