Le Trophée des Champions entre le RC Lens et le PSG devait théoriquement offrir un cadre neutre pour lancer la saison nationale. Pourtant, la soirée disputée dimanche à Bollaert a rapidement ravivé les interrogations autour de l’organisation de cette compétition par la LFP. Le choix du stade avait déjà suscité la polémique avant même le coup d’envoi, puisque Lens bénéficiait finalement d’un avantage considérable en accueillant le champion de France sur sa propre pelouse, devant un public très largement acquis à sa cause. Ce choix était d’autant plus sensible que les deux clubs s’étaient déjà retrouvés au cœur d’une controverse la saison passée autour du report de leur rencontre de Ligue 1, décision de la LFP qui avait alors provoqué une vive incompréhension dans les rangs lensois. Moins de 4 mois plus tard, le même affrontement faisait encore couler beaucoup d’encre, avec cette fois un trophée à la clé et une question qui revenait forcément au premier plan, celle de la véritable neutralité de l’événement.

Car sur le papier, un Trophée des Champions disputé sur terrain neutre doit justement permettre de préserver un certain équilibre entre les deux équipes. Dans les tribunes, cela suppose normalement une répartition équitable des places, avec une présence comparable des supporters des deux clubs. Dans l’organisation, le principe est également censé se traduire par un environnement neutre, sans donner l’impression qu’une équipe évolue véritablement à domicile. Or, à Bollaert, le contraste était saisissant. Près de 95 % du stade était réservé aux supporters lensois, laissant une présence parisienne très minoritaire avec seulement 1850 supporters parisiens malgré l’importance de l’affiche. L’ambiance était naturellement celle d’un match à domicile pour les Sang et Or, avec un Bollaert qui a poussé les hommes de Dino Toppmöller du début à la fin. Dans une rencontre finalement remportée (1-0) par Lens malgré une longue infériorité numérique, cet avantage populaire a forcément pesé dans le décor d’une soirée déjà très particulière.
Un protocole loin d’être respecté
L’organisation autour du match a également nourri cette impression. Les spectateurs présents ont retrouvé les animations habituelles de Bollaert avant le coup d’envoi et à la mi-temps, tandis que seul le speaker lensois assurait l’animation du stade. Les codes traditionnels d’une rencontre à domicile étaient donc largement présents pour cette affiche censée se jouer dans un environnement neutre. À aucun moment, ou presque, le spectateur parisien ne pouvait avoir le sentiment de retrouver un cadre partagé à parts égales comme lors d’une finale de Coupe de France au Stade de France ou d’un véritable Trophée de Champions sur terrain neutre. Le contraste est d’ailleurs particulièrement intéressant avec certaines précédentes éditions françaises disputées, dont celui tout aussi polémique au Parc de Princes il y a trois ans, lorsque le PSG affrontait Toulouse. Pour cette rencontre, le dispositif avait néanmoins davantage cherché à respecter cette logique de neutralité avec une répartition 50-50 des tribunes, un habillage neutre du stade et la présence des deux speakers afin que chaque club puisse retrouver une part de son environnement habituel sans transformer le lieu en enceinte d’une seule équipe. La comparaison est forcément appelée à alimenter les critiques adressées à la LFP. Surtout le règlement de la LFP prévoit toutefois, dans son article 801, que la rencontre se déroule « sur terrain neutre », alors que le champion de France doit être considéré comme le club « recevant ».
Avec le PSG limité au parcage, le principe de neutralité peut sembler difficile à concilier avec le règlement. Et c’est ainsi que le fonctionnement du Trophée des Champions et sur le sens même de la notion de terrain neutre sont remis en question. La LFP avait déjà été critiquée pour son choix de Bollaert, alors que la possibilité d’organiser cette affiche dans une autre enceinte avait fait débat. Avec une tribune parisienne très réduite, les animations locales conservées et une ambiance entièrement façonnée par le RC Lens, l’équilibre attendu d’une finale sur terrain neutre semblait difficile à retrouver. Cela ne retire évidemment rien au mérite des Lensois, qui ont résisté à dix pendant presque 60 minutes avant de décrocher le trophée, mais l’organisation de la soirée laisse une nouvelle fois un goût amer. Après la polémique du report de Lens-PSG la saison passée, la LFP se retrouve encore une fois au centre des discussions autour d’une affiche impliquant les deux clubs, surtout que Vincent Labrune n’était même pas présent dans les gradins, tout comme Nasser Al-Khelaïfi ou encore le Collectif Ultras Paris. Et cette fois, c’est le principe même de neutralité du Trophée des Champions qui est directement questionné.
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