Il faut bien mesurer l’enfer absolu dans lequel Bruno Genesio est actuellement plongé à Marseille. L’OM est 17e de Ligue 1 après cinq journées, avec déjà quatre défaites en championnat et cinq revers consécutifs toutes compétitions confondues. Le club vient de vivre un début de saison catastrophique, aggravé par une lourde défaite à Besiktas en Ligue Europa et par un effectif considérablement réduit après un mercato estival terminé sans la moindre recrue. Et au milieu de cette tempête, Genesio semble de plus en plus crispé, lassé, parfois même franchement colérique. Les rumeurs autour d’une possible démission ont encore pris de l’ampleur avant le Classique, avec des informations évoquant un entraîneur qui n’excluait plus de partir en fonction des résultats.

Après la défaite face au PSG, le flou n’a d’ailleurs pas complètement disparu. Au micro de Ligue 1+, Genesio a tenu des propos particulièrement forts, reconnaissant que la situation n’était « pas normale » et expliquant qu’il devait désormais parler «avec son staff et ses dirigeants». Quelques minutes plus tard, en conférence de presse, le discours était nettement plus clair. Interrogé sur une éventuelle démission, il a répondu qu’il ne souhaitait pas démissionner, qu’il n’était pas l’heure de parler de ce sujet, qu’il allait faire un point avec sa direction et ses joueurs, avant d’insister sur son envie de faire progresser cette équipe. Ce léger rétropédalage, moins de 30 minutes après sa sortie chez le diffuseur, ne doit pourtant pas masquer le malaise. L’ancien coach de Rennes, Lyon et Lille est forcément marqué par ce qu’il vit, mais justement, ce serait une erreur de le voir quitter le navire maintenant. Parce que si quelqu’un doit rester debout dans cette période, c’est précisément l’entraîneur.
Plein de belles choses à retenir
Car malgré le classement et les résultats, tout n’est pas à jeter dans ce que produit l’OM sur le terrain. Face au PSG, Marseille a longtemps tenu tête au double champion d’Europe, a résisté à une énorme domination parisienne avant de revenir à 1-1 grâce à Angel Gomes, et a même donné le sentiment de pouvoir faire basculer le match avec les deux gros loupés de Neal Maupay. Il y a eu de l’engagement, des séquences intéressantes, un pressing capable de gêner Paris et surtout une équipe qui ne semble pas avoir lâché son entraîneur. Même après deuxième but parisien, les Marseillais ont continué à se battre. Luis Enrique, lui-même, a salué la prestation olympienne et estimé que Genesio était « un très grand entraîneur ». Il faut aussi replacer cette série dans son contexte. Monaco, Paris FC, Rennes puis PSG figuraient au programme des quatre dernières journées de Ligue 1, avec un déplacement à Besiktas entre Rennes et Paris. Ce n’est évidemment pas une excuse aux quatre défaites, mais c’est un élément essentiel pour juger ce début de saison.
En conférence de presse, Bruno Genesio a alterné entre la colère, la lassitude et l’espoir. Un discours qui a laissé quelques journalistes pantois dans leur interprétation. «J’en ai un peu marre de répéter les mêmes choses… Satisfait de perdre 2-1 ? Non, on ne peut pas, surtout si on refait les mêmes erreurs… On prend un but, face à la meilleure équipe d’Europe, sur un deuxième ballon parce qu’on vient de marquer et qu’on n’est pas concentré, c’est un manque de maturité. On n’apprend pas de nos erreurs. Évidemment, je n’ai rien à reprocher dans l’attitude et ce qu’on a fait face à la meilleure équipe d’Europe, avec nos moyens. Mais ce n’est pas normal de céder sur ce genre d’action, pas sur ça. Il faut avoir plus d’exigence. Si on se contente d’avoir tenu tête au PSG, on n’avancera pas… Dans ce genre de match, on aurait dû se servir des précédents pour tenir le résultat et peut-être même faire mieux encore… J’y ai cru. On a fait le match qu’on voulait faire, l’organisation, la discipline, les efforts… C’est dommage de concéder un but comme ça, sur un deuxième ballon ou on est inattentifs et où tout le monde passe au travers. Je ne peux pas me satisfaire d’avoir perdu honorablement contre la meilleure équipe d’Europe…»
Et surtout, que pourrait réellement changer une démission de Genesio aujourd’hui ? L’OM a terminé son mercato sans recrue alors que plusieurs cadres sont partis, laissant l’entraîneur travailler avec un groupe réduit et des solutions limitées. Genesio avait alerté dès la fin août sur le danger d’affaiblir davantage l’effectif sans pouvoir le compléter, rappelant que son staff n’était pas composé de «magiciens». Il se bat donc avec les armes dont il dispose, tout en assumant sa part de responsabilité et en continuant à défendre son vestiaire. Les supporters, eux, lui ont également manifesté leur soutien dans cette période malgré une ribambelle de missives contre Frank McCourt. Dans ces conditions, partir maintenant reviendrait surtout à abandonner un groupe qui semble encore croire en lui et à laisser la direction gérer seule les conséquences d’un été catastrophique. L’OM doit évidemment réagir et vite, mais cette saison est loin d’être condamnée après cinq journées. Le calendrier va devenir plus abordable après la trêve avec Troyes, Angers, Le Havre puis Toulouse en Ligue 1. Celui qu’on surnomme affectueusement «Pep Genesio» doit rester, continuer à se battre en interne et sur le terrain, avec ses armes et avec honneur. L’OM a encore largement le temps de sauver sa saison, mais certainement pas en changeant d’entraîneur au milieu de cet enfer.
Olympique Marseille
Bruno Genesio
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