L’étau se resserre autour de Manchester City. Depuis février 2023, date à laquelle la Premier League a officiellement inculpé le club de plus d’une centaine d’infractions financières, l’affaire a pris des allures de marathon judiciaire. Après de longues semaines d’audiences à huis clos en 2024, City a été officiellement inculpé de la grande majorité des 115 charges retenues contre le club ce vendredi. Au cœur de ce dossier tentaculaire se trouve une accusation majeure. Pendant des années, le club aurait artificiellement gonflé ses revenus et masqué ses véritables dépenses pour contourner les règles du fair-play financier. Après avoir connu une décennie glorieuse, le club est désormais au pied du mur et accusé d’avoir fondé cette dynastie sur des bases illicites.

Faux contrats de sponsoring et salaires gonflés depuis 2009
Comme le rapporte The Times ce vendredi dans une longue enquête, les charges reposent d’abord sur des contrats de sponsoring artificiels. Selon l’acte d’accusation, qui couvre pas moins de 50 infractions liées aux revenus entre 2009 et 2018, la majorité de l’argent des sponsors provenait en réalité directement de l’Abu Dhabi United Group (ADUG), la société mère du club. L’exemple de l’opérateur Etisalat est le plus criant : sur un contrat global évalué à près de 19,5 millions d’euros, le sponsor n’aurait déboursé qu’environ 1,8 million d’euros. Le reste, soit plus de 17,6 millions d’euros, aurait été discrètement injecté par ADUG. Le schéma se serait répété avec la compagnie aérienne Etihad, qui n’aurait versé que 9,4 millions d’euros pour des contrats mirobolants évalués à 41 millions, 76 millions, puis près de 80 millions d’euros sur différentes saisons.
Pour maintenir son train de vie sans alerter les instances, City aurait également externalisé une partie de sa masse salariale. Huit accusations visent directement la rémunération de Roberto Mancini, l’entraîneur qui a offert au club son titre historique en 2012, et son mandat entre 2009 et 2013. Si son contrat officiel affichait un salaire de base d’environ 1,7 million d’euros, l’Italien aurait perçu 2 millions d’euros supplémentaires par an via un emploi fictif de "consultant" pour Al-Jazira, un autre club d’Abu Dhabi, qui n’exigeait de lui que quatre jours de travail annuels. L’argent transitait par une société écran avant d’arriver sur ses comptes. Les joueurs n’étaient pas en reste, avec des montages similaires pour les droits à l’image. Des documents ont révélé que des paiements de 4 millions d’euros, suivis de versements de 4,7 millions d’euros, auraient été versés à l’agent de Yaya Touré via une société offshore.
Que risque réellement Manchester City ?
Face à ces découvertes, l’attitude de Manchester City a constitué une infraction à part entière, comme rapporté par nos confrères anglais. Trente accusations pointent un refus pur et simple de coopérer. Pendant des années, la direction n’a pas daigné communiquer et a refusé de fournir les documents demandés sous couvert de confidentialité, ce qui lui avait d’ailleurs déjà valu une amende de 10 millions d’euros de la part du Tribunal arbitral du sport en 2020. Mais voilà, aujourd’hui, que risque concrètement l’ogre mancunien, devenu l’un des meilleurs clubs du monde depuis 2009 ? Alors que la commission indépendante a validé la grande majorité des accusations de la Premier League ce vendredi, les sanctions pourraient redessiner le paysage du football anglais.
La gamme des punitions est vaste et comme souvent dans ces affaires de fair-play financier, elles varient souvent de l’acceptable au catastrophique. La punition peut être une déduction de points massive, potentiellement suffisante pour provoquer une relégation automatique en division inférieure. Dans le pire des scénarios, le club pourrait être purement et simplement exclu de la ligue, assorti d’amendes records et d’une interdiction de recrutement. Enfin, la question des titres est sur la table. Bien que complexe juridiquement, le retrait des couronnes acquises durant les périodes de fraude (notamment les trophées de 2012, 2014 et 2018) reste une éventualité redoutée par les supporters. Sinon, comme l’affaire remonte à de nombreuses années, la perspective de voir aucune sanction lourde est envisageable, pour "seulement" des amendes salées. Un simple rappel à l’ordre peut même être imaginé. Réponse dans les prochaines semaines.
Manchester City
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