La première trêve internationale de Zinédine Zidane à la tête de l’équipe de France bat son plein avec une affiche qui a forcément une saveur particulière pour l’Italie. Le vendredi 2 octobre, les Bleus accueilleront la Nazionale au Stade de France, dans le cadre de la Ligue des Nations, pour le premier rendez-vous à domicile du nouveau sélectionneur français. De son côté, Roberto Mancini effectue également son retour sur le banc italien dans un contexte toujours particulièrement délicat pour une sélection qui cherche à retrouver une certaine stabilité après plusieurs années compliquées. Cela promet donc un rendez-vous chargé, avec deux techniciens aux histoires très différentes, mais deux noms qui ne laissent personne indifférent. Sur le papier, France-Italie reste l’une des grandes affiches du football européen. Une opposition qui dépasse largement le simple cadre d’une rencontre de Ligue des Nations.

Et forcément, lorsqu’on évoque Zidane, l’Italie ne peut pas rester très loin. On pense immédiatement à Marseille, sa ville natale, puis à l’Espagne et au Real Madrid, où son image est devenue éternelle, mais il existe aussi un chapitre italien particulièrement important dans la carrière de Zizou. De 1996 à 2001, le Français a porté le maillot de la Juventus, remporté deux championnats d’Italie et construit une partie essentielle de sa légende dans le Calcio. Près de 25 ans plus tard, le voilà donc de retour face à cette Italie qui a tant compté dans son parcours, cette fois depuis le banc français. Il suffit d’ailleurs de remonter le fil des souvenirs pour comprendre pourquoi cette rencontre possède une dimension presque romanesque. Zidane a longtemps été une figure familière du football italien, lui qui avait découvert la Serie A avec la Juventus et s’était imposé comme l’un des grands artistes du championnat avant de rejoindre le Real Madrid. Avec les Bleus, son histoire avec l’Italie a également connu des sommets inoubliables dont cette finale de l’Euro 2000 remportée par la France après le but en or de David Trezeguet, au terme d’un match qui avait vu les Italiens ouvrir le score avant l’égalisation française dans les dernières secondes du temps réglementaire.
Six ans plus tard, le destin a offert une tout autre conclusion à cette rivalité. Le 9 juillet 2006 à Berlin, pour le dernier match de sa carrière, Zidane marquait sur penalty avant de voir l’Italie égaliser, puis connaissait cette sortie brutale avec son coup de tête sur Marco Materazzi et son expulsion en prolongation. La Squadra s’imposait finalement aux tirs au but et soulevait la Coupe du Monde, laissant à Zizou une dernière image aussi douloureuse qu’inoubliable. Depuis, son nom n’a jamais totalement disparu des conversations en Italie, notamment lorsque la Juventus a régulièrement été évoquée comme une destination possible pour ses débuts sur un banc. Alors forcément, voir aujourd’hui Zidane revenir aux commandes de l’équipe de France ravive une forme de nostalgie dans la péninsule. Comme Didier Deschamps, autre ancien champion du monde français profondément lié à la Juventus et au football italien, Zizou reste associé à une époque dorée du Calcio. Mais cette fois, il ne reviendra pas comme le numéro 10 qui faisait lever les tribunes turinoises, ni comme le bourreau de la Nazionale. Il sera celui qui dirigera les Bleus depuis la zone technique, avec l’Italie de nouveau sur sa route. Et pour les amoureux du football italien, difficile de ne pas savourer ce drôle de retour du passé.
Zizou toujours au top en Italie
Pour mesurer la trace laissée par Zidane en Italie, il suffit d’écouter ceux qui ont suivi la Serie A durant ses années turinoises. Au-delà de ses statistiques et de ses titres, c’est surtout une certaine élégance qui semble être restée dans les mémoires, ainsi que l’association avec Alessandro Del Piero. «Zidane est quand même quelqu’un de particulier pour un suiveur de Serie A. ce que je retiens de son passage à la Juventus comme tous les connaisseurs, c’est son élégance et son duo avec Del Piero qui l’est l’un des meilleurs duos d’Italie à cette époque. On peut aussi l’associer à ces deux finales perdues en Ligue des Champions. Tu avais l’impression que la Juve était l’équipe la plus forte en Europe, voire du monde, mais quand ça arrivait en finale, il y avait toujours un blocage. Quand tu entends les anciens joueurs qui l’ont côtoyé surtout à la Juve, ils arrivent à te mettre Zidane à un niveau de, de magie, que parfois, on a même du mal à comprendre la réaction de certains Français qui parlent de carrière gonflée ou de joueur surestimé. En Italie, il y a un énorme respect par rapport à Zidane, que peut-être, certains n’ont pas en France, ce qui est assez surprenant. J’associe aussi Zidane à ce fameux transfert à 72 millions d’euros qui m’a toujours choqué. Ce chiffre était démesuré pour l’époque. C’est aussi grâce à ça que la Juve s’est refait une très belle équipe en allant chercher Nedved, Thuram, Buffon, à Parme et à la Lazio», nous explique Michele Ciaschi, fondateur de la chaîne YouTube Team Serie A.
Cette relation particulière avec l’Italie ne s’arrête évidemment pas aux cinq saisons passées à Turin. Pour les supporters français d’origine italienne, comme pour ceux qui ont grandi avec le Calcio, Zidane est également indissociable d’une autre soirée qui appartient à l’histoire des deux sélections. La finale de la Coupe du Monde 2006 reste ainsi un souvenir particulièrement fort, marqué par la dernière apparition du Français sur un terrain et par cette sortie aussi spectaculaire que douloureuse. «Et en tant que français d’origine italienne, la finale de 2006 m’a le plus marqué. Tu avais l’impression que cette équipe avec Zidane était imbattable. Je redoutais énormément cette finale, sachant qu’il y avait déjà eu 1998 qui s’était fini aux tirs au but. 2000 a été un coup de massue. Et un Italien en 2006 se disait "allez c’est reparti pour une troisième fois" et finalement ça s’est terminé par une victoire de l’Italie. Ce fameux coup de boule où même en tant qu’Italien, je ne voulais pas qu’il sorte comme ça. Je voulais vraiment qu’il sorte par la grande porte, évidemment, peut-être avec la défaite, mais après tout le parcours qu’il avait fait dans cette Coupe du Monde, on ne lui en aurait pas tenu rigueur. Finalement, ça fait aussi partie de la magie de ce joueur. Il était atypique, parfois caractériel mais balle au pied, il était d’une douceur et d’une légèreté. Un des rares joueurs aussi beau balle au pied», ajoute Michele Ciaschi.
Près de deux décennies plus tard, le souvenir de Zidane en Italie dépasse même désormais ses années de joueur. Il existe aussi dans les images qu’il a laissées lorsqu’il est revenu à Turin avec le Real Madrid, puis dans cette relation singulière qu’il a continué d’entretenir avec le football italien. «Zinédine Zidane, c’est 212 matchs avec la Juventus. Et bien plus de raisons de se souvenir de lui. Mais je crois que bien après sa carrière de joueur, mon esprit a mémorisé une autre image du numéro 10 : il portait un impair sombre ce soir-là, trempé par la pluie lourde qui tombait à Turin. Un 3 avril 2018 où Ronaldo touche les cieux sur un centre de Carvajal. Un retourné suspendu dans le temps. L’Allianz Stadium qui ne sait plus qui applaudir rend alors un rare hommage à un joueur qui n’est pas (encore) bianconero sur la pelouse. Et Zizou, qui comme nous, réagit la bouche ouverte face à ce but venu d’ailleurs. Je crois que c’est ça que j’ai envie de revoir avec lui sur le banc. De la légèreté», nous conte admirablement le journaliste Teo Contu. Parce que Zidane, c’est aussi des joutes par bancs interposés face à des Italiens.
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