Au moment de dévoiler sa toute première liste à la tête des Bleus,, Zinédine Zidane a offert, sans le vouloir, un joli coup de projecteur aux formateurs du Stade Rennais. Le clin d’oeil au club breton ne s’arrêtait pas à Estéban Lepaul puisque sept autres joueurs de cette sélection étaient passés par la Piverdière au cours de leur formation. En plus des habitués Ousmane Dembélé et Désiré Doué, Eduardo Camavinga et Adrien Truffert ont effectué leur retour, tandis que Jérémy Jacquet, Lucas Da Cunha et Andy Diouf ont été convoqués pour la première fois en Bleus. Tout sauf un hasard.

Depuis des décennies, le Stade Rennais s’est solidement installé comme l’un des hauts-lieux de la formation tricolore. Un savoir-faire reconnu par la FFF, dont l’étude annuelle avait hissé le club breton au premier rang des centres de formation français entre 2023 et 2025. Un classement déterminé par cinq critères majeurs : la professionnalisation, le temps de jeu en équipe première, les sélections nationales, la scolarité, et la représentation européenne. Après avoir remporté trois fois consécutivement cette distinction, le SRFC a de nouveau confirmé la qualité de sa formation en 2026, cette fois en terminant sur la troisième marche du podium derrière le PSG et Toulouse, et à égalité avec l’OL.
«Lorsque Rennes a développé son centre de formation, c’est-à-dire au début des années 90, une figure emblématique en est rapidement sortie : Sylvain Wiltord. Tout part un peu de là, ça a donné une forme d’assise au club, de légitimité. Au début des années 2010, les meilleurs jeunes de région parisienne signaient souvent à Rennes, nous expliquait ces derniers mois François Rauzy, journaliste pour Ici Armorique et suiveur du Stade Rennais. Il y avait aussi quelqu’un de très compétent, Patrick Rampillon, emblématique directeur du centre de formation. Il a fait 38 ans au club avant de partir en 2018. Il a tout structuré en recrutant aussi de très bons éducateurs et recruteurs.» Parmi eux, Pierre-Emmanuel Bourdeau, Romain Ferrier, Jérôme Hiaumet ou encore le responsable recrutement historique, Philippe Barraud, aujourd’hui à Nice.
Un réel savoir-faire dans la détection de talents
Savoir trouver les arguments qui feront pencher la balance, les mots qui rassureront, et le discours qui convaincra une famille de confier son enfant à Rennes plutôt qu’à un autre grand centre, comme Monaco, l’OL ou le PSG, relève aussi d’un véritable savoir-faire. Pour le Stade Rennais, le cadre scolaire (près de 100% de réussite au BAC chaque année) et la perspective de jouer en pro - souvent plus vite qu’ailleurs - donnent du poids au discours. «Quand on recrute un joueur à 13/14 ans, on se projette en essayant d’imaginer s’il sera capable de fouler la pelouse du Roazhon Park à 18/19 ans. C’est ce qu’il y a de plus dur car un tas de paramètres entre en jeu : son physique, sa morphologie, sa mentalité, son entourage, tout ça va compter dans son développement. Les observations peuvent ainsi durer plusieurs mois, plusieurs années, avec bien sûr, la menace d’être devancé par d’autres clubs, mais c’est le jeu», nous explique un ancien recruteur du Stade Rennais, à l’origine du recrutement de plusieurs joueurs évoluant aujourd’hui dans des clubs du top 5 européen.
Ces dernières années, le choix de prendre un virage plus local porte aussi ses fruits. Eduardo Camavinga est par exemple originaire de Fougères (commune d’Ille-et-Vilaine) alors que Désiré Doué, né à Angers mais adopté par Rennes, a intégré l’école de foot avant ses 10 ans. Jérémy Jacquet, lui, est arrivé à Rennes à l’âge de 13 ans en provenance du FC Joinville en région parisienne, un autre terrain fertile sur lequel le Stade Rennais et tous les grands clubs français ont bâti leur réseau au fil des années. Un ancien scout du Stade Rennais, qui écume les terrains franciliens depuis plus de 20 ans, nous dévoile les critères qui orientaient son recrutement lorsqu’il officiait à Rennes.
«Je m’appuyais personnellement sur 4 points fondamentaux : le potentiel, la projection, c’est-à-dire : est-ce que tu vois loin avec ce joueur ? Tu as ensuite la performance, qui compte forcément, peu importe l’âge, et qui te permet de réaliser si ce joueur a quelque chose en plus. Puis la personnalité, pour tout ce qui a trait à l’aspect mental, l’entourage, sa mentalité de travail. À Rennes, le critère technique est aussi plus important que les caractéristiques athlétiques. C’est ce qui fera la différence au haut-niveau», explique-t-il. Landry Chauvin, ancien recruteur de Rennes, va dans le même sens : «Doué, Truffert, Da Cunha et Diouf étaient des gringalets quand ils sont arrivés à Rennes. Mais on avait deux critères principaux : l’intelligence de jeu et le rapport joueur / ballon», souligne-t-il dans l’After.
Le surclassement et la recherche permanente de valoriser un potentiel
Omniprésent dans les sélections de jeunes de l’équipe de France, le Stade Rennais parvient aussi à produire au moins un joueur par génération de niveau européen : le Ballon d’Or Ousmane Dembélé chez les 1997, Armand Laurienté chez les 98, Lilian Brassier chez les 99, Sacha Boey, Sofiane Diop, Lorenz Assignon, Wilson Isidor chez les 2000, Lucas Da Cunha, Adrien Truffert, Yann Gboho dans la promo 2001, Eduardo Camavinga, Guela Doué, Georginio Rutter chez les 2002, Matthis Abline, Andy Diouf, Loum Tchaouna, Arthur Atta pour les 2003, Djaoui Cissé et Lesley Ugochukwu chez les 2004, le Golden Boy Désiré Doué, Jérémy Jacquet, Mathys Tel et Jeanuël Belocian pour les 2005… Tous n’étaient pas promis à une telle trajectoire, mais Rennes a aussi cette force de savoir transformer un potentiel en réussite. A Rennes, on offre aux jeunes un cadre collectif, mais aussi individuel. Tout est méthodique, on s’adapte à chaque profil. Les jeunes identifiés à 14/15/16 ans, réussissent souvent, et ont une continuité linéaire qui les emmène jusqu’en équipe de première. Les déceptions sont très rares ces dernières années», nous expliquait récemment François Rauzy, journaliste et suiveur du Stade Rennais.
Encore chétifs à leur arrivée au centre de formation, Lorenz Assignon et Guela Doué ont par exemple eu besoin de plus de temps avant d’éclore. Le premier évolue désormais à Stuttgart, le second est devenu international ivoirien et a rejoint le Bayer Leverkusen cet été pour plus de 30 millions d’euros. Dans cette quête permanente d’optimiser le potentiel de ses jeunes, le Stade Rennais a également fait partie des premiers clubs français à systématiser le surclassement. Pour ne pas ralentir leur progression, le club n’hésite plus à surclasser, voire même parfois à double-surclasser les joueurs trop en avance sur leur catégorie d’âge. Eduardo Camavinga évoluait ainsi en N3 à 16 ans, et cette expérience a participé à sa préparation au niveau professionnel. À la Piverdière, sortir les jeunes de leur zone de confort fait aussi partie de la méthode. Pour les confronter à d’autres problématiques et enrichir leur palette, les formateurs n’hésitent pas à déplacer les jeunes sur le terrain. Une approche qui, au-delà de la polyvalence, contribue aussi à les faire mûrir.
Rennes plus prudent avec ses jeunes en ce début de saison
Si la feuille de route du Stade Rennais implique d’accorder du temps de jeu aux talents issus du centre de formation, les supporters bretons auront noté que cette tendance saute moins aux yeux depuis le début de saison. Contre Le Mans, aucun des 16 joueurs utilisés par Franck Haise ne venait de l’Académie, soit une première depuis 24 ans.« Il y a de bons jeunes, mais entre être bon en N2 et jouer le top 3 ou 4 de Ligue 1 plus la Coupe d’Europe, il y a déjà un peu moins de monde. Certains ont encore besoin de passer des caps», justifiait Franck Haise pour Ouest-France ces dernières semaines, rappelant que Rennes venait de vendre Jérémy Jacquet et Kader Méïté, deux talents formés au club. Le directeur sportif Loïc Désiré n’y voyait pas non plus une situation figée : «Diallo n’est pas loin, Lomet est régulièrement à l’entraînement. Nagida comme Ait Boudlal avaient été recrutés par l’Académie. On aurait pu ne pas prêter Mukiele, Rayan Bamba et Rosier : c’est un choix pour les développer avec un maximum de temps de jeu». Le projet reste le même : produire des joueurs de calibre international et continuer, tant que possible, d’alimenter les rangs de l’équipe de France.
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