Le feuilleton Cristiano Ronaldo est loin d’avoir livré son dernier épisode. Une semaine après le départ fracassant du capitaine portugais du rassemblement de la Seleção, consécutif à son différend avec Jorge Jesus, la polémique continue de secouer le football lusitanien. Dans un communiqué particulièrement détaillé, CR7 avait livré sa version des faits, dénonçant des promesses non tenues par son sélectionneur, tout en reconnaissant ses propres erreurs et en acceptant le principe d’une sanction. Une sortie médiatique qui avait remis de l’huile sur le feu, alors que la Fédération portugaise de football avait ouvert une procédure disciplinaire à son encontre. Le joueur avait néanmoins réaffirmé sa disponibilité pour retrouver la sélection après avoir purgé sa suspension, assurant vouloir continuer à « concourir et gagner pour notre équipe nationale ». Un message qui n’a pas suffi à refermer un dossier devenu une affaire nationale.

Samedi, Pedro Proença a pourtant tenté de calmer le jeu. Le président de la Fédération portugaise a publiquement affirmé que l’ensemble de l’institution souhaitait retrouver son capitaine dès la prochaine trêve internationale, prévue en novembre. « La Fédération, le sélectionneur et tous ses coéquipiers sont d’accord, nous voulons que Cristiano revienne. J’attends son retour dès la trêve internationale de novembre. Cristiano souhaite lui aussi revenir. C’est le meilleur de tous les temps », a-t-il déclaré. Le dirigeant a toutefois rappelé que la procédure disciplinaire suivrait son cours, précisant que la décision appartenait aux instances compétentes. Une volonté d’apaisement qui contraste avec les critiques formulées au Portugal sur la gestion de cette crise, alors que plusieurs observateurs estiment que personne n’est sorti grandi de cet affrontement. Et les réactions de la presse lusitanienne sont particulièrement révélatrices de l’ampleur du malaise.

«Le meilleur éléphant du monde dans la pièce»

Dans sa chronique publiée par A Bola, le journaliste Nélson Feiteirona s’interroge ainsi sur les conséquences de cette affaire et sur la place accordée à la légende portugaise. S’il reconnaît l’importance sportive, médiatique et économique de Ronaldo, il estime que son statut ne devrait pas effacer les principes collectifs. « Cristiano Ronaldo, le meilleur joueur portugais de tous les temps, mérite un traitement de faveur, et il ne me surprend pas qu’il bénéficie de règles disciplinaires différentes, ni que celles-ci puissent être contournées pour lui permettre de réintégrer l’équipe nationale. Il est le meilleur éléphant du monde dans la pièce», écrit-il avec ironie. Le journaliste pointe surtout les interrogations qui entourent la suite de cette collaboration, notamment la manière dont Ronaldo et Jorge Jesus vont désormais cohabiter et la réaction du vestiaire. « Si cette conviction est partagée par l’ensemble du peuple portugais, je sais que tous ne comprennent pas que Cristiano Ronaldo doive revenir comme si de rien n’était », souligne-t-il à propos du souhait affiché par Pedro Proença. Un constat qui illustre les divisions provoquées par le comportement du quintuple Ballon d’Or.

Le débat dépasse d’ailleurs largement la question d’un simple retour en sélection. Dans une autre analyse publiée par A Bola, l’avocat Gonçalo Almeida, juge au Tribunal arbitral du sport de la FIFA, dénonce un feuilleton qui a fini par nuire à tous les protagonistes. « Le départ de Cristiano Ronaldo du camp d’entraînement de l’équipe nationale, à la veille du match contre le Danemark, s’est transformé en un véritable feuilleton national. Publications sur les réseaux sociaux, promesses de vérité, déclarations officielles, versions contradictoires, et même panneaux d’affichage, tout cela frise le ridicule et nuit considérablement aux protagonistes, à l’équipe nationale et au pays lui-même », estime-t-il. L’avocat appelle les différentes parties à régler leur différend dans la discrétion, en préservant les intérêts de la sélection. Une prise de position qui rejoint les critiques visant la médiatisation excessive d’un conflit qui aurait pu être traité en interne. D’autant que l’influence de Ronaldo sur les finances et l’image de la Fédération rend nécessaire une gestion particulièrement délicate de cette situation.

Et enfin, l’ancien footballeur et économiste Diogo Luís se montre encore plus sévère sur la responsabilité des différents acteurs dans sa missive titrée «25 ans de football et une saga que personne n’avait demandée». Selon lui, la Fédération portugaise a manqué de leadership en ne réagissant pas immédiatement au départ de son capitaine et en laissant la situation prendre une telle ampleur. Mais Ronaldo n’échappe pas non plus à ses critiques. « Même s’il y a eu un désaccord entre les deux parties, rien de ce qui a été rendu public ne semble justifier l’abandon de l’équipe nationale en plein entraînement », estime-t-il, considérant que les propres explications du joueur fragilisent sa version d’une promesse ferme de temps de jeu en Norvège. Le commentateur juge également que la tentative de justification du Portugais a finalement exacerbé le conflit, tandis que Jorge Jesus a démontré qu’il n’était pas prêt à céder à la pression de son capitaine. « Je ne vais pas dire que quiconque soit sorti vainqueur de tout ça, car, honnêtement, je pense que tout le monde a perdu », conclut-il. Un constat amer alors que le Portugal espère retrouver Ronaldo en novembre, mais que son retour pourrait s’accompagner de questions toujours aussi sensibles sur son statut, son temps de jeu et son influence au sein de la Seleção.