L’Espagne a beau sortir d’un doublé Euro-Coupe du Monde, on sent que les joueurs espagnols ont encore faim de succès. La bande de Lamine Yamal a clairement montré, lors des duels de Nations League face à l’Angleterre (3-2) puis contre la Croatie (4-1), qu’elle n’est pas rassasiée et qu’elle compte encore tout gagner dans les années à venir, avec ce Mondial 2030 à la maison en ligne de mire, forcément. Mais pourquoi les joueurs espagnols restent si motivés ?

De la Fuente maintient tout le monde sous pression
Lorsqu’une équipe enchaîne les titres et les bons résultats, un entraîneur ou un sélectionneur peut être tenté de ne pas trop toucher son groupe, et de continuer d’accorder sa confiance à ceux qui l’ont fait gagner, sans inclure trop de sang neuf, continuant à récompenser ses cadres. Et parfois, cela peut s’avérer contre-productif, et on l’a justement vu avec la Roja post 2012. Luis de la Fuente en est conscient, et depuis son arrivée, il a réussi à trouver un équilibre entre maintien de la colonne vertébrale de l’équipe et arrivée de nouvelles têtes. L’été dernier, celui qui est proche des joueurs mais exigeant n’a eu aucun soucis à laisser des joueurs titulaires lors du dernier Euro, comme Robin Le Normand ou Alvaro Morata, ou même un joueur comme Huijsen qui était régulièrement appelé. Tout en faisant confiance à des joueurs qui ont fait leurs preuves entre temps, comme Pau Cubarsi ou Alex Baena.
Les joueurs de la Roja sont prévenus : ils ne peuvent pas se reposer sur leurs lauriers, que ce soit avec leurs prestations en club ou en sélection, puisque De La Fuente n’hésite pas à se servir dans l’impressionnant vivier de son pays pour cultiver une ambiance de concurrence permanente en interne, laissant tout le monde sous pression et obligeant chacun à être au top, ce qui élève considérablement la compétitivité de l’équipe. Ce que Vicente del Bosque n’avait par exemple pas vraiment réussi à faire à l’époque. Il faut dire qu’il y a déjà des joueurs comme Fermin Lopez ou Pablo Barrios qui n’étaient pas là lors des derniers gros tournois et qui toquent à la porte du onze titulaire, alors que derrière, des joueurs très prometteurs comme Xavi Espart, Chema Andrés, Jacobo Ramon ou Carlos Espi attendent déjà leur tour.
La philosophie Simeone
Aussi curieux que cela puisse paraître au vu des styles très différents, Luis de la Fuente s’inspire clairement de la méthode Simeone. Pas au niveau tactique, mais au niveau de la façon d’aborder chaque rencontre. Il a adopté cette philosophie du partido a partido, qui implique que les cartes sont rabattues après chaque match, et qui rejoint le point cité précédemment. Tout est remis à zéro avant et après chaque match. Autre donnée importante de la philosophie du sélectionneur espagnol : la victoire n’est pas vue comme l’objectif final, et la manière de gagner est tout aussi importante que le résultat final. Ce qui implique que même après des matchs remportés, LDLF voit des choses à corriger et il le transmet à ses hommes. Les joueurs espagnols ne foulent pas la pelouse avec le seul objectif de gagner un match, mais ils ont aussi pour mission d’améliorer des éléments de leur jeu. La victoire n’est pas toujours la finalité, et ceci pousse l’équipe à progresser et à se dépasser en permanence.
Écrire l’histoire
Depuis la fin de la génération dorée qui a enchaîné l’Euro 2008, le Mondial 2010 et l’Euro 2012, les générations qui ont suivi ont souffert des comparaisons avec leurs glorieux aînés. Une ombre pesante qui planait au-dessus de joueurs pourtant talentueux, à l’image de Thiago Alcantara ou d’Isco, qui n’ont cependant jamais réussi à reproduire les exploits de la bande d’Iniesta et de Xavi. Mais l’équipe actuelle semble jouer sans complexe, et surtout, elle est déterminée à faire encore mieux que la génération dorée ibérique. Il y a clairement volonté d’assouvir une domination historique et de devenir une dynastie. Luis de la Fuente n’a d’ailleurs pas hésité à expliquer qu’il voit dans son équipe un joli reflet de l’équipe de 2010, et les joueurs n’ont pas caché leur volonté de faire mieux que leurs aïeux.
Un contexte médiatique difficile qui a disparu
S’il y a un pays où les fans sont critiques avec leur sélection, c’est bien l’Espagne. Même lorsque la nation ibérique a connu de belles périodes, les médias et les supporters étaient divisés, et il a toujours existé un petit désamour avec la Roja, dans un pays plutôt clubiste. L’ère Luis Enrique, personnage très clivant dans son pays, avait même créé un véritable désintérêt pour beaucoup d’Espagnols, avec cette rivalité Barça-Real Madrid qui n’aide pas. Une tension continue autour de la sélection et de certains joueurs qui n’aidait clairement pas, et qui a enfin disparu. Pour la première fois, il y a une vraie union sacrée autour de la sélection. Finies les polémiques, finies les tensions : le contexte autour de l’équipe s’est enfin amélioré et ça se sent, et ça permet au staff ainsi qu’aux joueurs de travailler plus sereinement. En revanche, la quantité énorme de médias, d’émissions et de débats dans le paysage audiovisuel espagnol oblige aussi les joueurs à rester performants, sous peine de voir leurs performances être décortiquées dans tous les sens.
Des revendications individuelles
Pour beaucoup de joueurs espagnols, la sélection est aussi une belle vitrine. Bien évidemment, des joueurs qui évoluent au FC Barcelone, au PSG ou au Real Madrid n’ont pas forcément besoin de la Roja pour être médiatisés. Mais de bonnes prestations en sélection augmentent clairement la cote des joueurs, notamment en vue des titres individuels comme le Ballon d’Or. Lamine Yamal en est bien conscient, et Rodri a été sacré en 2024 en bonne partie grâce à son Euro. Les joueurs de la Roja - notamment ceux qui n’évoluent pas encore dans des clubs d’élite européenne - savent aussi que des bonnes prestations en sélection peuvent leur ouvrir des portes très intéressantes. Même un joueur comme Rodri, qui évoluait du côté de Manchester City, n’aurait probablement pas eu l’opportunité de signer au FC Barcelone s’il n’avait pas été si performant sous le maillot de son pays.
Une bande de potes
Pour les joueurs de la Roja, rejoindre la sélection, c’est aussi une façon de se retrouver entre potes. Beaucoup se connaissent depuis leur adolescence, ayant joué ensemble avec les équipes de jeune de l’Espagne, et tous les médias espagnols s’accordent que le vestiaire ibérique est sain, sans clans, et tous les joueurs s’entendent bien. Ce qui aide sur le terrain, et qui motive logiquement les joueurs, notamment sur la durée. Rejoindre la sélection n’est clairement pas une corvée, même pour les joueurs qui ont déjà bon nombre de rencontres internationales à leur actif. Surtout, on sent que les joueurs s’amusent et s’épanouissent sous les ordres de Luis de la Fuente, qui parvient à exploiter au mieux leur potentiel.
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