Le rachat des Girondins de Bordeaux par Sparta Capital devait marquer le début d’une nouvelle ère après la fin du mandat de Gérard Lopez. Après avoir réuni in extremis les quelque 10 millions d’euros nécessaires pour sauver le club de la liquidation judiciaire, le fonds britannique a toutefois rapidement suscité des interrogations. Pour finaliser son projet, Sparta Capital a dû s’entourer de plusieurs investisseurs américains. Parmi eux figure notamment James Bord, entrepreneur britannique connu notamment pour avoir remporté un bracelet aux World Series of Poker (WSOP). Déjà actionnaire minoritaire de Cordoue, en deuxième division espagnole, il avait également tenté de racheter Sheffield Wednesday. À ses côtés, on retrouve Felix Roemer, entrepreneur allemand et associé de Bord au sein de Short Circuit Science, une société spécialisée dans l’analyse sportive via l’intelligence artificielle. Un casting inédit qui intrigue autant qu’il interroge.

Pour représenter ce nouveau projet en France, les investisseurs ont aussi choisi Dominique Delport, ancien rédacteur en chef de M6, membre du conseil de surveillance de Vivendi et proche de Vincent Bolloré. Présenté comme le futur président des Girondins, il s’est rapidement illustré sur les réseaux sociaux avec une communication parfois maladroite. Il a d’abord évoqué un projet visant à faire de Bordeaux une destination internationale « à la Come », avant de réorienter son discours vers un modèle basé sur la formation locale. Surtout, alors qu’il s’était présenté comme le nouveau président du club, il a finalement rappelé que sa nomination dépendait encore de la décision du CNOSF concernant la réintégration des Girondins en National 1 (anciennement N2). Une série de prises de parole qui a renforcé la méfiance d’une partie des supporters, déjà échaudés par les dernières années.
Un communiqué pour remercier Gérard Lopez qui passe mal
Mais c’est surtout la communication officielle de Sparta Capital publiée ce dimanche qui a provoqué une véritable onde de choc. Avant même de présenter son projet, le fonds britannique a choisi de rendre hommage… à Gérard Lopez. « Nous souhaitons rendre un hommage sincère à Jogo Bonito et à Gérard Lopez pour leur engagement au service du club durant ces cinq dernières années », peut-on lire en ouverture du communiqué. Sparta Capital poursuit en affirmant que « lorsque Jogo Bonito a repris les Girondins de Bordeaux, le club était au bord de la disparition. Cette reprise a permis de sauvegarder une institution historique du football français et de préserver son avenir ». Le communiqué va même jusqu’à saluer « des investissements considérables » réalisés pour reconstruire le club, évoquant un « investissement record en Ligue 2 » et des « décisions courageuses » prises face aux difficultés sportives et financières.
Le passage le plus commenté reste sans doute la conclusion du communiqué, dans laquelle Sparta Capital assure que « grâce à ce travail mené par Gérard Lopez, les Girondins disposent aujourd’hui d’une situation financière beaucoup plus saine et d’une structure de coûts durablement assainie », avant d’ajouter : « Nous avons pu constater son implication constante, sa disponibilité et sa volonté de toujours privilégier l’intérêt supérieur du club. » Des propos jugés totalement lunaires par une grande partie des supporters bordelais, qui rappellent que le club est passé de la Ligue 1 à la quatrième division en cinq ans, tout en frôlant la liquidation judiciaire chaque été. Avant même d’avoir officiellement pris les commandes, Sparta Capital s’est ainsi retrouvé au cœur d’une première polémique majeure. Si le CNOSF valide son projet dans les prochains jours, le nouveau propriétaire devra rapidement tourner la page de cette communication ratée pour convaincre, cette fois, sur le terrain sportif et dans la reconstruction du club. Car pour ramener le club dans l’élite du football français, il faudra performer sur le terrain.
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