L’histoire entre Cristiano Ronaldo et la sélection portugaise va donc probablement se terminer comme ça. Salement, bêtement. Après 234 sélections, 146 buts inscrits, six participations en Coupe du Monde, six Championnats d’Europe des Nations disputés et un Euro 2016 et deux Ligues des Nations dans l’escarcelle, CR7 va sans doute mettre un terme à sa carrière internationale. À 41 ans, la star d’Al-Nassr expliquait pourtant il y a quelques jours en conférence de presse qu’il avait choisi de ne pas lâcher l’équipe nationale par amour de son pays. « Je vais me répéter, je ferai tout ce que le coach voudra de moi : jouer, sortir, ou même ne pas jouer. L’honneur que j’ai pour représenter le Portugal est plus grand que n’importe quoi. Ce n’est pas pour autre chose. C’est un honneur et une passion de venir en sélection. »

Un amour et une passion pour le maillot lusitanien qui n’ont donc pas résisté bien longtemps. Après une prestation mitigée face au Pays de Galles (1-0) et le match contre la Norvège (2-1) passé entièrement sur le banc de touche, Ronaldo a décidé de tout envoyer balader. Acteur principal d’un premier psychodrame mardi dernier, après une première absence à l’entraînement, CR7 a définitivement dégoupillé hier, à la veille du choc face au Danemark, à l’issue de la conférence de presse de Jorge Jesus. Nouveau sélectionneur de la Seleção das Quinas depuis cet été, le technicien de 72 ans était attendu par les médias. Après la bouderie de son capitaine, l’ancien coach de Benfica et de Flamengo a débuté son exercice médiatique en minimisant l’événement de mardi. Son discours était clair : Ronaldo n’a pas séché l’entraînement et l’arrivée en urgence du président de la fédération portugaise, Pedro Proença, au Danemark n’avait rien d’exceptionnel. « S’il n’y avait pas eu cette affaire, il serait quand même venu, mais nous avons discuté tous les trois. J’avais déjà parlé à Cris’ après le dîner. Il n’est pas venu pour régler quoi que ce soit, car il n’y avait rien à régler. »
Coacher CR7, un calvaire pour les sélectionneurs
Mais comme le dit le proverbe, chassez le naturel, il revient vite au galop. Et c’est ce qu’il s’est passé hier. Après avoir juré qu’il n’y avait pas d’affaire avec Cristiano Ronaldo, tout en expliquant les raisons qui l’ont poussé à le laisser sur le banc contre la Norvège, Jesus a rappelé qu’il était le patron de son équipe et que personne ne lui dictait ses choix. « Je peux promettre ce que je veux. Je suis l’entraîneur. C’est moi l’entraîneur, j’ai dit au joueur (à Ronaldo avant le match face à la Norvège) qu’il ne devait pas jouer. « Je vais t’envoyer sur le banc. Si j’ai besoin de toi pendant 30 minutes, tu joueras, sinon, tu ne joueras pas ». Aucun joueur ne me fera jamais changer d’avis. Ni lui, ni personne dans le monde du football. Pas même un président. Jamais, jamais ! » Une affirmation publique pleine d’autorité confirmée quelques instants plus tard lorsque Jesus a annoncé que son capitaine boudeur démarrerait le match au Danemark sur le banc. « Aujourd’hui (hier), je vais m’entraîner. Si tout se passe comme prévu, c’est Gonçalo (Ramos) qui jouera. » Pour CR7, la coupe était visiblement pleine et le numéro 7 a donc fini par plier bagage en montant dans son jet privé hier soir, tard dans la nuit.
Ronaldo a-t-il été trahi ? Depuis hier, les personnes proches du joueur multiplient les interventions dans les médias ou sur les réseaux sociaux pour dénoncer un manque de respect de Jorge Jesus à l’encontre de sa star. « Jorge Jesus a demandé pardon à Cristiano pour l’avoir fait s’échauffer pendant 30 minutes sans le faire entrer en jeu. Il lui a dit aussi qu’il allait lui demander pardon publiquement. Mais en conférence de presse, il sort un tas de mensonge auxquels personne ne croit. Cristiano a explosé à cause de ça, il s’est senti trahi », a déclaré le journaliste espagnol de l’émission El Chiringuito, Edu Aguirre, très proche de CR7. De son côté, Marca est même allé jusqu’à affirmer que Jesus et Proença avaient poursuivi CR7 jusqu’à l’aéroport pour le raisonner. Qui dit vrai ? Difficile de le savoir, tant que les principaux acteurs de l’affaire n’auront pas donné leur version des faits. Toujours est-il que c’est peut-être la première fois que Ronaldo se fait autant bousculer en sélection. Pour son retour à Manchester United en 2021, le Lusitanien avait été pourri par Erik ten Haag, mais jamais un sélectionneur du Portugal ne lui avait autant tenu tête.
Depuis 2003, Ronaldo a connu six sélectionneurs : Luiz Felipe Scolari, Carlos Queiroz, Paulo Bento, Fernando Santos, Roberto Martinez et donc Jorge Jesus. À chaque fois, le numéro 7 était placé comme l’élément intouchable. Il faut avouer, à la décharge de Scolari, Bento et de Santos, que ce choix s’imposait souvent comme une évidence au moment où CR7 était au sommet de sa carrière, notamment au Real Madrid (2009-2018). Puis le temps des reproches est arrivé à partir de la Coupe du Monde 2022. Après un Euro 2020 réussi (5 buts), Ronaldo avait déjà 37 ans et a enchaîné le Mondial 2022 et l’Euro 2024 en tant que titulaire, mais avec deux buts marqués (2 en 2022, 0 en 2024). Rebelote l’été dernier lors du Mondial 2026. CR7 a certes marqué trois fois (dont deux fois contre l’Ouzbékistan), mais le capitaine de la Seleção ne cessait de renvoyer l’image d’une légende devenue un poids mort pour son équipe. Pas de quoi perturber Roberto Martinez, sélectionneur du Portugal, mais qui était en négociations avec Al-Nassr (qui ont échoué), le club de CR7. Pour beaucoup, Jorge Jesus a donc été l’homme qui a fait tomber l’icône nationale. Un choix logique sur le plan sportif, mais qui interpelle quand même, en raison du statut de Cristiano Ronaldo en sélection, et surtout du refus de ce dernier de tirer sa révérence malgré son âge. Interrogé par A Bola en 2023, Fernando Santos, l’entraîneur qui a donné le premier Euro au Portugal, avait d’ailleurs révélé à quel point il était difficile pour un sélectionneur portugais d’annoncer, même en privé, à CR7 qu’il allait démarrer le match du Mondial 2022 contre la Suisse (6-1) sur le banc. « Je suis allé lui expliquer qu’il ne jouerait pas (il est entré en jeu à la 73e minute, ndlr) et il l’a mal interprété. Depuis le jour où je suis rentré du Qatar, on ne s’est plus parlé. »
«Et un jour, j’ai dit à Neymar : ‘toi, finish’»
Imaginez donc le courage qu’il a fallu à Jorge Jesus pour faire la même chose en pleine conférence de presse. Ce n’est pas la première fois que CR7 fait des siennes en sélection. Au Mondial 2010, après une élimination en huitième de finale, il avait directement visé Carlos Queiroz à l’issue du match. En mars 2021, il a quitté le match contre la Serbie en jetant son brassard de capitaine par terre, après un but annulé. Trois mois plus tard, il a de nouveau jeté son brassard après l’élimination contre la Belgique. Enfin, lors du Mondial 2022, Fernando Santos, avait provoqué l’ire de sa star une deuxième fois en le sortant dès la 66e minute contre la Corée du Sud. « T’es pressé de me sortir ? », lui avait lancé CR7. « Maintenant que j’ai vu les images, je n’ai pas apprécié, je n’ai vraiment pas apprécié », avait répondu le sélectionneur. Mais à chaque fois, Ronaldo s’en sortait sans réelles conséquences. Hier, Jorge Jesus a donc frappé fort et lui a surtout rappelé qu’il n’est pas un homme qui se laisse faire. Même par les plus grandes stars des clubs qu’il a entraînés. Il suffit de remonter presque trois mois en arrière pour en avoir le cœur net. Lors de son intronisation au poste de sélectionneur national, Jesus avait été cash.
« Le passé et le nom ne comptent pas pour moi. J’ai déjà entraîné 2 des 3 meilleurs joueurs du monde. Et un jour, j’ai dit à Neymar : ‘toi, finish’ ». Une déclaration en référence à une conférence de presse datant de janvier 2025 durant laquelle Jesus, alors coach d’Al-Hilal, avait annoncé que Neymar, qui avait été recruté pour 90 M€, n’allait pas être inscrit en championnat. « Neymar ne sera pas inscrit dans l’équipe pour le championnat. La Ligue saoudienne fait partie des meilleures ligues du monde. Tous les joueurs d’Al Hilal peuvent jouer pour n’importe quel club d’Europe. C’est un joueur qui ne laisse aucun doute, un joueur de classe mondiale. Mais la vérité, c’est que physiquement, Neymar ne peut plus évoluer au niveau auquel nous sommes habitués. Les choses sont devenues difficiles pour lui. » À un degré moindre, les supporters de Benfica se souviennent également quand Jesus, lors de son deuxième passage à Benfica (août 2020-décembre 2021) avait écarté le milieu de terrain Pizzi, l’idole des fans et le leader du vestiaire des Aguias, pour des différends personnels. Ou encore quand il s’était pris le bec avec son buteur star Oscar Cardozo lors de la finale de la Coupe du Portugal en 2013, l’Uruguayen allant même jusqu’à pousser son coach à qui il reprochait de l’avoir remplacé trop tôt. Treize ans après, Cristiano Ronaldo n’est pas allé jusque-là, mais il rejoint les stars que Jorge Jesus a clouées au pilori. Sans trembler.
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