La semaine dernière, le monde du football a assisté aux adieux de Lionel Messi à la sélection argentine à l’occasion d’un match amical face au Bénin (3-0). À 39 ans, le célèbre numéro 10 albiceleste a décidé de tourner la page après 208 sélections et 126 buts marqués. Face aux Guépards, le natif de Rosario a d’ailleurs conclu son aventure en sélection en marquant le dernier but du match après avoir signé deux passes décisives. À l’issue de la rencontre, l’heure de l’émotion avait sonné pour un homme qui a réussi à remporter deux Copas América et le Graal, à savoir la Coupe du Monde 2022. Un moment suspendu pour lequel la planète football s’est émue. Mais pas forcément les Béninois…

Dix-neuf heures d’avion
Quelques heures après la rencontre, le sélectionneur des Guépards, Gernot Rohr, avait publiquement reproché l’attitude des Argentins au micro de RMC. « Le seul point noir, c’est que les Argentins ne nous ont rien donné. Pas une photo de Messi, pas un maillot. Ils ne nous ont même pas laissé entrer dans le couloir, même pas dans le vestiaire, la sécurité refusait tout le monde. Il y a des joueurs qui sont venus pour échanger leurs maillots, on savait que ça allait être difficile. On a tout essayé, mais on n’a rien eu. On a offert un bouquet de fleurs aux couleurs du Bénin, jaune, rouge et vert, mais ça n’a pas marché. » Ce lundi, c’est au tour de son adjoint Tunde Adelakun de prendre la parole dans un long message publié sur The African Football Club. Un long billet qui a retracé les émotions vécues par toute une équipe et son staff. À commencer par l’excitation contenue au moment d’apprendre que le Bénin avait réussi à décrocher ce match amical face aux champions du monde 2022 et finalistes de l’édition 2026.
« Lorsque, quelques jours seulement avant l’ouverture du stage préparatoire aux deux premiers matchs de groupe des qualifications pour la CAN 2027, nous avons appris que nous allions nous rendre à Buenos Aires pour disputer un match amical contre l’Argentine en guise d’hommage final au grand Lionel Messi, nous (le staff, ndlr) avons été envahis par une joie silencieuse et maîtrisée. Silencieuse et maîtrisée, car nous devions montrer l’exemple, en tant que membres du staff technique, et ne pas laisser transparaître d’émotions qui auraient pu détourner notre attention des deux matchs importants qui nous attendaient : un déplacement délicat face au Burkina Faso, favori de la poule, puis une rencontre « à domicile » contre la Mauritanie à Abidjan ». Une tactique payante puisque les Guépards ont su récolter quatre points sur six (nul face au Burkina Faso et victoire contre la Mauritanie). Après l’excitation, place à l’impatience due à un voyage à rallonge. « Treize longues heures de Paris à Buenos Aires, sans oublier les six premières heures d’Abidjan à Paris et l’escale. Une journée entière de voyage, réparti en trois groupes, pour disputer ce match. Mais pour beaucoup d’entre nous, comme moi, cela valait largement la peine. »
Le «coup de grâce» porté par Messi
Fatigués, mais heureux de faire partie des acteurs du dernier récital de Messi sous les couleurs albicelestes au Monumental, les Béninois ont ensuite sévèrement déchanté. Leur sélectionneur a bien témoigné de l’inaccessibilité de Messi, mais Tunde Adelakun en a rajouté une couche en dénonçant à son tour l’attitude des Argentins. « En tant qu’équipe, les Guépards du Bénin sont venus rendre hommage à Messi. L’équipe a voyagé dans des conditions extrêmement difficiles pour offrir à cet homme un adieu digne de lui. Ce qui m’a frappé, c’est le refus très évident et flagrant de l’équipe argentine de vouloir avoir quoi que ce soit à faire avec mon équipe après le match. Les poignées de main à la fin de la rencontre ont été précipitées et impersonnelles. Et toute tentative de nos joueurs de s’approcher de l’homme qu’ils étaient venus célébrer a été repoussée de manière plutôt hostile par les agents de sécurité présents sur place. Il est clair qu’ils ne voulaient collectivement pas se trouver au même endroit que mon équipe du Bénin. C’était plutôt dérangeant. Certains de nos joueurs, qui sont assez jeunes et qui ont grandi en idolâtrant Lionel Messi, voulaient l’apercevoir, prendre des photos et lui serrer la main. Cela n’a pas été possible. Lorsqu’ils ont formé une haie d’honneur en son honneur, quelqu’un a suggéré que notre équipe s’aligne pour l’applaudir à son passage. À voir la rapidité avec laquelle les agents de sécurité ont dispersé le petit groupe de joueurs qui s’était formé, on aurait pu croire que mes garçons étaient des voyous en pleine émeute », a-t-il écrit, avant d’expliquer « le coup de grâce » porté par Messi à son équipe.
« Alors que nous étions en train de débattre pour savoir si les agents de sécurité avaient dépassé les bornes en appliquant les consignes de contrôle des foules, le coup de grâce est tombé. Lionel Messi effectuait un tour d’honneur autour du terrain sous les applaudissements de la foule. Il a fait le tour complet du terrain avec ses coéquipiers, lentement, en savourant les applaudissements. Vers la fin du tour, certains de mes joueurs se sont alignés le long de ce qui devait être son chemin naturel pour terminer le tour d’honneur. C’était lui qui menait. Mes garçons étaient là. Ils voulaient simplement qu’il marche vers eux pour qu’ils puissent l’applaudir et lui témoigner leur admiration. Au tout dernier moment, Leo a fait un détour inattendu et, évitant délibérément le groupe de joueurs béninois qui s’était formé, s’est dirigé vers le centre du terrain. Ce fut un nouveau coup bas de la part d’un homme vénéré par beaucoup et qui, dans l’esprit de nombreux jeunes Africains, ne pouvait pas faire de mal. Cela soulevait une question : si c’était l’Angleterre ou l’Espagne qui était venue disputer ce match d’adieu contre l’Argentine pour faire ses adieux à Messi, auraient-elles été traitées de la même manière que le Bénin ? » Une interrogation qui n’aura finalement jamais de réponse…
Lionel Messi
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