La crise des droits télévisuels continue de peser lourdement sur le football français. Plusieurs mois après le lancement de Ligue 1+, la chaîne créée par la LFP pour diffuser le championnat, le modèle économique du football tricolore reste fragile et les discussions se poursuivent pour trouver une solution durable. Les revenus générés par la nouvelle plateforme demeurent insuffisants pour répondre aux besoins financiers des clubs, qui espèrent toujours obtenir des ressources plus importantes. Comme nous vous l’annoncions plus tôt ce lundi, LFP Media prépare déjà la suite et entend relancer les négociations avec les diffuseurs susceptibles de s’intéresser à la Ligue 1. Un nouvel appel d’offres doit ainsi être lancé en novembre pour la période 2027-2032, avec une stratégie sensiblement différente de celle adoptée lors des précédentes consultations. Un lot unique regroupant l’ensemble des rencontres du championnat, afin de rendre le produit plus lisible et plus attractif pour les chaînes et les plateformes, sera en jeu. Après les nombreux rebondissements de ces dernières années, la Ligue espère enfin trouver un partenaire capable de redonner de l’élan aux droits télévisuels français.

Ce nouvel appel d’offres illustre aussi les limites du modèle actuel. Malgré les efforts déployés pour installer Ligue 1+ dans le paysage audiovisuel, les revenus issus de la plateforme ne permettent pas, à eux seuls, de répondre aux attentes des clubs professionnels. La possibilité de s’appuyer sur un diffuseur majeur reste donc au cœur des réflexions de LFP Media, qui devra convaincre les acteurs du marché de la valeur du championnat français. Encore faut-il que la Ligue 1 soit en mesure de susciter suffisamment d’intérêt pour attirer de nouveaux investissements. La qualité de la production, la capacité à créer des rendez-vous incontournables et le traitement éditorial des rencontres figurent parmi les enjeux majeurs. Dans ce contexte, les audiences constituent un indicateur particulièrement scruté, aussi bien par les dirigeants du football français que par les éventuels candidats aux futurs droits. Pour la première fois, Ligue 1+ a justement décidé de mettre en avant plusieurs chiffres permettant de mesurer son installation auprès du public. Dans un entretien accordé à RMC Sport, Jérôme Cazadieu, directeur éditorial de LFP Media, a dressé un premier bilan de la saison, en insistant sur les audiences télévisuelles, les performances sur les réseaux sociaux et la satisfaction des abonnés.

Un bilan globalement positif

Pour Jérôme Cazadieu, le bilan des premiers mois de Ligue 1+ est plutôt positif, notamment au regard des objectifs fixés au lancement de la chaîne. « Nous avons déjà bien résisté l’été dernier vis-à-vis de nos abonnés. Notre objectif était d’augmenter leur satisfaction tout en allant en chercher de nouveaux abonnés et de proposer un produit encore plus premium, plus innovant et encore plus immersif. Sur ces points-là, je pense que nous sommes plutôt contents de ce que nous avons fait. Nous avons des indicateurs qui le montrent. Depuis le début de la saison, 14 millions de personnes ont été touchées par Ligue 1+, depuis le Trophée des champions, le 16 août. Je pense que c’est un indicateur qui parle », explique-t-il à RMC Sport. Le dirigeant met également en avant la place occupée par la plateforme auprès des jeunes adultes, une cible particulièrement importante pour les diffuseurs payants. « Si, par exemple, nous regardons les week-ends de Ligue 1, nous sommes la première chaîne payante de football en France chez les 15-49 ans. C’est la cible majeure des télévisions payantes aujourd’hui. Ces chiffres sont quand même la preuve que Ligue 1+ fédère les fans de Ligue 1 dans leur globalité. » La chaîne entend ainsi démontrer qu’elle a réussi à conserver une base solide malgré les incertitudes entourant les droits télévisuels.

Pour accompagner cette dynamique, elle mise aussi sur des formats capables de séduire un public moins exclusivement attaché à un club. « Depuis le début de la saison, sur les dix meilleures audiences du football payant, la moitié concerne des affiches diffusées sur Ligue 1+. Cela montre que nous touchons du monde et que nous sommes un peu grand public », souligne Cazadieu. Le multiplex du samedi soir constitue notamment l’un des leviers de cette stratégie. « Depuis le début de la saison, le multiplex du samedi soir rassemble près de 400.000 téléspectateurs en moyenne, soit 16 % de plus que la saison dernière. » Au-delà des retransmissions en direct, Ligue 1+ cherche également à étendre son influence sur les réseaux sociaux, devenus incontournables pour attirer de nouveaux spectateurs et prolonger l’exposition du championnat. Sur ce terrain, Jérôme Cazadieu avance des chiffres particulièrement importants. « Depuis le début de la saison, sur les plateformes sociales de Ligue 1 et de Ligue 1+, nous en sommes à un milliard de vidéos vues. Je ne sais pas si tout le monde a bien conscience de ce que représente ce chiffre, avec 80 millions d’engagements. Ce sont des personnes qui vont partager le contenu, le commenter ou interagir avec lui. »

Une position éditoriale assumée

Ces performances ne reposent pas uniquement sur les images des matches, mais aussi sur les émissions, les interviews et les prises de position des consultants. L’objectif consiste à faire circuler les contenus bien au-delà de la communauté des abonnés et à donner davantage de visibilité aux acteurs du championnat. « Nous utilisons nos réseaux sociaux pour aller chercher de nouvelles personnes. Nous avons aussi des consultants, avec une équipe renforcée, qui apportent leurs convictions et leurs opinions », poursuit-il. Le dirigeant cite notamment les retombées des propos d’Adil Rami après Troyes-OM. « Quand Adil Rami dit qu’Abdelli aurait dû prendre un carton rouge lors de Troyes-OM, plus d’un million et demi de personnes ont repris ses propos. Nous effectuons le travail. La chaîne a un peu plus d’un an d’existence, il faut se rappeler d’où nous partons. C’est un succès aujourd’hui, et pas seulement un succès éditorial. » Dans cette logique, les interviews et les séquences fortes sont conçues comme des outils de rayonnement pour le championnat. Cazadieu évoque ainsi l’entretien de Pierre Sage après Lens-Lyon, repris par plusieurs médias. Il met également en avant les innovations de la chaîne, de la sonorisation des arbitres à la Refcam, sans oublier les images en immersion dans les vestiaires. Autant d’initiatives destinées à différencier Ligue 1+ et à renforcer l’intérêt autour des rencontres. Reste à savoir si ces indicateurs permettront de consolider durablement le modèle économique de la chaîne, alors que les négociations sur les droits télévisuels restent ouvertes. Sur ce point, Jérôme Cazadieu insiste sur la satisfaction des abonnés, présentée comme un socle essentiel avant de poursuivre le développement de la plateforme.

« Nous réalisons chaque année une étude avec Ipsos et BVA, deux fois par saison, sur l’intérêt pour la Ligue 1. Selon la dernière, réalisée en septembre, nous enregistrons 96 % de satisfaction chez les abonnés de Ligue 1+. Nous avons consolidé ce qui constituait un élément important et nous devons maintenant nous développer. Nous sommes dans la phase de développement de la chaîne. Elle a quatorze mois. Nous essayons d’aller plus vite que la musique, mais, à un moment donné, les effets de levier ne se font pas en un claquement de doigts. » Le directeur éditorial de LFP Media estime donc que les premiers résultats doivent être appréciés au regard de la jeunesse du projet, même si la pression financière impose d’accélérer. Les grandes affiches demeurent par ailleurs les principales locomotives de la chaîne. Le Classique entre l’OM et le PSG, remporté par les Parisiens (2-1) le 20 septembre, a ainsi réuni 932.000 téléspectateurs en moyenne, avec un pic largement supérieur au million et une part d’audience de 5,6 %. « Par rapport à la saison dernière, nous nous situons plutôt autour de l’audience du match retour du Classique », précise Cazadieu, qui rappelle que le contexte sportif peut également peser sur l’intérêt suscité par une rencontre. « Mais les locomotives restent toujours les mêmes aujourd’hui en matière d’audience. » Rennes-PSG a ainsi rassemblé 754.000 téléspectateurs en moyenne, tandis que le Trophée des champions entre Lens et le PSG a attiré 729.000 personnes. Des chiffres que Ligue 1+ entend valoriser alors que se prépare un nouvel épisode décisif pour l’avenir des droits télévisuels français.