Loué pour sa gestion, notamment l’an dernier, le Racing Club de Lens a surpris tout le monde mardi en annonçant la fin prématurée de son union avec Dino Toppmöller, arrivé trois mois plus tôt pour succéder à Pierre Sage. « Dans un esprit de respect mutuel, le Racing Club de Lens et Dino Toppmöller annoncent, d’un commun accord, la fin de leur collaboration. Au terme de nombreux échanges consacrés à la vie du groupe, au fonctionnement et l’organisation du staff, le Racing a fait part à son entraîneur de sa volonté de remodeler celui-ci. Ces évolutions structurantes n’ayant pu être partagées par Dino Toppmöller, le Club, en responsabilité, a pris la décision de mettre un terme à sa mission, ainsi qu’à celle de ses deux adjoints. Le Racing Club de Lens tient à saluer la sincère humanité et l’élégance dont Dino Toppmöller a constamment fait preuve. Le Club précise également que le tacticien a accepté de renoncer à une partie substantielle de ses indemnités contractuelles», pouvait-on lire sur le communiqué de presse.

Lens justifie son choix de se séparer de Toppmöller
En Allemagne, pays d’origine du coach de 45 ans, les langues se sont déliées. Certains médias ont révélé qu’un profond désaccord aurait éclaté après la mise à pied par le RCL de Nelson Morgado, l’un des adjoints de confiance de Toppmöller qui aurait eu quelques soucis avec des membres français du staff. Un choix vécu comme une injustice et qui a acté le divorce entre l’entraîneur et son club. Nous vous avons aussi expliqué sur notre site que le technicien allemand a aussi eu des désaccords avec certains de ses joueurs cadres, notamment concernant sa tactique et certains choix. Ce jeudi, Jean-Louis Leca (directeur sportif) et Benjamin Parrot (directeur général) ont fait face à la presse pour rétablir leurs vérités et expliquer ce choix qui a pu étonner. Et c’est le DG qui a pris la parole en premier pour justifier le départ de Toppmöller. Ses propos sont relayés par nos confrères de RMC Sport.
«Il y a trois mois, on présentait le coach, Dino Toppmöller. Parmi les mots que j’employais, je parlais de deux trajectoires ascendantes (…) Elles doivent converger à terme dans la même direction. Si on est là aujourd’hui, c’est que ça n’a pas fonctionné. Il faut avoir l’humilité de le dire. Ce processus qui vous est apparu soudain, pour nous, le fait que les deux chemins n’aient pas convergé, est le fruit de notre observation qui s’est faite sur le long cours. Avant même le Trophée des champions, on a senti qu’il y avait deux côtés dans le staff, un lensois et un étranger. Là où on imaginait des ponts, il y a un mur qui s’est créé. On a mis en place un tas d’actions pour que tout le monde se rapproche : une prise de parole de Jean-Louis (Leca), des réunions… mais cette non-connexion avait des conséquences sur l’équipe. On a donc dû agir en responsabilité et pris une décision. Cela a pu être perçu comme une ingérence sportive mais non, c’était du management pour que tout le monde se rapproche».
Yannick Cahuzac, le nouvel homme fort
Il poursuit : «cette décision n’a pas été acceptée par l’entraîneur. (…) Dino, je n’enlève pas une virgule sur ce qui a été dit sur lui. Tout a été fait dans un profond respect mutuel. On a dû prendre nos responsabilités. On arrive sereinement car c’était notre devoir. Quand ça ne part pas droit, il faut tout de suite rectifier.» Un avis partagé par Leca, qui s’est aussi exprimé sur le sujet. «La première pensée qui me vient est pour Dino. J’ai rencontré un homme extraordinaire, un bon entraîneur. Là où je suis assez tranquille, c’est comment sont nos échanges, encore maintenant. On était convaincus au mois de juin de ce choix-là, qu’on pouvait amener quelque chose de plus. Ça n’a pas pris. Maintenant, il y a un futur et on ne doit pas le compromettre, d’où notre réflexion qui ne date pas de trois jours. J’entends, il y a eu quatre matches. Mais nous, on réfléchit en trois mois. Ce qui s’est passé sur trois mois nous laissait penser qu’on ne prenait pas la bonne direction, d’où cette réorganisation qui a amené à ce que vous savez.»
Ensuite, il a été temps d’évoquer la suite et le cas de Yannick Cahuzac, qui va diriger l’équipe dès demain face à l’AS Monaco. «Quand Yannick a intégré le club, bien sûr que dans notre réflexion, il pouvait être un jour un coach, et celui de l’équipe première du RC Lens. (…) Aujourd’hui, c’est le choix le plus naturel que de faire appel à lui. Je ne veux pas qu’il y ait d’accusations de choses qui ont été faites délibérément. On parle beaucoup de Jean-Louis, mais quand on parle de lui, on parle de moi et du club. C’est un directeur sportif qui est au cœur d’une organisation et son choix, c’est mon choix, celui d’Oughourlian. C’est méconnaître le fonctionnement du RC Lens de penser qu’une décision ait pu être prise de manière anticipée et calculée. On a agi en réaction. J’ai vu un directeur sportif qui a tout donné pour son entraîneur (Toppmöller), qui a mis tous ses sens au service d’un groupe. Il nous faut mettre toute cette énergie auprès de Cahuzac et de son staff désormais», a assuré Benjamin Parrot.
Les dessous d’une promotion qui a fait parler
«Quand on donne notre confiance, c’est difficile de la limiter dans le temps. Il n’y a pas de notion d’intérim. Aujourd’hui, il est entraîneur de l’équipe première. Il a le match contre Monaco puis une trêve de 3 semaines qui arrivent. Il n’y a pas de limitation de temps (…) Pour parler du dénominateur commun qui ont fait des entraîneurs de Lens des entraîneurs marquants, je dirais que la transmission des principes, le caractère pédagogue, sont des critères assez prenants. Il y a dans Yannick ce côté instructeur que l’on sent, que l’on pouvait sentir chez Franck (Haise), chez Pierre (Sage). Nous, on est là pour l’aider à être la meilleure version de lui-même en tant que coach, ce qu’il a déjà prouvé en tant que tacticien», a-t-il précisé avant d’évoquer les sous-entendus sur les liens forts entre Cahuzac et Leca qui auraient contribué à sa promotion. «Jugez-nous sur nos résultats mais ne nous condamnez pas sur des procès d’intention. Tout ce qui circule sur Jean-Louis et son amitié… j’étais aussi le compagnon de bord de Yannick quand il était adjoint. (…) Cette question m’interpelle sur deux plans. Sur la morale de notre directeur sportif, en laquelle j’ai une confiance infinie. (…) Ces questions altèrent sa morale. Et le fonctionnement d’un club. Vous croyez qu’aujourd’hui, on prend ces décisions parce que Yannick est l’ami de Jean-Louis? (…) Là il y a un directeur sportif qui est structuré et un entraîneur qui arrive avec un disque dur déjà performant. Il faudra l’aider à passer de super technicien à entraîneur confirmé».
Questionné sur ce lien fort, Leca a été clair. «Cela ne me blesse pas. Je comprends que les gens puissent penser ça. Mais on ne peut pas passer de propos élogieux sur Yannick il y a quatre mois à, maintenant, "c’est son copain". Je veux juste que tout le monde garde de la lucidité. Oui, c’est mon ami. Mais pas dans ces murs. Dans ces murs, je suis son N+1. Cette situation, je l’ai déjà connue ici. En 2019, quand Flo et Yannick sont arrivés, c’était "il fait venir ses copains". Je veux bien qu’on fasse des procès d’intention mais sur des trucs vrais. Mais on n’empêchera jamais les gens de parler… On a une grande confiance en Yannick, sur sa vision. (…) On ne va pas se mentir, c’est un jeune entraîneur, ce n’est pas un entraîneur fini. Il comprend ce qu’est ce club. Pour nous, dans ses valeurs de jeu, d’intensité, d’être dominant, proactif, c’est ce qu’on aime et ce qu’on est. Je l’ai vu évoluer à travers des dires (…) et aujourd’hui on est conscients qu’il y a un potentiel, on est confiants sur ce qu’on peut emmener et on se dit que c’est la bonne personne.»
Les Lensois vont bien payer une amende de 25 000 € par match
Lens va donc avancer avec Cahuzac, qui passe son BEPF, le diplôme requis pour entraîner une équipe de Ligue 1. «On ne peut pas se mettre dans les règles. (…) On va s’acquitter de l’amende (25 000 euros par match, ndlr)», a confirmé Parrot. «Pour l’organisation, on va se caler sur les semaines où il doit partir. On va se rapprocher aussi de la Fédération pour savoir ce qu’il est possible de faire et ne pas faire. C’est tellement frais aujourd’hui qu’on est d’abord concentré sur Monaco. On n’a pas encore toutes les réponses. Le but est d’amener de l’énergie nécessaire et de préparer Monaco. On a trois semaines derrière pour réorganiser tout ça. On veut mettre une tranquillité sur le groupe. Pour le moment, on n’est pas rentré clairement dans ce sujet-là. On avait déjà un staff assez conséquent (…) On entrera ensuite en réflexion avec lui pour savoir. Où seront ses semaines de stage, comment on va organiser les semaines quand il ne sera pas là, de quoi il a besoin ? Mais on a déjà un staff compétent, on essaie déjà de mettre du calme et reprendre les bases sur lesquelles on avait quelques certitudes.»
Concernant le staff, Benjamin Parrot a aussi pris un peu de temps pour évoquer les départs. «Les trois départs se sont faits en accord avec le club. Aujourd’hui, la page est tournée. Le fait qu’un accord ait été trouvé aussi rapidement, c’est aussi une reconnaissance de l’autre part que ça n’a pas marché. Cela montre qu’on est sur une même longueur d’onde et que les échanges se sont passés en harmonie, aussi durs soient-ils. L’ensemble du club salue la coopération qui a escorté ces discussions.» Tout cela a tout de même suscité une certaine crainte chez les supporters. Les dirigeants ont tenu à les rassurer en expliquant clairement les soucis qu’ils avaient. «Je comprends l’inquiétude. Le supporter n’a pas la sensation de faire du Lens. Nous, en interne, on n’a pas la sensation de faire du Lens. Le supporter voit ça sur quatre matches, nous on voit ça sous un prisme de trois mois. Mais je comprends l’inquiétude. Mais sur les premières mauvaises ondes, ma première intervention se fait la semaine contre Paris. (…) Je ne parle pas de résultats, mais d’être connecté sur ce qu’on fait depuis 5-6 ans. On perdait cette continuité. Il a fallu rectifier. Quand ça ne va pas dans un club, souvent c’est un adjoint qui reprend. Pour nous, ça nous semblait légitime qu’un adjoint qui a été capitaine du club, qui a été façonné par un Haise, Le Bris, qui a été l’entraîneur adjoint de l’entraîneur de l’an dernier, qui a une certaine expérience et qui connaît le RC Lens, ça nous semblait évident que Yannick était la bonne personne pour reprendre le fil de ce qu’on était en train de perdre», a indiqué le DS. Son DG a aussi évoqué ce point.
La réaction des joueurs à toutes ces secousses
«On sent tout ce qui touche le club, quand il y a des secousses. Pour moi faire du Lens, c’est faire preuve de courage. Dans cette situation, bien des clubs auraient pu se dire donnons-nous du temps. Alors que tous les signaux ont été mauvais. Pour moi, c’est ça Lens: reconnaître quand on est bon mais aussi quand on s’est trompé. Et c’est aussi faire l’autopsie de ce choix. On s’est beaucoup plus torturé ces derniers jours qu’on s’est laissés bercer par l’euphorie de la Coupe de France. Je pense qu’on a pris nos responsabilités et on a agi avec le respect qu’on doit à nous tous.» Les deux hommes ont conclu en répondant aux interrogations concernant les joueurs et leur réaction à tous ces changements. «L’accueil n’est jamais évident car ce ne sont pas des bons moments à passer. Quand on rentre et qu’on parle à un groupe, on voit les visages. On a de la culpabilité à se dire est-ce qu’on a bien fait les choses ou pas, on a aussi une responsabilité. Mais cette continuité qu’on veut retrouver et qu’on va remettre en place apaise et soulage et tranquillise. Le fait d’avoir depuis 5-6 ans un système, une méthodologie d’entraînement, un jeu huilé, j’ai ressenti une tranquillité - j’ai eu des discussions formelles et informelles. Mais ça ne critique en rien une méthode passée qui n’a pas pris», a admis Leca.
Benjamin Parrot a ajouté : «deux mots: cadre et repère. (…) Plutôt que d’attendre, on a choisi nos fondamentaux. Aujourd’hui, on ressent le retour à ce que l’on est, à ce que l’on connaît, à ce que l’on sait faire.» Il en a profité pour répondre aux questions sur les liens avec les cadres de l’équipe. «On vient ici, on n’a aucun problème à assumer et dire tout ce qui s’est passé. De la même manière, les cadres, quand ils viennent, ça ne se fait pas dans un buisson. Les cadres dans le vestiaire sont comme des dirigeants. On les écoute. Parfois, on est d’accord, parfois pas d’accord. Quand on les voit, le coach sait qu’on les voit. On sait cloisonner le niveau de discussion et mettre les limites, mais c’est notre fonctionnement avec les cadres. Cette connexion profonde entraîne du dialogue, parfois des désaccords, mais évite l’inertie.» Leca précise : «On a eu des discussions avec beaucoup de monde, pas que les cadres. On a demandé à des cadres de venir nous voir, ce ne sont pas eux qui sont venus. J’ai été cadre dans ce club, je sais ce que ça a apporté. Bien entendu qu’on échange avec nos cadres. (…) Quand on fait un bilan factuel, ça n’a pas trop mal marché. Quand on essaie d’avoir la stabilité, on essaie sur des choses qui ont bien fonctionné. Échanger, avoir toutes les informations, pour derrière statuer, c’est primordial. (…) Nous avons demandé des rendez-vous pour parler à des cadres mais aussi à d’autres joueurs.» Après les secousses, Lens veut repartir plus sereinement avec Cahuzac à la barre cette fois-ci.
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