La défaite face au PSG n’a fait qu’ajouter une nouvelle couche à la crise qui secoue l’Olympique de Marseille. Battu pour la quatrième fois consécutive en Ligue 1, malgré une prestation longtemps cohérente face au champion d’Europe, le club phocéen s’enfonce dans une période particulièrement lourde sur le plan sportif, économique et institutionnel. Au Vélodrome, la colère ne vise désormais plus seulement les joueurs ou les entraîneurs. Frank McCourt est régulièrement apostrophé par les supporters, et le Classique de dimanche n’a pas échappé à la règle avec plusieurs banderoles directement adressées au propriétaire américain. Après plusieurs années durant lesquelles McCourt a régulièrement remis de l’argent pour accompagner les déficits, le JDD rapportait dimanche que l’homme d’affaires aurait encore injecté 120 millions d’euros au premier semestre 2026 avant de décider de ne plus vouloir combler systématiquement les pertes et s’ouvrir vers le Golfe Persique. Le même journal évoque une période d’austérité susceptible de durer « deux ou trois ans », alors que l’OM aurait enregistré 105 millions d’euros de pertes sur l’exercice 2025 et doit composer avec les contraintes de la DNCG et de l’UEFA. L’hypothèse d’une ouverture du capital ou d’une éventuelle vente retrouve forcément de l’épaisseur, même si aucun rachat n’est aujourd’hui annoncé comme imminent. Stéphane Richard doit surtout trouver de nouvelles ressources et le JDD évoque notamment des pistes commerciales dans le Golfe. Une question se pose alors naturellement. Si un acteur du Moyen-Orient voulait un jour s’installer à Marseille, vers qui pourrait-il se tourner ?

Le premier réflexe conduirait évidemment vers les puissances qui ont déjà fait du football européen un instrument majeur de leur stratégie internationale. Le Qatar possède le PSG et a construit depuis plus d’une décennie une visibilité mondiale autour du club parisien. L’Arabie saoudite a massivement investi dans son propre championnat, ses clubs et ses compétitions nationales, avec une stratégie qui dépasse largement le simple achat de joueurs. Newcastle est également devenu l’un des exemples les plus visibles de cette présence saoudienne en Angleterre, même si le modèle anglais impose désormais ses propres contraintes économiques et réglementaires. Le Golfe est devenu un marché extrêmement concurrentiel où chaque État cherche sa propre fenêtre vers l’Europe, avec des stratégies différentes selon ses moyens, son ambition et son rapport au football. Dans cette bataille de visibilité, Marseille possède un argument qu’aucun projet construit artificiellement ne peut facilement reproduire. L’OM est déjà une marque mondiale, avec une histoire européenne, une immense communauté de supporters et une identité suffisamment forte pour servir de caisse de résonance à un nouvel investisseur. C’est précisément ce qui rend l’hypothèse moyen-orientale intéressante à observer, y compris du côté de pays moins immédiatement associés aux rachats de grands clubs européens.
Iran, l’ouverture sur l’Occident
L’Iran, très fragilisé avec une diaspora portée par le mouvement royaliste pour le fils du Shah ou le mouvement militantiste de Femme Vie Liberté, constitue ainsi un cas particulièrement singulier. Depuis le 28 février 2026, le pays évolue dans un environnement géopolitique extrêmement dégradé, après le déclenchement de la guerre avec les États-Unis et Israël. Le conflit a profondément bouleversé le quotidien iranien et le football lui-même, puisque le championnat national a été interrompu durant plusieurs mois avant de reprendre en août. Pourtant, même au milieu de cette période de crise, le football reste l’un des rares langages capables de dépasser les frontières iraniennes. La sélection nationale a participé à sa septième Coupe du Monde en 2026 et le pays possède une véritable culture footballistique, portée notamment par des clubs historiques comme Persepolis, Sepahan ou Esteghlal. La Fédération iranienne est par ailleurs une institution solidement implantée dans le paysage international, avec une présence régulière dans les compétitions FIFA et AFC. L’Iran dispose d’une importante passion populaire pour le football et d’une sélection capable d’exister au plus haut niveau asiatique, mais son exposition internationale reste fortement limitée par son isolement diplomatique, les sanctions économiques et les tensions géopolitiques. Les clubs iraniens ont d’ailleurs été contraints de jouer certaines rencontres continentales à l’extérieur en raison de problèmes d’infrastructures et de sécurité. C’est là que l’idée d’un investissement dans un club européen prend une dimension presque géopolitique. Il ne s’agirait évidemment pas de présenter un éventuel rachat iranien de l’OM comme une réalité, encore moins comme une opération actuellement négociée, surtout avec la présence de Shéhérazade Semsar de Boisséson, dirigeante franco-iranienne de McCourt Global et de l’OM. Le raisonnement relève plutôt d’une hypothèse sur la manière dont le football peut servir de passerelle lorsqu’un État ou des investisseurs issus d’un pays souffrent d’un déficit de visibilité internationale.
Le concept de soft power repose précisément sur cette capacité à exister par l’attractivité plutôt que par la puissance militaire ou économique seule. Pour l’Iran, le football pourrait théoriquement constituer une vitrine particulièrement puissante, car sa popularité domestique est déjà acquise. La différence serait de déplacer cette visibilité sur une scène européenne. Avec son histoire, son public, son nom et son exposition médiatique, Marseille offrirait une caisse de résonance considérable. Mais l’obstacle serait immense. Un investissement iranien devrait composer avec les sanctions internationales, les restrictions financières, la sensibilité politique d’une telle opération et potentiellement un dirigeant proche d’une République islamique très fragilisée. Le contexte de guerre rend d’autant plus hypothétique cette perspective. Reste que le cas iranien montre quelque chose d’essentiel dans le nouveau football mondial. La question n’est plus seulement de savoir qui possède les ressources pour acheter un club, mais aussi qui cherche une porte d’entrée vers l’Europe et pour quelles raisons. L’hypothèse iranienne possède surtout un précédent concret. Farhad Moshiri, homme d’affaires britannico-iranien, avait pris le contrôle d’Everton après avoir également été actionnaire d’Arsenal. Autre profil intéressant, l’Iranien-américain Jahm Najafi avait été associé en 2023 à une tentative de rachat de Tottenham valorisée autour de 3,75 milliards de dollars. Aucun des deux hommes n’est aujourd’hui annoncé comme intéressé par l’OM, mais leurs parcours démontrent qu’un investisseur d’origine iranienne peut parfaitement viser un club majeur du football européen. Dans un pays où le football représente déjà une immense passion populaire, cette perspective donne une dimension supplémentaire à l’hypothèse d’une vitrine marseillaise.
Les invités surprises du Koweït et d’Oman
Le Koweït raconte une histoire différente, mais particulièrement intéressante depuis que le Classique français a posé ses valises à Koweït City. En janvier 2026, l’OM et le PSG se sont affrontés au Jaber Al-Ahmad International Stadium pour le Trophée des Champions, devant plus de 52 000 spectateurs. L’événement avait été organisé avec la Fédération koweïtienne et constituait une nouvelle démonstration de la volonté du pays de replacer le football au cœur de sa stratégie sportive et événementielle. Le Koweït n’est évidemment pas un nouvel acteur du football. Sa sélection possède une histoire importante dans le Golfe, avec neuf titres dans la Coupe du Golfe selon sa propre fédération, ainsi qu’une participation à la Coupe du Monde 1982. Mais le pays cherche aujourd’hui à reconstruire et développer son football. La FIFA évoquait encore en septembre 2026 le rôle de son programme Forward dans la croissance du football koweïtien et Gianni Infantino s’est entretenu avec les dirigeants de la fédération autour de nouvelles initiatives de développement. Cette dynamique ne signifie évidemment pas que le Koweït prépare un investissement dans l’OM. Elle montre plutôt que le pays veut renforcer sa présence dans l’écosystème footballistique international. Après avoir accueilli un Classique français dans son immense stade, le passage suivant pourrait, dans une hypothèse beaucoup plus ambitieuse, consister à chercher une présence durable en Europe. Le précédent est encore plus spectaculaire. Le milliardaire koweïtien Nasser Al-Kharafi avait tenté de racheter Liverpool à la fin des années 2000, avec une offre initialement estimée autour de 600 millions de livres. D’autres familles d’affaires koweïtiennes, notamment les Al-Sager, avaient également été associées aux discussions autour du club anglais. Al-Kharafi est décédé en 2011 et ne peut donc évidemment pas être considéré comme un potentiel repreneur actuel, mais son projet reste révélateur d’un appétit ancien pour le football européen. *
A quelques kilomètres, Oman présente encore un autre profil. Moins riche que les géants du Golfe et beaucoup moins présent dans la propriété des grands clubs européens, le sultanat possède pourtant une véritable culture footballistique et une longue histoire avec la Coupe du Golfe, dont la sélection participe aux compétitions régionales depuis 1974. La Fédération omanaise existe sous sa forme actuelle depuis 1983 et le pays a progressivement structuré ses compétitions et ses infrastructures. Oman a également participé aux qualifications de la Coupe du Monde à dix reprises et sa sélection a atteint les quarts de finale de la Coupe arabe en 2021. Son profil géopolitique rend surtout l’hypothèse intéressante. La capitale Muscat s’est imposé comme un interlocuteur diplomatique important dans une région particulièrement instable, notamment grâce à sa capacité à maintenir des canaux de discussion avec des acteurs qui ne se parlent pas toujours directement. En septembre 2026, Oman est encore au cœur des discussions régionales autour de la guerre en Iran, avec des rencontres diplomatiques organisées à Muscat. Imaginer un investissement omanais dans l’OM reste très spéculatif, mais le football pourrait théoriquement prolonger cette logique d’ouverture. Le pays ne disposerait pas de la puissance financière saoudienne ou émiratie, mais pourrait chercher une visibilité internationale différente, davantage fondée sur l’influence, le réseau et le développement d’un projet sportif.
La touche finale des Emirats arabes unis
Et puis il y a les Émirats arabes unis, hypothèse sans doute plus facile à comprendre lorsqu’on regarde ce qui existe déjà. Manchester City constitue depuis 2008 la locomotive du modèle émirati dans le football européen, avec un City Football Group majoritairement détenu par une structure appartenant au cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyan. Des travaux universitaires ont précisément étudié City Football Group comme un outil de diplomatie sportive et de soft power pour Abou Dhabi, en soulignant la manière dont la présence mondiale du groupe permet de construire une marque dépassant largement les frontières du Royaume-Uni. Mais l’intérêt d’un investisseur du Golfe pour la France ne se limiterait pas nécessairement à la possibilité d’acheter un géant déjà établi. Le modèle multi-clubs ouvre une autre perspective, celle de la formation et de la circulation des jeunes joueurs. Chelsea et Strasbourg ont déjà illustré cette logique avec BlueCo, puisque le groupe possède les deux clubs et a notamment organisé le transfert d’Emanuel Emegha, Valentin Barco et tant d’autres vers Chelsea. Pour un acteur émirati, un club français pourrait ainsi devenir une pièce d’un réseau destiné à former, exposer et valoriser de jeunes talents avant leur passage vers d’autres marchés. Et c’est ici que l’OM possède un potentiel particulier. Marseille n’est pas seulement un club à faire gagner, c’est aussi une marque à faire grandir et une porte d’entrée vers un championnat qui peut servir de laboratoire sportif. La géopolitique régionale permet enfin d’élargir encore le regard.
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie tente de reconstruire ses institutions et son image extérieure, dans un pays qui sort de plus d’une décennie de guerre et de fragmentation. Le nouveau pouvoir travaille à normaliser progressivement ses relations avec l’étranger tandis que les institutions syriennes se réorganisent, comme l’a encore illustré la constitution du nouveau Parlement en 2026. Et, là encore, le football peut jouer un rôle symbolique. La sélection syrienne a atteint les quarts de finale de la Coupe arabe 2025, réalisant un parcours supérieur aux attentes liées à son classement, preuve que le football peut encore produire des moments de projection collective pour un pays en reconstruction. Cela ne fait évidemment pas de la Syrie un candidat crédible au rachat de l’OM, et ce n’est pas le sujet, car l’intérêt est ailleurs. Depuis le PSG version Qatar, Manchester City version Abou Dhabi et les investissements saoudiens dans le football, le Golfe et plus largement le Moyen-Orient ont démontré que le football européen pouvait devenir un outil d’influence, de développement économique, de formation et de rayonnement, surtout avec l’organisation qatarie de la Coupe du Monde, et celle à venir en Arabie saoudite. Si Frank McCourt devait réellement ouvrir la porte à une vente, Marseille pourrait regarder bien au-delà des acquéreurs traditionnels. L’Iran pour sa puissance footballistique mais son immense contrainte géopolitique, le Koweït pour sa volonté de développement, Oman pour son profil diplomatique ou les Émirats pour leur expérience du football globalisé, dessinent des scénarios très différents. Pour l’heure, aucun de ces pays n’est annoncé comme futur propriétaire de l’OM. Mais dans un football où les frontières entre investissement sportif, diplomatie et stratégie d’influence sont devenues de plus en plus poreuses, la question mérite désormais d’être posée.
马赛
全部评论