Il y a un an, Matvey Safonov rongeait son frein sur le banc du Paris Saint-Germain. Le club de la capitale lui avait mis un nouveau concurrent dans les pattes avec Lucas Chevalier, acheté 55 M€ (bonus compris) à Lille afin de remplacer Gianluigi Donnarumma. Le Russe, qui estimait avoir les capacités et les qualités pour être plus qu’une doublure, avait même entrouvert la porte à un départ si sa situation ne s’améliorait pas. Finalement, il a réussi son pari en saisissant la moindre occasion donnée par Luis Enrique. À force de patience et de travail, il a relégué le Français au second plan et s’est installé durablement dans les cages franciliennes. Avec lui, le PSG a notamment remporté la Ligue 1 et la Ligue des Champions.

S’il a été question du recrutement d’un nouveau spécialiste du poste lors du dernier mercato d’été, avec Zion Suzuki, cela n’a pas effrayé outre-mesure Safonov. Toujours prêt à aller au combat, il est reparti pour un tour, conservant la confiance de Lucho et son staff. Cette saison, le gardien de 27 ans a ainsi participé à 8 rencontres toutes compétitions confondues, toutes en tant que titulaire. Il a encaissé 10 buts, mais n’a réalisé qu’un seul clean sheet pour le moment. Malgré quelques critiques ici et là, il conserve sa place de n°1, lui qui a notamment été bon face à Brest il y a deux semaines. En Russie, le natif de Krasnodar est aussi considéré comme un élément important de la sélection nationale. Une sélection qui reste sur 3 matches sans encaisser le moindre but.

Safonov ne pense pas être le meilleur gardien du monde

Safonov n’était pas présent à toutes ces rencontres. Mais il a bien gardé les buts lors de la dernière sortie de son pays face à l’Iran le 29 septembre (2-0). Il est pressenti pour être titulaire demain à 17 heures face à la Namibie en amical. Avant ce rendez-vous, l’international russe aux 24 capes a pris le temps de donner une plusieurs interviews, dont une à la chaîne YouTube "Vpiska". Il a évoqué ses ambitions avec son pays, privé de compétitions. Malgré cela, il espère remporter un jour l’Euro ou la Coupe du Monde. « C’est aux générations futures d’agir. J’espère que nous gagnerons dans les dix prochaines années et que je pourrais participer. Il faut que les choses changent, cela prend du temps. Nous n’en avons pas encore l’occasion.»

Nommé pour le Trophée Yachine du meilleur gardien, il a évoqué cette distinction. «Ce n’était pas un secret pour moi que j’étais nommé pour le titre de gardien de but de l’année. Je n’ai pas de rêve, car un rêve est quelque chose d’inatteignable. La saison dernière, mon objectif était d’intégrer le top 5 des gardiens de but au monde. C’était mon but ultime, je ne pensais à rien d’autre. Si j’y parviens cette année, j’aurai atteint mon objectif de l’an dernier. Mais je ne me considère pas comme le meilleur.» Il a ensuite parlé des chances pour un joueur russe de remporter un jour le Ballon d’Or. « En théorie, l’ère Messi-Ronaldo a duré 10 ans. Il faudra encore attendre 12 à 14 ans avant qu’un joueur russe apparaisse dans l’une d’elles. C’est peu crédible.» Il a d’ailleurs avoué être admiratif d’un ancien BO.

Le Russe encense Ousmane Dembélé

« Depuis mon enfance, je suis fan de Cristiano dans cette compétition. J’étais peut-être plus intéressé par son style, son image de professionnel travailleur. Mais Messi est un talent.» En France, Safonov côtoie un autre vainqueur du trophée suprême : Ousmane Dembélé. Il a admis que le Français est le meilleur joueur avec lequel il a pu jouer. «Les décisions qu’il prend sont totalement inattendues ; je n’aurais même pas imaginé qu’elles soient possibles. Il n’a pas eu besoin de me regarder pour savoir où je me trouvais au moment de conclure.» Il a aussi été question de Luis Enrique. « Il a apporté une approche, une vision et une mentalité différentes. C’est ça, le vrai sport professionnel. À Krasnodar, on s’entraînait aux remises en jeu, mais dans mon équipe actuelle, il suffit de respecter les consignes de l’entraîneur. Inutile de perdre du temps d’entraînement avec ça », a-t-il expliqué dans des propos relayés par Sport-Express.

D’ailleurs, il lui a été demandé quel footballeur russe il conseillerait à son coach. « Si je donnais les bons conseils, on m’aurait probablement déjà posé la question. Je laisse cela aux spécialistes du football et je n’en prends aucune responsabilité.» En attendant, il essaye d’être un exemple pour ses compatriotes depuis son transfert à Paris. « J’ai dit à maintes reprises que mon transfert avait probablement une mission. Je pense l’avoir accomplie, et peut-être suis-je encore en train de la remplir : montrer que tout est possible. On peut passer du centre de formation de Krasnodar aux grands clubs, à la Ligue des Champions.» Un trophée qu’il a remporté en tant que titulaire l’an dernier contre Arsenal. « Je voulais que ce soit un match normal. J’ai bien joué, je n’ai rien eu à changer. Étais-je plus nerveux que d’habitude ? Bien sûr. Il ne faut pas se leurrer. C’est probablement le match le plus important de ma carrière… Comme d’habitude, je me suis allongé et j’ai regardé des vidéos sur YouTube. J’ai fait comme d’habitude.»

Le gardien fend l’armure

Après s’être exprimé sur le football, Matvey Safonov a ensuite ouvert son cœur pour évoquer certains drames personnels. « Qu’est-ce qui me vaut le plus de haine en Russie ? Mon histoire familiale, mon premier mariage. Ma vie a été faite de différentes étapes, j’ai fait différentes choses. J’ai réalisé que je n’aimais pas la personne avec qui j’étais. J’ai blessé mon ex-femme, c’est un fait. Je n’ai pas agi au mieux. Le principal problème, c’est que la plupart des critiques s’abattent sur ma femme actuelle, Marina». Il a parlé de cette séparation alors qu’il attendait une fille avec son ex-compagne. «Un enfant ne peut pas être heureux si ses parents ne le sont pas. Quel que soit le choix que l’on fasse dans une telle situation, ce sera forcément une erreur.» Avec pudeur, il a évoqué sa relation avec sa fille, avec laquelle ill commence tout juste à communiquer.

« Je ne lui avais pas parlé depuis des années. Tout le monde ne souhaite pas que je fasse partie de sa vie. J’ai décidé de réessayer quand elle aura cinq ans… Je l’ai déjà appelée trois fois. Tout a commencé quand elle a eu peur de moi. Elle m’a demandé mon nom. J’ai dit : "Matvey". Elle a répondu : "Mon papa s’appelle Matvey aussi." J’ai essayé de lui expliquer que j’étais son père, et elle a été très surprise… Je crois que j’ai pleuré trois ou quatre fois. Enfin, j’ai au moins versé une larme.» Safonov a aussi évoqué le mal fait à son épouse actuelle, accusée de l’avoir fréquenté alors qu’il était déjà en couple. Le Russe, qui a fendu l’armure, se concentre à présent sur le terrain avec une saison très chargée entre le PSG et l’équipe russe.