Aurélien Tchouaméni aurait probablement préféré débuter l’ère Zinédine Zidane d’une tout autre manière. Après une Coupe du Monde 2026 particulièrement moyenne, marquée notamment par une prestation très critiquée face à l’Espagne lors de l’élimination des Bleus, le milieu de terrain du Real Madrid n’a pas été retenu pour la première liste du nouveau sélectionneur. Une décision qui n’avait pourtant rien d’une sanction sportive. Sorti d’une blessure et absent pendant près de deux mois, Tchouaméni avait surtout besoin de retrouver progressivement le rythme. Depuis le début de la saison, il n’a d’ailleurs disputé que quatre rencontres avec le Real Madrid, pour seulement deux titularisations sous les ordres de José Mourinho. Zidane avait donc préféré ne prendre aucun risque. « Il était absent deux mois. Il valait mieux pour lui qu’il reste à Madrid pour sa récupération », expliquait le sélectionneur en conférence de presse.

José Mourinho avait également confirmé que cette décision n’était pas venue de lui. « Je n’ai eu aucune influence sur la décision qu’il ne s’y rende pas. Zidane et moi n’avons pas parlé, cela m’a pris au dépourvu. Cependant, ils ont discuté et conclu que la meilleure chose pour lui est d’avoir du temps pour compléter la préparation d’avant-saison qu’il a manquée. L’entraîneur lui a dit qu’il fait partie de ses plans pour l’avenir, et ils se sont mis d’accord là-dessus », avait expliqué le technicien portugais. Sur le papier, l’absence de Tchouaméni était donc parfaitement compréhensible. Dans les faits, elle pourrait toutefois lui coûter beaucoup plus cher que prévu. Car pendant qu’il poursuivait sa remise en forme à Madrid, ses concurrents ont profité de son absence pour se montrer.
Lucas Da Cunha, la mauvaise surprise pour Tchouaméni
C’est évidemment le cas de Lucas Da Cunha, appelé pour compenser l’absence du Madrilène et qui était encore totalement méconnu du grand public français il y a quelques jours. Le milieu de Côme avait pourtant un profil très différent de celui de Tchouaméni. Aligné en sentinelle devant la défense, dans un rôle habituellement occupé par le joueur du Real Madrid, il a immédiatement séduit par sa qualité technique, sa patte gauche et sa capacité à casser les lignes avec de longues passes précises. Pour ses débuts internationaux face à la Belgique, il a touché 97 ballons, récupéré six fois le ballon et remporté quatre duels, en se montrant particulièrement propre dans ses choix.
Son match face à l’Italie a été plus contrasté, notamment en raison de son erreur sur l’égalisation italienne. Sur une passe d’Adrien Rabiot, son contrôle manqué a permis à Alessandro Bastoni de remettre les deux équipes à égalité. Mais là encore, Zidane a immédiatement refusé de faire porter la responsabilité au seul néo-international. « Je ne vais pas rentrer dans le truc de quelle est la faute de qui. Quand il y a une erreur, c’est la faute de tout le monde », avait expliqué le sélectionneur. Surtout, cette erreur n’a pas effacé la première impression laissée par Da Cunha. Dans son entretien accordé à Téléfoot, le joueur de Côme a d’ailleurs parfaitement résumé son parcours : « c’est vrai que je reviens un peu de loin. Donc forcément, j’ai pensé à ma famille. Ils m’ont dit de pas lâcher, de continuer. Et aujourd’hui, pour moi, c’est une grande récompense. J’ai jamais de pression. J’ai que du plaisir. »
Et Da Cunha sait que cette première convocation ne doit pas rester un simple coup d’éclat. Son profil pourrait même particulièrement correspondre aux premières idées de Zidane. « Je pense que mon jeu, c’est pas d’aller à l’impact. Je ne suis pas un joueur qui va récupérer beaucoup de ballons. Derrière, il faut que ça fasse la différence avec le pied, en prenant des risques, en essayant de jouer », expliquait-il. Une description qui colle précisément à ce que recherche actuellement le nouveau sélectionneur, qui veut un milieu capable de participer à la conservation et d’accélérer le jeu par la passe. Zidane ne s’y est d’ailleurs pas trompé : « ce que j’attends d’un milieu de terrain ? Ce qu’il a fait, ce qu’il fait et ce qu’il est en train de faire. (…) Il n’a pas peur de jouer. Il filtre les passes. Tout ce que j’aime, il sait faire des transversales de 40 mètres… C’est un joueur assez intéressant. » Voilà qui peut faire très peur au Madrilène…
Zidane change le décor au milieu de terrain
C’est probablement là que se trouve la principale menace pour Tchouaméni. Sous Didier Deschamps, le milieu français avait progressivement acquis un statut important, au point de devenir vice-capitaine et l’un des hommes forts de l’entrejeu. Le système à double pivot permettait notamment de mettre en valeur ses qualités défensives, son volume et sa capacité à sécuriser l’équipe. Mais Zidane a choisi de rebattre les cartes. Dès son premier rassemblement, le technicien a installé un 4-3-3, avec un milieu à trois et une pointe basse, plutôt qu’un double pivot. Surtout, Zidane assume une philosophie qui donne une importance particulière aux profils techniques.
Interrogé par Téléfoot, il a ainsi détaillé son projet : « notre idée, en jouant comme ça, c’est de récupérer le ballon très vite et pas faire toutes ces courses qui sont parfois compliquées. En général, si on récupère le ballon très bas, on a 80 mètres à faire avec le ballon. Donc voilà, c’est notre idée de récupérer le ballon le plus vite possible. Et pour ça, on essaie de mettre des choses en place. Je crois que les joueurs ont été top. Le plus important, c’est que mes joueurs sentent ce qu’ils font sur le terrain. Je sens cette volonté de récupérer le ballon. On peut s’améliorer, mais je suis très satisfait de ce que j’ai vu. Forcément, c’est des joueurs que j’avais envie de voir. Ça confirme ce qu’ils font sur le terrain. Oui, avoir le ballon, c’est quelque chose. Ça m’a toujours animé, garder le ballon. Je préfère courir avec le ballon que derrière le ballon pour mon équipe. Après, on sait qu’on doit mieux faire, notamment dans les derniers mètres. On a un petit problème d’efficacité. On doit accélérer notre jeu. »
Camavinga, Koné et Rabiot ont eux aussi marqué des points
Eduardo Camavinga est probablement l’autre grande surprise de ce rassemblement. Écarté de la Coupe du Monde 2026 après une saison compliquée au Real Madrid, le Français a d’abord débuté sur le banc face à la Turquie, avant d’entrer en jeu à la 78e minute. Mais c’est surtout contre la Belgique qu’il a frappé fort, titularisé dans le milieu à trois à gauche à la place d’Adrien Rabiot. Très actif, capable de se projeter, de récupérer des ballons et de jouer vers l’avant, il a retrouvé une liberté qui rappelle ses meilleures périodes à Madrid. Avec 95 % de passes réussies et cinq ballons récupérés, Camavinga a livré une prestation particulièrement complète et forcément attiré l’attention de Zidane. Une vraie bonne nouvelle pour lui après avoir manqué le Mondial, mais aussi un concurrent supplémentaire pour Tchouaméni.
Dans le même temps, Manu Koné et Adrien Rabiot ont confirmé leur statut. Titulaires face à la Turquie, les deux milieux ont apporté une certaine continuité dans l’entrejeu tricolore. Rabiot s’est encore distingué par son activité, tandis que Koné a impressionné par son volume et son impact, malgré une position plus basse qu’à son habitude. Le joueur de métier numéro 8 a parfaitement assumé ce rôle de pointe basse dans le 4-3-3 de Zidane. Le sélectionneur répète certes qu’il ne possède pas de onze figé, mais ces prestations ont forcément installé une première hiérarchie. Et celle-ci pourrait encore évoluer avec le retour de Warren Zaïre-Emery, initialement convoqué, mais forfait pour ce rassemblement. Le Parisien représente un concurrent beaucoup plus direct de Tchouaméni que Maghnes Akliouche, davantage porté vers l’offensive.
Pendant ce temps, Tchouaméni a justement profité de cette trêve pour travailler à Madrid. D’après AS, le milieu français aurait mis les bouchées doubles à l’entraînement afin de rattraper son retard physique après sa longue blessure. Il a même disputé le derby madrilène sans être encore totalement à 100 % et poursuit désormais sa montée en puissance, alors que le Real pourrait également avoir besoin de lui en défense centrale face à Villarreal en raison des absences. À lui à présent de répondre sur le terrain : son statut et son expérience restent des arguments importants, mais Da Cunha a crevé l’écran, Camavinga a marqué des points, Koné et Rabiot ont confirmé, tandis que Zaïre-Emery doit encore revenir. Pour Tchouaméni, le prochain rassemblement aura donc une importance particulière.
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